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Dix commandements pour notre époque.

Samedi 2 mai – Des commandements pour notre époque

Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
Je suis l'Éternel ton Dieu qui te libère du destin et de toute fatalité.

Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.
Tu ne renonceras à cette liberté devant aucun pouvoir.

Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.
Tu ne renonceras à cette liberté devant aucune idéologie, aucune illusion, aucune séduction, qu'elles soient religieuses, politiques, économiques ou sociales. Tu ne laisseras baillonner ta conscience par aucun discours qui prétendrait penser à ta place, car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui protège, qui dissipe le mensonge et qui enseigne ceux qui le suivent.

Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Sois digne du nom que tu as reçu, fidèle à la parole que tu as donnée et responsable de tes actes.

Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.
Vis dans l'imitation de ton Dieu et garde en toute chose la mesure du sens créateur et libérateur de ce que tu fais.

Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.
Vis de manière à ce que tes parents, tes enfants, ton conjoint, tes amis, tes collègues, tes concitoyens soient fiers de l'être.

Tu ne commettras pas de meurtre.
Choisis la vie en toutes circonstances.

Tu ne commettras pas d’adultère.
Sois digne de la confiance de la personne qui t'aime.

Tu ne commettras pas de vol.
Choisis l'intégrité et la dignité de tous les humains.

Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
Aie le courage de la vérité de l'autre.

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.
Réjouis-toi toujours du bien que tu peux faire à ton prochain, tu ne confondras pas l'être et l'avoir.

Arrivés au terme de notre méditation du Décalogue, qui comme toute méditation ne saurait être exhaustive et pourrait toujours être enrichie, complétée, précisée, et comme nous l'avions fait pour les Béatitudes, nous vous proposons ci-dessus une version personnelle du Décalogue. Et toujours, comme nous l'avions fait pour les Béatitudes, nous vous proposons de nous adresser votre Décalogue personnel que nous pourrions publier si vous en êtes d'accord.

Chacune de ces reformulations n'a évidemment pas prétention à remplacer la version originale mais à en proposer une interprétation, convaincus que nous sommes que la Parole de Dieu n'est pas gravée dans la pierre, fut-ce celle des Tables de la Loi, mais toujours sujette d'une actualisation pour chaque époque de l'humanité.

D'autant que, comme vous l'aurez remarqué, la Loi n'est pas comprise ici comme un catalogue d'interdits mais comme autant d'invitations à choisir une vie à la hauteur de l'espérance qui nous est donnée par ce Dieu qui, décidément, fait alliance avec l'humanité et avec chacun d'entre nous.

Une différence d'interprétation que l'on retrouve dans les mots employés pour désigner le concept même de « loi ».

Le mot grec « nomos, νόμος », qui traduit l'hébreu « thora, תּוֹרָה », est lié à la notion de « rempart », d'organisation et de fondement. La loi, le nomos, que l'on peut aussi appeler la « coutume », constitue la Cité grecque, celle qu'il faut respecter, au sens de défendre, c'est la loi à laquelle il faut obéir pour être digne de sa condition de citoyen libre de sa cité.

À l'inverse, l'hébreu « thora » correspond à un peuple en mouvement, qui n'est pas enclos dans les limites d'une Cité, ni d'une terre particulière. La thora n'est pas une loi au sens grec « ce n'est pas l'ordre, mais l'orientation ; pas la Loi, mais la Voie, la route sur laquelle est possible un cheminement en commun1».

En ce sens, le mot « thora » auraît pû être traduit, non par « nomos » comme le fait l'apôtre Paul dans l'épitre aux Romains, mais par « hodos (ὁδός) » comme le fait l'évangéliste Jean lorsqu'il fait dire à Jésus lui-même : « Je suis le chemin (hodos), la vérité et la vie » (Jean 14, 6).

Envisager le Décalogue, non comme les dix barreaux d'une prison mais comme les balises d'un chemin, ou d'un chenal qui guident le navire pour sortir du port, permet à la fois de sortir de l'affrontement stérile entre la Loi et l'Évangile, entre la Loi et la Grâce, ou entre la Loi et l'Amour, et de s'engager sereinement et résolument dans cette aventure commune entre Dieu et les hommes qu'est l'alliance où nous sommes appelés, non à obéir par crainte de sanctions mais à participer en vue d'un monde nouveau.

Pour exister, ce chemin n'a pas besoin de grande réalisation, ni d'Église, ni d'État, car il commence là où tout commence et tout finit : dans notre cœur, dans notre conscience, dans notre pensée. Il ne sert à rien d'attendre que tous les autres s'y mettent, il suffit qu'un seul commence pour que le Royaume de Dieu soit déjà là, au milieu de nous.

1 André Néher, Moïse et la vocation juive, Seuil, 1956, p. 104.

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Durant la période du confinement, nous continuons à vous proposer des méditations quotidiennes. C'est une manière de réfléchir au monde que nous voulons construire ensemble après cette crise dont nous tardons encore à comprendre toutes les conséquences.

Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.
Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Lundi 2 mai : Dix commandements pour notre époque.

Tu ne convoiteras pas

Vendredi 1er mai – le 10e commandement
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

17 לֹ֥א תַחְמֹ֖ד בֵּ֣ית רֵעֶ֑ךָ לֹֽא־תַחְמֹ֞ד אֵ֣שֶׁת רֵעֶ֗ךָ וְעַבְדֹּ֤ו וַאֲמָתֹו֙ וְשֹׁורֹ֣ו וַחֲמֹרֹ֔ו וְכֹ֖ל אֲשֶׁ֥ר לְרֵעֶֽךָ׃ פ

17 lo taxmod bét reeķa lo-taxmod ešet reeķa wë-avdo wa-amato wë-šoro wa-xamoro wë-ķol ašer lë-reeķa

44 Tous ceux qui avaient cru étaient ensemble et avaient tout en commun. 45 Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. 46 Chaque jour avec persévérance, ils étaient au temple d’un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur 47 ils louaient Dieu et obtenaient la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés.
Actes, 2, 44-47

Ce dernier commandement peut légitimement nous choquer puisque parmi les « choses qui appartiennent » au prochain, l'épouse vient après la maison ! C'est d'ailleurs ce qui avait conduit saint Augustin, qui n'était pourtant pas un grand féministe, à distinguer dans la phrase deux commandements distincts, l'un concernant la personne disposant d'un statut juridique, l'autre les choses matérielles, dont les esclaves et les animaux, propriété de plein droit. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi dans la tradition catholique, le découpage des commandements est différent de celui en usage dans les Églises calvinistes (voir Les trois versions du Décalogue).

Bien sûr cet amalgame de l'épouse avec les choses appartenant au chef de famille est un pur reflet de la structure sociale de l'époque. Il souligne, à la fois, à quel point la Loi est incarnée dans son temps et à quel point elle doit être transposée non littéralement dans la nôtre. Aujourd'hui les femmes sont des individus à part entière et sont « des hommes comme les autres » mais souvenons-nous du temps qu'il a fallu pour y parvenir et du chemin qui reste à faire pour une égalité réelle avant de disqualifier pour misogynie la Loi de Moïse, écrite à l'époque de la guerre de Troie où Andromaque, épouse d'Hector, est un butin de guerre, certes de grande valeur, mais un butin quand même.

Mais le sujet de ce dernier commandement est la convoitise qu'il convient de distinguer du vol. La spoliation, objet du précédent, se fait au détriment d'un autre tandis que la convoitise est à son propre détriment. Celui qui cède à la convoitise et entre dans une compétition avec son voisin, non pour lui prendre ce qu'il a mais pour en avoir plus, plus grand, plus beau, plus cher, plus rare, ne lèse son prochain en rien mais se dégrade lui-même. Tout simplement parce qu'il aura perdu la maîtrise de ses propres besoins et se les sera laissé imposés par un autre que lui-même.

L'accumulation de choses nous rassure sur notre statut social, sur notre inclusion dans la société de consommation, de divertissement. Mais voulons-nous vraiment participer à cette course à la trivialité et au déchet ? L'acte de résistance, tant nécessaire au moment de refonder notre société après la pandémie, commence par un simple refus et une simple affirmation : « Je refuse de participer à cette course vers l'abîme car je décide de ce que doit être ma vie parmi la Vie » (cf. le 6e commandement).

Ce dont nous aurons besoin, ce ne sera certes pas d'une destruction encore plus rapide de notre environnement ni d'un accaparement encore plus éhonté de la richesse et du pouvoir par quelques uns, mais d'une solidarité active comme cette première communauté chrétienne dont nous parle le livre des Actes. Certes ils vendaient tout parce qu'ils étaient persuadés que la fin du monde était pour demain et qu'ils n'auraient plus besoin de rien parce que l'avenir était dans un autre monde, ailleurs, au ciel auprès de Dieu. Aujourd'hui, nous savons que la fin de la pandémie ne sera pas le jour du retour du Christ. Il est ainsi d'autant plus nécessaire de reprendre le contrôle de nos existences, de définir ce qui nous est vraiment utile (matériellement et moralement) et de mettre nos compétences, nos ressources et nos qualités en commun afin de nous soutenir les uns les autres en toutes circonstances. C'est ainsi que nous aurons un avenir dans un monde qui sera autre, ici, sur la terre auprès de Dieu.

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Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

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Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Tu ne porteras pas de faux témoignage

Jeudi 30 avril – le 9e commandement

16 לֹֽא־תַעֲנֶ֥ה בְרֵעֲךָ֖ עֵ֥ד שָֽׁקֶר׃ ס
16 lo-taane bë-reaķa ed šaqer s

54 Après s’être emparés de Jésus, ils l’emmenèrent et le conduisirent dans la maison du souverain sacrificateur. Pierre suivait de loin. 55 Ils allumèrent du feu au milieu de la cour, et s’assirent. Pierre s’assit au milieu d’eux. 56 Une servante, qui le vit assis devant le feu, le fixa et dit : Cet homme était aussi avec lui. 57 Mais il le nia en disant : Femme, je ne le connais pas. 58 Peu après, un autre le vit et dit : Tu es aussi de ces gens-là. Et Pierre dit à l’homme : Je n’en suis pas. 59 Après un intervalle d’environ une heure, un autre encore insistait : Certainement cet homme était aussi avec lui car il est Galiléen. 60 Pierre répondit : Toi, je ne sais pas ce que tu veux dire. Au même instant, comme il parlait encore, le coq chanta. 61 Le Seigneur se retourna et regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu me renieras trois fois. 62 Il sortit, et dehors, il pleura amèrement.
Luc 22, 54-62

Dans l'exploration des relations humaines que nous propose le Décalogue, le neuvième commandement concerne nos relations interpersonnelles dans ce qu'elles ont peut-être de plus étrange puisqu'il s'agit de notre fidélité et de notre loyauté envers l'autre.

« Je n'en suis pas », la défense pathétique de Pierre alors qu'il est dans la cour où Jésus est humilié nous renvoie à nos propres convictions et à notre propre courage ou à notre propre lâcheté dans l'adversité. N'accablons pas Pierre en pensant que nous aurions évidemment eu un autre comportement si nous avions été à sa place. Alors qu'il craint pour sa vie, il refuse d'être un héros et mourir auprès de son maître. Et il n'a, à ce moment-là aucune réflexion, se disant par exemple qu'il valait mieux survivre pour accomplir ensuite sa mission que de mourir sur place. Aucun arrangement, aucun accommodement avec la morale ou la raison, il n'a aucune excuse et il pleure amèrement, c'est tout ce qui lui reste.

Tout simplement parce qu'à ce moment-là il est vraiment perdu ! Il sait que Jésus va mourir et que va disparaître avec lui toute l'espérance qu'il a soulevé depuis ce premier sermon sur la montagne et les Béatitudes. Pierre pense à tout ce qu'il a quitté et qu'il devra retrouver, sa femme, ses enfants, son bateau. Il pense à son « jour d'après qui ne pourra plus jamais être le même » comme nous pouvons y penser aujourd'hui où nous voyons surgir une réalité inimaginable il y a seulement trois mois. Et à ce moment précis, il ne pense sans doute qu'à une chose : sauver sa peau ! Qui pourrait l'en blâmer ? Nul n'est obligé d'être un héros ni un martyr !

Pourtant le courage de la vérité, ce que les Grecs appelaient alètheia (ἀλήθεια) et que l'on retrouve dans la définition de Dieu selon Jésus, « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. (alètheia) » (Jean 4, 24) nous renvoie à la notion de « sincérité et d'intégrité » (voir notre méditation de « Heureux les cœurs purs »). Autrement dit à la cohérence entre nos paroles et nos actes, à la nécessité d'être conséquents avec le nom de Dieu que nous prétendons invoquer (cf. « Tu ne prendras pas le nom de l'Éternel en vain »).

Mais la notion de « faux témoignage contre ton prochain » est encore plus précise et va plus loin que ce courage de la vérité ou que l'interdit du mensonge que nous enseignons à nos enfants. Il s'agit de ne pas prétendre connaître l'autre autrement que par ses actes et de ne pas nous arrêter à ce que nous pensons à priori de lui, à sa réputation, à ce que les autres disent de lui. C'est sortir d'une logique de préjugés et laisser l'autre, le prochain, « être témoin de lui-même ».

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Durant la période du confinement, nous continuons à vous proposer des méditations quotidiennes. C'est une manière de réfléchir au monde que nous voulons construire ensemble après cette crise dont nous tardons encore à comprendre toutes les conséquences.

Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.

Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Tu ne commettras pas de vol.

Mercredi 29 avril – le 8e commandement

15 לֹ֣֖א תִּֿגְנֹֽ֔ב׃ ס
15 lo tignov

1 Jésus entra dans Jéricho et traversa la ville. 2 Alors un homme du nom de Zachée qui était chef des péagers et qui était riche 3 cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne le pouvait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. 4 Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. 5 Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. 6 Zachée se hâta de descendre et le reçut avec joie. 7 À cette vue, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur. 8 Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur : Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. 9 Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. 10 Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Luc 19, 1-10

En 1942, l'essayiste anglais George Orwell écrivait « Nous vivons tous de la spoliation des coolies1 asiatiques et ceux d'entre nous qui sont « éclairés » clament d'une seule voix que ces coolies devraient se voir accorder la liberté ; mais notre niveau de vie, condition de notre « esprit éclairé », exige que la spoliation se poursuive. » et il en déduit dans une formule choc « Tous les humanistes sont des hypocrites »2.

Ce que George Orwell dénonce, ce n'est pas le fait d'être un humaniste ni de vouloir accorder la liberté aux travailleurs exploités dans l'empire britannique mais la contradiction entre l'intention et les conditions de réalisation de cette intention. Pour avoir conscience de l'injustice sur lesquelles sont fondées nos sociétés développées il faut bénéficier d'un ensemble de conditions de vie, liberté de la presse, liberté de circulation, liberté culturelle, capital financier et culturel, en bref d'un ensemble de choses rendues possibles justement par la prospérité collective acquise du fait de cette injustice du commerce mondial. Comment refuser cette spoliation, dont nous sommes autant victimes que coupables, tout en préservant les conditions de liberté qui nous permettent de la refuser ?

S'il nous faut imaginer ce fameux monde d'après la pandémie, faut-il donc renoncer à tout ce qui fait l'ordinaire de nos existences pour respecter le huitième commandement ? Et comme Zachée rendre le quadruple de tout ce que nous avons acquis ?

La culture protestante a toujours fait sienne un idéal de sobriété et de frugalité pour lequel la valeur vient du travail, lequel doit être rémunéré à son juste prix. La prise de conscience de l'impasse économique, environnementale et politique, d'une société de surconsommation de produits à bas prix sans véritable besoin et destinés à être jetés et remplacés en un cycle sans fin, doit nous amener à nous interroger sur nos choix dont nos actes d'achats sont les plus courants finalement. Jésus n'a pas demandé à Zachée d'abandonner son métier, pourtant « le salut est entré dans (sa) maison » en raison de sa prise de conscience.

En fonction de nos possibilités, privilégier le produit de qualité réalisé dans des conditions décentes pour l'ouvrier, dans le respect de l'agriculteur, revient à refuser de voler son prochain. C'est également instaurer une conscience des « communs », de ce qui ne peut être source de profits parmi lesquels la santé, l'alimentation, les services publics, l'éducation, les écosystèmes, en bref tout ce qui constitue les conditions d'une vie décente permettant à chacun d'exercer sa liberté. Ce n'est rien de moins que refonder une société. Une préservation de ce qu’est un bien commun, un service public

C'est bien sûr une profonde remise en perspective de nos modes de vie mais la loi, les prophètes et l'évangile ne sont pas des manuels de consolation ni de résignation prenant simplement acte de ce que nous sommes et approuvant nos modes de vie. L'amour, tel qu'il se présente dans le Décalogue, est une prescription qui nous dit ce que l'humain doit être et doit faire pour prétendre véritablement aimer Dieu et son prochain comme lui-même.

1 Les « coolies » sont des miséreux employés à la tâche, c'est l'équivalent des « prolétaires » ou des « serfs ».
2 « Rudyard Kipling », Essais, articles, lettres, II, 30, février 1942, p.234

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Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.

Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Tu ne commettras pas d’adultère.

Mardi 28 avril - le 7e commandement
Tu ne commettras pas d'adultère

14 לֹ֣֖א תִּֿנְאָֽ֑ף׃ ס
14 lo tinaf

1 Jésus se rendit au mont des Oliviers. 2 Mais dès le matin, il se rendit de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. Il s’assit et les enseignait. 3 Alors les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère 4 la placent au milieu et disent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. 5 Moïse, dans la loi, nous a prescrit de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? 6 Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre. 7 Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. 8 De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre. 9 Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés et jusqu’aux derniers, et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. 10 Alors Jésus se redressa et lui dit : Femme, où sont tes accusateurs ? Personne ne t’a condamnée ? 11 Elle répondit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus.
Jean 8, 1-11

Après la société, sur le modèle de la cellule familiale, puis l'environnement au sens de large, le Décalogue revient avec ce septième commandement à une sphère plus intime puisqu'il s'agit ici d'une autre de ces relations fondamentales qui nous définissent, le couple.

L'adultère dont il est ici question n'est évidemment pas celui du modèle bourgeois du XIXe siècle tel que dans Le Rouge et le Noir par exemple ni celui des pièces de boulevard avec leur cortège de maris trompés et d'amants dans le placard. La vie de couple d'Abraham, celle de Moïse ou de Marie et Joseph n'ont rien à voir avec la manière dont nous l'envisageons aujourd'hui. Ne serait-ce que du fait, qu'à notre époque, ce n'est plus forcément lié à une identité sexuelle ou de genre masculin ou féminin.

Il est étrange que dans le fameux récit de la femme adultère relaté par l'évangile de Jean, la femme soit la seule à être amenée devant Jésus. Où est l'homme avec qui elle aurait péché ? Celui-ci n'est-il pas concerné par la Loi de Moïse ? Et s'il faut lapider l'adultère, ne devrait-il pas l'être au premier chef ? D'autant qu'au temps de Moïse comme à celui de Jésus, la Loi, comme toutes les affaires de la vie sociale, est une affaire d'hommes et que ce sont donc eux qui sont concernés et à qui l'interdit s'adresse.

De la même manière que « honorer père et mère » instaurait une égale dignité entre homme et femme dans la cellule familiale, c'est-à-dire une forme d'égalité de respect (au sens de Ehrfurcht, cf. "tu ne commettras pas de meurtre"), interdire l'adultère revient à instaurer une égalité formelle entre les conjoints qui ne sont plus régis par un rapport de domination à l'avantage exclusif de l'homme. Cette réciprocité n'est pas encore celle du Code civil pour lequel les époux se doivent assistance et fidélité mutuelle. Ce n'est pas non plus l'égalité parfaite entre les femmes et les hommes mais c'est véritablement le premier pas vers cette égalité que nous n'avons même pas encore atteint aujourd'hui. Aucune forme d'inégalité entre les hommes et les femmes n'est en réalité tolérable au regard de la Loi et ne devrait plus pouvoir être justifiée aujourd'hui sous aucun prétexte que ce soit.

Prendre conscience de ce que nous devons à la société, de ce que nous devons à l'environnement et maintenant de ce que nous devons à la personne qui partage notre vie, nos aspirations, nos joies et nos peines, en un mot être digne de la confiance de la personne qui nous aime, c'est celà « ne pas commettre d'adultère ».

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Durant la période du confinement, nous continuons à vous proposer des méditations quotidiennes. C'est une manière de réfléchir au monde que nous voulons construire ensemble après cette crise dont nous tardons encore à comprendre toutes les conséquences.

Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.

Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mardi 28 avril : Tu ne commettras pas d’adultère.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Tu ne commettras pas de meurtre.

Lundi 27 avril – le 6e commandement

13 לֹ֥֖א תִּֿרְצָֽ֖ח׃ ס
13 lo tirtsax s

4 Voici les origines du ciel et de la terre, quand ils furent créés. Lorsque l’Éternel Dieu fit la terre et le ciel il n’y avait encore 5 aucun arbuste de la campagne sur la terre, et aucune herbe de la campagne ne germait encore : car l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour cultiver le sol.
6 Mais une vapeur s’éleva de la terre et arrosa toute la surface du sol. 7 L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière du sol ; il insuffla dans ses narines un souffle vital, et l’homme devint un être vivant. 8 Puis l’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé. 9 L’Éternel Dieu fit germer du sol toutes sortes d’arbres d’aspect agréable et bons à manger, ainsi que l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. (…) 15 L’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. 16 L’Éternel Dieu donna ce commandement à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin 17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.
Genèse 2, 4-17

« Tu ne tueras point », la formulation traditionnelle de notre sixième commandement nous est familière et revêt un caractère d'évidence. On peut en effet considérer que ne pas tuer son prochain relève du minimum vital pour tout groupe humain qui voudrait vivre en société ou, à tout le moins, ne pas être tué soi-même par un plus fort que soi. Par ailleurs, quand on relit l'histoire humaine, et le récit biblique ne fait pas exception, le meurtre ne cesse de proliférer sur la terre depuis Caïn et Abel. Guerres et violences, légitimes ou non, pour l'honneur, pour l'or ou pour la justice, montrent que l'humanité a une extraordinaire capacité à s'entretuer. Au point que le commandement paraît être un vœu pieu.

La notion de « respect de la vie » d'Albert Schweitzer donne pourtant un tout autre éclairage à cet interdit du meurtre. L'expression « Je suis vie qui veut vivre, parmi la vie qui veut vivre »1 par laquelle on peut résumer la pensée de Schweitzer, signifie que la compétition et l'affrontement de la vie avec elle-même n'est pas inéluctable. En effet, le terme utilisé par Schweitzer, Ehrfurcht (respect) ne signifie pas une soumission, une acceptation ou une résignation, voire une obéissance servile à un supérieur. En allemand, l'Ehrfurcht est plus proche de l'hommage rendu, de la reconnaissance et du service au sens d'un engagement, d'un combat à mener pour telle ou telle cause. Le respect de la vie selon Schweitzer n'est pas dans l'abstention à faire du mal mais dans l'engagement à faire du bien.

De même la vie, toujours selon Schweitzer, ne concerne pas uniquement les humains mais bel et bien l'ensemble des êtres vivants partageant notre planète, animaux, plantes et écosystèmes inclus car « le principe du respect de la vie nous lie à l’ensemble de l’univers. Il nous fait découvrir que ces prochains que nous devons aimer comme nous-mêmes ne sont pas seulement nos semblables, mais aussi tous les êtres qui peuplent notre planète. Schweitzer propose une éthique à la fois personnelle, sociale et écologique qui nous ouvre et nous appelle à une responsabilité qui s’étend à l’ensemble des créatures. » (André Gounelle2).

Le récit biblique nous rappelle que la nature ne se suffit pas à elle-même, elle a besoin dans la perspective biblique que Dieu fasse tomber la pluie mais aussi que l'homme la cultive, c'est-à-dire la fasse croître et multiplier. La crise sanitaire que nous vivons est une crise environnementale dont nous sommes responsables par la destruction des écosystèmes et la prédation du monde que nous pratiquons à grande échelle. Nous prétendons avoir le droit de « manger l'arbre de la connaissance », c'est-à-dire de soumettre toutes choses à notre volonté, à nos intérêts et à nos besoins éphémères. Ce « péché originel » n'est autre que l'hybris, cette démesure que condamnaient les Grecs. Et nous ne pourrons en sortir que si nous retrouvons ce que Schweitzer appellait de ses vœux, c'est-à-dire une conscience spirituelle de notre unité avec ce jardin que Dieu nous a donné, non pour le consommer et le détruire mais pour « le cultiver et le garder », autrement dit l'entretenir, le développer, et le préserver, le protéger.

Il nous faut ainsi inventer un art de vivre décent, qui ne soit plus fondé sur la destruction de notre milieu de vie mais au contraire sur son amélioration et son développement. Car tuer, au sens de détruire, la nature, c'est tuer l'humanité qui ne se suffit pas non plus à elle-même.

1 Ma vie et ma pensée (1931) Albin Michel, 2013, p.172

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Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Lundi 27 avril : Tu ne commettras pas de meurtre.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Honore ton père et ta mère

Dimanche 26 avril – le 5e commandement
Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

12 כַּבֵּ֥ד אֶת־אָבִ֖יךָ וְאֶת־אִמֶּ֑ךָ לְמַ֨עַן֙ יַאֲרִכ֣וּן יָמֶ֔יךָ עַ֚ל הָאֲדָמָ֔ה אֲשֶׁר־יְהוָ֥ה אֱלֹהֶ֖יךָ נֹתֵ֥ן לָֽךְ׃ ס

12 kabbed et-aviķa wë-et-immeķa lë-maan yaariķun yaméķa al-ha-adama ašer-JAHWE elohéķa noten laķ

46 Comme Jésus parlait encore à la foule, sa mère, et ses frères se tenaient dehors et cherchaient à lui parler. 47 Quelqu’un lui dit : Ta mère et tes frères se tiennent dehors et cherchent à te parler. 48 Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? 49 Puis il étendit la main sur ses disciples et dit : Voici ma mère et mes frères. 50 En effet, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère.
Matthieu 12, 46-50

Avant toute chose, on peut remarquer la modernité de ce commandement qui met sur le même pied d'égalité le père et la mère qui sont autant honorables l'un que l'autre. Ce qui, dans une société patriarcale antique, est tout à fait inouï. Il suffit de se souvenir de Télémaque qui, en réalité, ne se soucie guère du sort de sa mère Pénélope mais seulement du fait que les prétendants mangent son bien. Et s'il cherche son père, Ulysse, c'est uniquement parce qu'il ne tire sa légitimité que de ce dernier. Pour les Anciens, la mère est plus un bien qu'on échange ou qu'on convoite qu'une personne à honorer. Cette égalité de dignité parentale est déjà en soi un apport considérable à la prise de conscience de la dignité humaine en général qu'institue la Loi.

Après le rapport avec le divin, objet des quatre premiers, le cinquième commandement définit aussi le cadre de l'exercice de la loi, c'est-à-dire l'ensemble de la vie humaine dans la diversité des rapports sociaux, politiques, historiques, économiques et éthiques. La cellule familiale, quelle que soit sa forme variable dans l'histoire, est la base de la vie en société. C'est en effet dans le rapport, positif ou négatif, harmonieux ou douloureux, avec son père et sa mère que tout individu se construit. Le triangle relationnel de la petite enfance est essentiel et déterminant pour le développement ultérieur du futur adulte qu'est l'enfant.

C'est en tant que modèle de l'organisation de la société dans son ensemble que la cellule familiale est ainsi l'articulation entre l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain. Les spécialistes contemporains de la psychologie de l'enfant n'utilisent certes pas les termes bibliques mais la notion de « projet parental » est particulièrement intéressante pour comprendre ce qui est ici en jeu. La filiation n'est pas une affaire de biologie seulement mais d'éducation et d'adoption, de transmission et d'appropriation. Toute personne jetée dans le monde à la naissance le découvre par le biais de ceux qui l'éduquent, en prennent soin et lui transmettent leur vision du monde et de la vie, à la fois pour le meilleur et pour le pire.

Cette intention des parents, qu'ils soient naturels ou non, est faite d'espérances, d'inquiétudes, de désirs et d'appréhensions. Chacun et chacune d'entre nous est le résultat de cet amalgame qui nous vient d'ailleurs. Mais nous ne nous y limitons pas non plus. Nous sommes aussi le résultat de toutes les rencontres ultérieures ainsi que des circonstances heureuses ou malheureuses de l'existence. Enfin, nous sommes aussi le fruit de nos décisions et de notre manière d'en assumer ou non les conséquences, d'en cultiver les cohérences et d'en élaborer une intelligence du monde. Autrement dit, de notre manière d'élargir le modèle de nos représentations familiales à l'échelle non plus de la famille mais de l'ensemble de nos relations sociales.

De la même manière que Jésus étendait son cercle familial à la communauté de tous ceux qui « font la volonté de (son) Père », « honorer père et mère » devient ainsi le modèle de la prise de conscience de tout ce que nous devons aux autres. Et cette conscience suit des cercles concentriques, allant de nos parents à nos enfants pour rester dans la généalogie, à notre conjoint ou partenaire de vie pour rester dans la famille, mais aussi à nos amis, à nos collègues ou nos concitoyens, en bref aux diverses manières que nous avons de faire société au sens le plus large possible.

« Honorer père et mère » tout en « faisant la volonté de (Dieu) » est alors une autre manière de dire aujourd'hui, dans l'esprit du Notre Père (cf. notre méditation de « Notre Père qui es aux cieux ! »), « accorder toute notre attention à tous ceux qui ont besoin de nous ».

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Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Souviens-toi du jour du repos

Samedi 25 avril – le 4e commandement
8 Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

8 זָכֹ֛ור֩ אֶת־יֹ֥֨ום הַשַּׁבָּ֖֜ת לְקַדְּשֹֽׁ֗ו׃
9
שֵׁ֤֣שֶׁת יָמִ֣ים֙ תַּֽעֲבֹ֔ד֮ וְעָשִׂ֖֣יתָ כָּל־מְלַאכְתֶּֽךָ֒׃
10
וְיֹ֨ום֙ הַשְּׁבִיעִ֔֜י שַׁבָּ֖֣ת׀ לַיהוָ֣ה אֱלֹהֶ֑֗יךָ לֹֽ֣א־תַעֲשֶׂ֣֨ה כָל־מְלָאכָ֡֜ה אַתָּ֣ה׀ וּבִנְךָֽ֣־וּ֠בִתֶּ֗ךָ עַבְדְּךָ֤֨ וַאֲמָֽתְךָ֜֙ וּבְהֶמְתֶּ֔֗ךָ וְגֵרְךָ֖֙ אֲשֶׁ֥֣ר בִּשְׁעָרֶֽ֔יךָ׃
11
כִּ֣י שֵֽׁשֶׁת־יָמִים֩ עָשָׂ֨ה יְהוָ֜ה אֶת־הַשָּׁמַ֣יִם וְאֶת־הָאָ֗רֶץ אֶת־הַיָּם֙ וְאֶת־כָּל־אֲשֶׁר־בָּ֔ם וַיָּ֖נַח בַּיֹּ֣ום הַשְּׁבִיעִ֑י עַל־כֵּ֗ן בֵּרַ֧ךְ יְהוָ֛ה אֶת־יֹ֥ום הַשַּׁבָּ֖ת וַֽיְקַדְּשֵֽׁהוּ׃ ס

8 zaķor et-yom ha-šabbat lë-qaddëšo 9 šešet yamim taavod wë-aşita kol-mëlaķteķa 10 wë-yom ha-šëvii šabbat la-JAHWE elohéķa lo-taaşe ķol-mëlaķa atta u-vinķa-uvitteķa avdëķa wa-amatķa u-vë-hemteķa wë-gerëķa ašer bišaréķa 11 ki šešet-yamim aşa JAHWE et-ha-šamayim wë-et-ha-arets et-ha-yam wë-et-kol-ašer-bam wa-yanax ba-yom ha-šëvii al-ken beraķ JAHWE et-yom ha-šabbat wa-yëqaddëšehu

Un des scribes, qui les avait entendus discuter et voyait que Jésus avait bien répondu, s’approcha et lui demanda : Quel est le premier de tous les commandements ? Jésus répondit : Voici le premier : Écoute Israël, le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là.
Marc 12, 28-30

Peut-on imaginer parole à la fois plus subversive et plus libératrice pour un peuple qui vient de sortir de l'esclavage et de son cortège de privations, de labeurs et des souffrances ? Soumis à un travail incessant, obligés de fournir eux-mêmes la paille et l'eau nécessaires à la fabrication des briques, les Hébreux en Égypte n'ont d'autre horizon que le travail et la mort. À cette vie sans qualité, la promesse d'une terre « où coulent le lait et le miel » est aussi celle d'une vie où chacun récolte les fruits de son verger et moissonne ses propres champs. Les prophètes useront largement de ces métaphores agricoles pour désigner les conditions d'une vie décente dans la fidélité à l'Éternel.

Dans cette perspective, « sanctifier » (qaddëšo) c'est-à-dire « mettre à part », « donner une signification à » revient à redonner une signification au temps qui passe. Et nous découvrons en ces temps de confinement combien l'enchaînement des jours qui passent les uns après les autres sans aucune aspérité peut se révéler déprimant. « Mettre à part » un jour permet de ne plus subir la tyrannie du temps et de cesser d'être possédé par son travail mais au contraire d'en retrouver la signification.

Au commandement est ajouté une explication. Il faut se souvenir du repos parce que l'Éternel Dieu lui-même s'est reposé. Cette justification par l'acte créateur a une double signification.

D'une part, elle nous rappelle que notre « ouvrage » n'a de sens véritable que si il est créateur. La simple reproduction ou exécution de quelque ouvrage que ce soit est aliénante. Quelque soit notre tâche, notre métier ou notre ouvrage, c'est la créativité et l'ingéniosité, l'originalité et l'innovation que nous y mettons qui vont lui donner son sens et sa véritable valeur.

D'autre part, elle nous invite à l'imitation de Dieu lui-même. La fidélité est comprise comme la volonté de se comporter suivant l'exemple de Dieu et partant à sanctifier non pas seulement un jour mais toute notre existence. « Soyez saints car je suis saint » répète ainsi le livre du Lévitique (20, 26) dans la perspective explicitée par Jésus lui-même dans son propre résumé de la loi : l'articulation entre l'amour pour Dieu qui doit impliquer l'ensemble de l'être individuel et l'amour du prochain identifié à soi-même. Autrement dit « aime ton prochain comme toi-même et toi-même comme tu aimes ton Dieu ».

L'Éternel Dieu, l'individu, le prochain, les trois pôles de la relation instituée par le Décalogue. C'est ainsi que la tradition a réparti les commandements en deux tables, la première (1-4) traitant de la relation entre l'Éternel Dieu et l'individu, la seconde (5-10) de celle entre l'individu et le prochain. Étant entendu que cette dernière doit être toute entière inspirée par la première puisque l'amour du prochain et l'amour de Dieu sont les deux faces d'une même réalité.
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Durant la période du confinement, nous continuons à vous proposer des méditations quotidiennes. C'est une manière de réfléchir au monde que nous voulons construire ensemble après cette crise dont nous tardons encore à comprendre toutes les conséquences.

Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.


Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.

Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain

Vendredi 24 avril – le 3e commandement

Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.

7 לֹ֥א תִשָּׂ֛א אֶת־שֵֽׁם־יְהוָ֥ה אֱלֹהֶ֖יךָ לַשָּׁ֑וְא כִּ֣י לֹ֤א יְנַקֶּה֙ יְהוָ֔ה אֵ֛ת אֲשֶׁר־יִשָּׂ֥א אֶת־שְׁמֹ֖ו לַשָּֽׁוְא׃ פ
7 lo tişa et-šem-JAHWE elohéķa lašawki lo yënaqqe JAHWE et ašer-yişa et-šëmo lašawf

1 Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus, (…) 2 Quand donc tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. (…) 5 Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour se montrer aux hommes. En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.
Matthieu 6, 1-5

La loi est la charte du Royaume de Dieu. Elle est la constitution que l'Éternel Dieu donne au peuple qu'il s'est choisi pour confirmer leur alliance. Une alliance déjà conclue en leur temps avec les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob puis avec Moïse dans le secret du désert. Une alliance maintenant étendue à l'ensemble du peuple sorti d'Égypte et en route vers ce pays étranger, ce pays d'où venaient les ancêtres. Le pays de Canaan, l'actuelle Palestine, est certes une terre au sens géographique mais c'est avant tout une utopie. Exactement comme l'était la Terre d'Israël pour les affligés (voir notre méditation de la seconde béatitude, 13 avril 2020) qui sont entre la terre d'exil et la terre de la promesse.

Situation exemplaire de notre propre situation, qu'elle soit individuelle, collective ou sociale. La crise sanitaire que nous vivons nous rend conscients de notre situation d'exilés, de notre situation de l'entre-deux, entre cette « vie d'avant » et « celle d'après qui ne pourra plus être la même ». À entendre les promesses « plus rien ne sera comme avant » mais aussi à entendre les espérances « on veut retrouver notre vie d'avant », nous prenons conscience qu'il nous faut choisir ce que nous voulons retrouver de « l'avant » dans « l'après ». Si nous voulons que reviennent les « jours heureux » de l'insouciance et de l'exploitation à outrance, des dérèglements de l'environnement et du libre cours laissé à notre volonté de puissance ou si nous voulons que reviennent les « jours heureux » de la responsabilité, de la lutte pour la justice entre les hommes et pour la préservation de notre jardin commun, ce monde qui nous est donné !

Lorsque l'Éternel Dieu interdit à son peuple « d'invoquer son nom en vain », c'est un appel à la sincérité, à la vérité et à la cohérence. Nous ne pouvons pas vouloir que cesse la catastrophe sans vouloir en même temps, sincèrement, que cessent les causes profondes qui nous y ont mené. Pour prendre une métaphore, nous ne pouvons espérer que la forêt cesse de brûler si nous continuons à jouer avec les allumettes.

Il est évident pour tout le monde que pour s'aimer il faut être deux. « Prendre le nom de… », c'est s'inscrire dans une communauté de volonté, s'inscrire dans une généalogie et fonder un projet de vie en commun. Il en va de même pour l'alliance entre Dieu et l'Homme. Toute alliance passe par un serment où chacun s'engage à respecter les termes du contrat. Cette sincérité du contrat est à la base du contrat social comme de toute promesse échangée entre les hommes. Elle se fonde sur une confiance réciproque, à laquelle nous aspirons tous dans nos relations humaines.

C'est exactement ce qui est en jeu dans ce troisième commandement. À la promesse de Dieu de faire sa part, de veiller sur son peuple et de le conduire en terre d'utopie, correspond l'engagement sincère du peuple de respecter sa part, à savoir ici vivre conformément à la charte du Royaume. Ou, pour le dire autrement, il s'agit de ne pas demander à Dieu d'agir si nous ne sommes pas prêts nous-mêmes à agir dans le même sens. C'est ne pas être hypocrites en espérant que le monde change sans que rien ne change pour nous-mêmes. De même, nous ne pouvons prendre le nom de chrétiens si nous ne sommes pas prêts à vivre les vertus de la foi chrétienne. Le troisième commandement nous incite à une véritable coopération avec Dieu.

Ne pas invoquer le nom de l'Éternel en vain, c'est ne pas se résoudre à ce que le monde, ce monde, le seul qui nous soit donné, aille à vau-l'eau et s'abîme irrémédiablement mais être des acteurs de sa transformation en cette terre qui nous est promise.

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Durant la période du confinement, nous continuons à vous proposer des méditations quotidiennes. C'est une manière de réfléchir au monde que nous voulons construire ensemble après cette crise dont nous tardons encore à comprendre toutes les conséquences.

Après la méditation du Notre Père, revu et corrigé par Simone Weil, puis les Béatitudes, nous continuons notre série avec le Décalogue.

Les méditations sont publiées chaque jour à 10h, elles peuvent aussi vous être envoyées chaque jour sur simple demande.

Les dix commandements: Exode 20, 2-17

Mardi 21 avril : Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, dela maison de servitude.

Jeudi 23 avril : Tu ne te feras pas d'idoles, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent. 6 et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Vendredi 24 avril : Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.
Samedi 25 avril : Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. 9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le sabbat de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi. 11 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Dimanche 26 avril : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Mercredi 29 avril : Tu ne commettras pas de vol.
Jeudi 30 avril : Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Vendredi 1er mai : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain.