L'Heure Musicale virtuelle - 17 septembre 2022

Autour de Francesco Petrarca 1304 - 1374 
et de Florence

Écouter en continu 

Il Canzionere: 17th century music to poems by Petrarch. La Fenice, Tubéry

PÉTRARQUE (1304-1374) – Une vie, une œuvre [2004]

Florence, cité mythique

Le renouveau de la poésie latine du bas Moyen Âge a lieu durant les deux premières décennies du XIVe siècle, à Trieste, Padoue, Bologne et Ravenne. À Padoue c’est un groupe de juristes et de notaires (Lovato Lovati et Albertino Mussato) qui s’attachent à la rénovation de la langue. Ils redécouvrent les élégies de Catulle, les épodes d’Horace, les dialogues de Tite-Live. L’historien et homme d’État Mussato déterre notamment les tragédies de Sénèque. Il écrit L’Ecerinis et Historia Augusta, ce qui lui vaudra d’être couronné poète en 1315. C’est à cette même période que la poésie vernaculaire (héritière de l’amour courtois des provençaux) apparaît en Sicile avec une thématique romantique et amoureuse.

Les fragments en langue vulgaire renvoient à un recueil hétérogène de textes lyriques représentant la quête vers une unité intérieure retrouvée. Pétrarque rédige ses 366 poèmes à la manière d’un journal faisant principalement ressortir la forme du sonnet (on trouve aussi des chansons, des sextines, des ballades et des madrigaux). C’est son amour et muse, Laure de Sade (1310-1348), qui établi ses textes et qui écrira, par la suite, une biographie du poète. Paradoxalement, Pétrarque considérait son Canzoniere comme une œuvre de jeunesse, alors qu’il ne cessera de la remanier, de l’arranger et la corriger jusqu’à sa mort en 1374. Ses sonnets procurent un effet de réel, l’impression d’une progression chronologique à travers les rencontres, les fêtes, les retrouvailles. Là où certains textes sont d’inspirations satiriques (les chants CXXXVI et CXXXVIII), traitent de la mort, chargés d’éléments érotiques (chanson XXIII) ou de phénomènes hallucinatoire (chanson CXXIX), les trois sonnets suivants relatent les soubresauts politiques de l’Italie médiévale.

Le sonnet XXVIII relate les guerres des croisades, l’affrontement du roi de France contre les armées turques et arabes. À cette époque, tous les peuples chrétiens, dont les Allemands, sont sous la direction du roi. La chrétienté toute entière semble se mouvoir vers l’Orient, vers Jérusalem, vers le Salut : « Quiconque habite au pied de la montagne / Au bord de la Garonne, entre le Rhin, / Le Rhône et la mer, s’en va en croisade, / […] Partout où retentit le dogme / Des Très Saintes Écritures, en / Mille langues, mille armes et coutumes, / Se sont employés à cette entreprise. »

Bien que plus prudente et pieuse qu’autrefois, la politique de Rome demeure belliqueuse en souhaitant venger les offenses faites au Christ : « Or le bon roi qui gouverne le ciel / Du lieu sacré où il fut mis en croix / Tourne ses regards par grâce reçue : / Ainsi en son cœur, il inspire en Charles / Une vengeance dont le retard nuit / Car toute l’Europe attend cet instant, / Ainsi vient au secours de son épouse, / Celui dont la seule voix fait trembler / Babylone en éveillant son angoisse. »

Pour Pétrarque, l’Italie doit dépasser l’état d’asservissement et de décadence dans lequel elle est maintenue depuis trop longtemps : « Mais maintenant, c’est par reconnaissance / Et par piété, non par esprit guerrier, / Envers le fils glorieux de Notre-Dame, / Qu’on vengera les coups blasphématoires. / Qu’espère donc cette armée ennemie, / Avec ses bras humains et trop humains / Face à l’armée que commande le Christ ? »

Ce sonnet est adressé à l’écrivain et politicien Bosone de Gubbio mais l’on suppose qu’il était en réalité adressé à l’homme d’État Cola de Rienzo (auquel Wagner, des siècles plus tard, dédira un opéra) dont Pétrarque louait les qualités oratoires.

Dans le sonnet LIII l’Italie est décrite sous les atours d’une vieille femme à la belle chevelure et Pétrarque l’exhorte à reprendre force et courage : « Mais ce n’est pas sans fatalité que / Notre capitale Rome est confiée / À tes bras qui sauront la relever. »

Toute la misère de son pays natal est dévoilée à travers des images brutales de cris et de larmes : « Les pleureuses, le peuple désarmé / Des enfants et les vieillards épuisés, / Qui exècrent ce qui leur reste à vivre, / Et les moinillons noirs, beiges et blancs, / La tribu des éclopés, des malades / Crient :  »Ô Seigneur ! Notre Seigneur ! À l’aide ! » »

La métaphore architecturale de la décadence (délabrement des édifices) fait écho à la métaphore corporelle de la renaissance : il faut rétablir le corps vieillissant (l’Italie) en relevant la tête (Rome). La capitale est davantage un idéal historique qu’une réalité géographique, les ruines évoquant sa grandeur antique. Pétraque s’adresse ici au lecteur en lui attribuant la puissance d’action et la volonté d’agir : « Si le peuple romain / Devait enfin penser à son honneur / Pour moi, c’est à toi que cela revient. / Les vieux murs que le monde craint et aime, / Qui le font trembler quand il se souvient / Du temps passé et se tourne vers lui : / Les tombes qui renferment les dépouilles / De ceux qui recueilleront tant de gloire, / À moins qu’avant l’univers ne se perde. »

Quant au sonnet CXXVIII, écrit en 1344 après la guerre de Parme, il déplore les guerres fratricides d’Italie du Nord et du Centre, que dévastent les mercenaires allemands : « La Nature a pour nous bien fait les choses / Dressant l’écran des Alpes / Entre la rage des Germains et nous. / Mais le désir aveugle, au bien contraire, / S’est ainsi démené / Qu’il a donné la gale à un corps sain. »

Partant, Pétrarque s’adresse à Dieu pour que la vérité soit transmise à la multitude par sa langue : « Maître du ciel, je prie / Que la pitié qui t’a conduit sur terre / T’amènes à ton cher pays nourricier. / Vois quelle guerre est née / De quel motifs légers, Seigneur courtois, / Ouvre, Père, les cœurs / Que Mars a refermés / Dans son farouche orgueil, libère-les. / Fais qu’ils puissent entendre / La vérité de ma modeste bouche. »

Le positionnement moral est ici très marqué. Sa poésie devient élégiaque lorsqu’il parle de l’Italie comme une terre perdue. Il élabore une complainte de l’exil, de la nostalgie d’un âge d’or qu’il n’a pas connu mais dont il ressent le manque : « C’est bien le sol que j’ai d’abord touché ? / Et n’est-ce pas le nid / Où j’ai été nourri avec douceur ? / Et c’est bien la patrie en qui j’ai cru, / Mère bonne et pieuse, / Où mes deux parents sont ensevelis ? »

La première et la troisième chanson ici retenues sont construites dans un double rapport d’opposition et de rapprochement dans un contexte de corruption progressive du pays : concorde des nations européennes face à la division interne de l’Italie ; guerre sainte contre guerres intestines ; contrition et délivrance face à l’incertitude de l’exil terrestre. En revanche, la dimension nationaliste n’est ni originale ni centrale dans l’œuvre de Pétrarque.

Pétrarque déplore la condition d’une Italie indigne de sa vocation antique. Si l’Italie n’est plus généreuse qu’elle fasse au moins preuve de lucidité et d’obéissance. Dans la chanson CXXVIII Pétrarque use d’antithèses pour marquer ce qu’il considère comme un scandale : « Noble sang des Romains / Écarte de toi ces vils mercenaires. / Et ne vénère pas / D’aussi fausses valeurs. / Car se laisser vaincre par ses Barbares / Par la ruse n’est pas / Chose naturelle, mais c’est notre faute. »

Il fait appel à la conversion : la cause du malheur c’est le mépris du proche, du voisin et non la férocité des Allemands. Il veut rappeler les latins à leur fraternité. Il exhorte à la paix : « C’est nue et solitaire / Que l’âme arrive au carrefour douteux. / Veuillez, avant ce port, / Déposez votre haine et le mépris, / Des vents contraires à la vie sereine. / Et ce temps dépensé / À nuire à autrui, convertissez-le / En une action plus digne, / Une pensée, un chant / De louange, en quelque honnête travail. / Ici-bas, vous aurez / Un avant-goût du chemin vers le ciel. »

La figure de la rédemption est présente dans la chanson XXVIII avec l’évocation des thèmes de la piété et de l’obéissance (« Les prières de dévotion, d’amour / Et les larmes saintes des mortels ont / Peut-être touché la pitié sublime »). Chaque strophe est un élan vers Jérusalem, une force motrice.

Dans la chanson LIII tout semble reposer sur la vertu d’un seul, symbolisé par le lecteur italien (« Je place en toi toute mon espérance ». L’Italie est métaphorisée comme une dépouille à qui il convient de donner un second souffle de vie, soit une manière de dialoguer avec les âmes immortelles : « La noble dame en pleure, elle t’appelle / Afin que tu extirpes ce chiendent / Incapable de donner nulle fleur. / Et voilà plus de mille ans à présent / Que lui font défaut les âmes gracieuses / Qui l’avaient mise où elle se trouvait. / Ah peuple usurpateur, cinglant, privé / Privé de respect envers une telle mère ! / Mais de toi en revanche / On attend l’aide d’un époux, d’un père / Car l’autre Père, le saint, vaque ailleurs… »

Notons, que ces textes sont très lyriques et d’inspiration amoureuse. L’amour est explicitement présent à travers la charité, l’amour même du poète, l’amour de la mère, des parents. L’expression du sentiment amoureux se fait avec l’expression des contradictions de l’âme. Le sort de l’amant est ressenti comme un exil terrestre négatif. Pétrarque met en garde quant au parcours sur Terre qui peut conduire à la perte du voyage céleste. Cette poésie politique est la poésie des souffrances du poète, avec une évocation discrète de son propre travail littéraire. Il mêle ainsi la figure du moi et l’effort de réconciliation.

Si ces trois sonnets ont une vertu politique ce n’est pas en fonction d’un programme politique, malgré des éléments d’analyse politique très concrets ancrés dans le temps de Pétrarque. Cette vertu n’est pas utopique mais davantage à considérer comme un appel à la lucidité, d’où une dramatisation politique du jeu lyrique. En somme, cet amour de l’Italie n’est pas seulement la revendication d’une possession et d’une jouissance de la terre latine mais il traduit aussi la quête de la patrie et du Salut de l’âme (le pèlerinage terrestre).

Pour aller plus loin :

https://www.youtube.com/watch?v=dcxbssG_VAg

https://www.youtube.com/watch?v=8ZBLU1576F0

https://www.youtube.com/watch?v=OXX9tgKoooM

Quand d'une aube d'amour mon âme se colore,
Quand je sens ma pensée, ô chaste amant de Laure,
Loin du souffle glacé d'un vulgaire moqueur,
Eclore feuille à feuille au plus profond du cœur,
Je prends ton livre saint qu'un feu céleste embrase,
Où si souvent murmure à côté de l'extase
La résignation au sourire fatal,
Ton beau livre, où l'on voit, comme un flot de cristal
Qui sur un sable d'or coule à sa fantaisie,
Tant d'amour ruisseler sur tant de poésie !
Je viens à ta fontaine, ô maître ! et je relis
Tes vers mystérieux par la grâce amollis,
Doux trésor, fleur d'amour qui, dans les bois recluse,
Laisse après cinq cents ans sont odeur à Vaucluse !
Et tandis que je lis, rêvant, presque priant,
Celui qui me verrait me verrait souriant,
Car, loin des bruits du monde et des sombres orgies,
Tes pudiques chansons, tes nobles élégies,
Vierges au doux profil, sœurs au regard d'azur,
Passent devant mes yeux, portant sur leur front pur,
Dans les sonnets sculptés, comme dans des amphores,
Ton beau style, étoilé de fraîches métaphores !

Le 14 octobre 1835.


Victor Hugo


Au revoir et merci

Au moment de quitter mes fonctions de directeur de l'association Saint-Étienne Réunion pour devenir pasteur de la paroisse réformée de Guebwiller au 1er septembre, je tiens à vous saluer et vous remercier pour ces centaines d'heures passées avec vous au temple Saint-Étienne ou dans d'autres lieux mulhousiens. 

Je garderai le souvenir de la facilité avec laquelle de bonnes volontés savent se mettre ensemble pour monter des projets, un dynamisme extraordinaire qui aura accompagné et soutenu toutes ces années passées au service des mulhousiens et de l'évangile par le biais de l'animation culturelle et spirituelle du temple.

Mulhouse dispose de vrais trésors: son histoire et les incroyables ressources d'énergie qu'elle recèle, sa géographie qui la place à la rencontre des mondes, sa population qu'il importe de réunir. 

De ces treize ans, je garderai d'innombrables joies, merci pour tout cela !

Roland Kauffmann, pasteur

Un vitrail par jour 72A - Le Bon Berger

30 août 2022

Le bon berger

Le Christ auréolé et portant sur son dos une brebis rejoint un groupe de quatre anges qui se réjouissent avec lui de son retour et de celui de la brebis représentant l'humanité.

Luc 15, 4-7

4 Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis, et qu’il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? 5 Lorsqu’il l’a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, 6 et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis qui était perdue. 7 De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. 
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Ce vitrail, à l'origine placé avec l'ascension d'Élie et l'ascension du Christ n'a pas été replacé, ni en 1905 lors de la grande réinstallation ni après les deux guerres mondiales. Il est toujours conservé, avec deux autres vitraux plus tardifs, dans les réserves du Musée historique de Mulhouse que nous tenons à remercier pour nous avoir autorisé à l'examiner.

Pourtant ce vitrail résume à lui seul l'ensemble du cycle du Miroir du Salut du Genre Humain. En effet, dans la droite ligne de l'interprétation allégorique, l'auteur, Ludolphe de Saxe, identifie les 99 brebis du texte de l'évangile de Luc aux neuf ordres d'anges qui sont dans le ciel. Et la brebis que ramène le Christ n'est rien de moins que l'humanité toute entière, retrouvant ainsi sa place dans l'ordre cosmique un moment perturbé par la désobéissance d'Adam et Ève qui avait entraîné leur expulsion du Jardin

Comment ne pas voir aussi dans ce vitrail, une évocation du Psaume 23 "l'Éternel est mon berger" ou de l'affirmation par Jésus dans l'évangile de Jean "Moi. Je suis le bon berger" (Jean 10,11) ? À l'origine, peuple de bergers, le peuple hébreu a évidemment représenté l'Éternel sous la forme d'un divin berger, prenant aussi bien soin de ce troupeau symbolique qu'est l'humanité que le berger, en chair et en os, prend soin de son troupeau. Les premiers chrétiens ont tout naturellement repris l'image, même si la réalité de la vie d'un berger n'avait déjà plus grand sens pour ces premières communautés installées dans les grandes villes de l'Empire romain. Il faut toujours penser qu'un chrétien du 1er siècle avait la même distance culturelle avec le métier de berger que nous aujourd'hui. 

Cette distance était moindre quant à l'imaginaire hébraïque. Les premiers chrétiens sont pour la majorité issu de la culture hébraïque et en ont gardé les racines. Au fil des décennies, de plus en plus de convertis d'origine et de culture hellénistique ont rejoint les Église sur tout le pourtour méditerranéen. Et si la réalité de leur vie a changé, leur représentation est resté la même. 

Jusqu'à nos jours où l'image du berger continue à nous parler mais parfois avec un aspect négatif. En effet, nul d'entre nous ne revendiquerait aujourd'hui un statut de brebis. Au contraire, "Veille à ne jamais agir comme un mouton", la phrase d'Épictète (Entretiens II, IX) servait déjà au premier siècle à railler les adeptes de la nouvelle foi et aujourd'hui résonne étonnamment avec les affirmations des réseaux sociaux et autres influenceurs pour qui il importe de mener sa vie comme on l'entend, en toute indépendance et autonomie de pensée, de conviction et d'action. 

Le grand théologien helvétique du XVIe siècle, si important pour nous à Mulhouse, Huldrych Zwingli avait tracé les grandes lignes du travail d'un pasteur justement dans un traité intitulé "Le Berger" (Der Hirt, 1523) où il choisit le mot de « Wächter », littéralement le veilleur, celui qui attend l'aube qui vient car c'est dans la nuit du monde que le troupeau est en danger. Le pasteur, selon Zwingli doit veiller "à fortifier les âmes et éveiller les consciences". Tout est là, dans ces deux faces d'une même manière de prendre soin.

Fortifier les âmes, c'est accompagner et soutenir ceux qui sont dans la peine, c'est apporter une consolation dans les ténèbres de l'existence, c'est être dans le silence avec ceux qui souffrent et peinent à trouver un sens à leur vie. C'est « panser » et compatir avec tous ceux qui sont « fatigués et chargés ». Fortifier les âmes, c'est nourrir la spiritualité de celles et ceux qui nous sont confiés, c'est aider ceux qui cherchent un sens à leur existence et ont besoin de ce qui est nécessaire et vital pour eux, trouver une raison de vivre.

Éveiller les consciences, c'est réfléchir avec ! C'est alerter et prévenir, c'est engager et mobiliser. C'est dire que l'évangile n'est pas une recette de bonheur, que c'est certes une promesse mais aussi et avant tout une exigence. Une exigence de liberté pour tous, d'égalité entre tous, et de fraternité qui passe par l'engagement et la solidarité dans la mesure de nos moyens auprès de tous ceux qui ont besoin de notre aide.

Fortifier les âmes, ce n'est pas seulement « pleurer avec ceux qui pleurent » mais chercher des consolations et des encouragements pour retrouver une confiance dans le présent et un courage pour l'avenir. Éveiller les consciences, c'est donner les moyens d'agir dans le monde pour sa transformation, c'est développer un esprit critique envers tous les pouvoirs constitués. Il n'y a sans doute rien de plus urgent que de développer un tel esprit de résistance aux discours et aux idéologies, aux pratiques des réseaux sociaux qui nous transforment en un troupeau docile et obéissante. Fortifier les âmes et éveiller les consciences, c'est justement l'exact inverse d'un troupeau abruti.


Ainsi il importe que nous soyons les bergers les uns des autres. Non pas pour prendre en charge les autres mais pour nous préoccuper d'eux. Il s'agit là du cœur de l'éthique chrétienne, altruiste par principe. À chacun d'entre nous d'être le berger, et ainsi, le Christ pour notre prochain.
 
Roland Kauffmann

Frère et sœur ou la force de la haine

Frère et sœur, un film de Arnaud Desplechin avec Marion Cotillard, Golshifteh Farahani, Melvil Poupaud

Pour qui parvient à s'extraire des clichés d'une certaine bourgeoisie parisienne (que l'action se déroule à Roubaix ne change rien à l'affaire tant toutes les cases de la bien-pensance sont cochées) et malgré les relents de règlements de compte personnels qu'il laisse imaginer, le dernier film de Arnaud Desplechin touche néanmoins juste dans sa description des ravages de la jalousie.

Car c'est bien au jeu de la rivalité permanente que se livrent le frère et la sœur, l'un tirant son succès d'écrivain du dénigrement systématique de sa sœur, actrice adulée, l'autre effaçant purement et simplement son frère de son existence. D'une enfance où l'un, Louis, aura continuellement été renvoyé à son insignifiance tandis que Alice aura perpétuellement trôné sur les espérances de ses parents, surgissent des adultes désemparés, incapables de prendre leur envol sans se brûler réciproquement les ailes. Comme s'il fallait que l'un meure pour que l'autre vive.

C'est d'ailleurs autour de la mort que va se jouer le drame. La mort des parents d'Alice et Louis qui ne permettra même pas la réconciliation, la tombe devenant l'ultime champ de bataille d'une guerre de positions inexpugnables. La mort de Louis qui n'a pas le courage de se jeter du haut de l'immeuble, tout ange déchu qu'il est, la mort d'Alice qui à force de cachets se perd dans les coulisses de sa propre vie, la mort qu'elle joue au théâtre chaque soir, la mort de la jeune fille accidentée qui n'est qu'un prétexte ou pire encore la mort du fils de Louis qui nous fait entrer par effraction dans un drame familial dont on croît qu'il est celui des Atrides mais se révèle d'une banalité triste à pleurer. 

Car, et c'est justement là que Desplechin touche juste, la jalousie n'a pas besoin de raisons. On peut se demander à juste titre ce que telle ou telle scène vient faire dans le déroulement du récit, qu'est-ce qu'elle explique ou si elle illustre mieux le propos du film, on ne comprendra jamais vraiment pourquoi Alice et Louis se détestent tant et pourquoi ils peuvent se réconcilier aussi facilement au lit (drôle d'endroit pour une réconciliation entre frère et sœur !) dans une quasi nudité originelle. 

Il aura suffi que Alice découvre que son frère a du talent, et peut-être plus qu'elle, pour que dans un souffle et un sourire, elle lui glisse "je te hais" avec cette facilité déconcertante qui existe parfois entre deux êtres qui vivent dans le même univers. Et de ces simples mots basculent leurs vies. 

Cette tension dramatique aurait été sans doute mieux servie sans les outrances des personnages à moins qu'elles ne servent justement à montrer à quel point la haine de l'autre les empêche d'aimer les autres. Que Louis déverse sa hargne sur le fils d'Alice, que celle-ci s'enrage contre un brave pharmacien qui n'en peut mais, tout cela ennuie le spectateur mais souligne l'immaturité de ces éternels enfants pour qui amis, amants, et même cette fan roumaine sans papier sans cesse renvoyée à sa nuit et son dénuement, ne paraissent être que des ombres sans saveur. 

L'irrationnel de la jalousie et son cortège de haines recuites sans explications ni logiques sont trop courantes pour que Desplechin ne nous touche pas mais on aurait aimé plus de profondeur et de constance dans le propos. Ainsi, la (vrai ou fausse ?) piste de l'inceste, largement soulignée par le passage biblique du Lévitique lu à la synagogue (forcément, puisque l'ami psychiatre est forcément juif…, de l'art d'enfiler les poncifs, de même qu'il fallait bien un petit frère homosexuel et un fils manifestement non genré) interdisant de "révéler la nudité de sa sœur, de son père, de sa mère, de son frère" et l'effacement de l'un et de l'autre, Louis redevenant professeur, (forcément à la Dead Poets Society) et Alice arrivant enfin au Royaume du Dahomey (!, là aussi sans pourquoi ni raison) sont typiques d'une fin ratée pour un film qui ne sait pas vraiment ce qu'il voudrait dire.

Pour le groupe Pro-Fil de Mulhouse,

Roland Kauffmann

 

Albert Schweitzer, prédicateur

Retrouvez Albert Schweitzer dans un aspect méconnu de sa vie et son œuvre avec la conférence du professeur Matthieu Arnold jeudi 5 mai à 18h30, salle de la Décapole, à l'Hôtel de ville place de la Réunion.

Entrée libre, dédicace de l'ouvrage Albert Schweitzer, prédicateur.
En partenariat avec la librairie Bisey

Albert Schweitzer, prédicateur 

Matthieu Arnold, Études Schweitzeriennes, n° 13, automne 2021

Écoutez sur Soundcloud

Parmi les multiples facettes de l’œuvre et de la personnalité d'Albert Schweitzer, Prix Nobel de la Paix 1952, le grand public retient évidemment le médecin fondateur de l’hôpital de Lambaréné au Gabon ou son engagement contre les essais nucléaires au courant des années 1960. Le musicien est déjà moins connu même si les mélomanes sont nombreux à célébrer ses qualités d'interprétation de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. Certains se souviennent qu'il fut théologien mais n'en retiennent souvent que l'aspect naturaliste du « respect de la vie » faisant de Schweitzer un philosophe de l'écologie. Rares sont ceux qui le connaissent en tant que prédicateur.

C'est tout l'intérêt de la récente livraison des Études Schweitzeriennes que de se concentrer sur cet aspect qui, loin d'être anecdotique, est au cœur de la vocation humaniste et chrétienne d'Albert Schweitzer. On y découvre en effet que c'est à l'écoute des prédications de son père, dès son plus jeune âge, que se forge « le besoin inné » de prêcher du futur missionnaire. Réunissant les articles publiés par le professeur Matthieu Arnold dans diverses revues, l'ouvrage offre un tour d'horizon de la compréhension que se faisait Albert Schweitzer du rôle du prédicateur dans les diverses situations que rencontre l'Église.

Que ce soit avant la première guerre mondiale ou après celle-ci, sur les rives de l'Ill à Strasbourg ou les berges de l'Ogooué à Lambaréné, la prédication de Schweitzer est à la fois profondément ancrée dans la réalité que rencontrent ses auditeurs et dans la permanence du message du Royaume de Dieu. C'est en effet, au nom de cette conviction d'un Royaume de Dieu incarné dans la vie des peuples et des fidèles qu'il prêche dès 1907 pour que l'Empereur d'Allemagne parvienne à « insuffler au gouvernement l'esprit d'une disposition à la paix authentique et vigilante » (p.31) ; et qu'en 1918, quand certains prêchaient la victoire offerte par Dieu aux Français, Schweitzer, quant à lui, invitait à se souvenir de tous ceux qui, de chaque côté, avaient sacrifié leur vie et méritaient la gratitude de leurs peuples respectifs (p.125). Si, à Strasbourg, la prédication se fait réflexion éthique sur les conditions d'exercice du Royaume de Dieu par le biais de l'action sociale ou de l'action missionnaire ; à Lambaréné, elle s'incarne dans la vie quotidienne des malades et des soignants.

C'est bien parce qu'il était convaincu que « Jésus a soudé si étroitement l'une à l'autre religion et humanité qu'il n'y a plus de religion sans vraie humanité et que les devoirs de la vraie humanité ne se conçoivent pas sans religion » (prédication du 6 janvier 1907, p. 181) que l'on ne peut opposer chez lui théologie et philosophie, respect de l'homme et respect de la vie, ni les européens et les africains. Le sentiment d'un monde unique et commun à tous est au centre de sa pensée et de sa prédication. Découvrir Schweitzer prédicateur, et c'est le grand bonheur qu'offre l'ouvrage, c'est avant tout entendre un message d'une étonnante modernité quoique profondément inscrit dans les préoccupations de son temps.

Que ce soit en tant que vicaire à Saint-Nicolas, sur Martin Luther, sur le thème de l'éducation ou de la mission, dans le contexte des prédications de guerre ou après le retour de la paix, au sujet des animaux ou des relations entre « les noirs et les blancs », Albert Schweitzer se révèle étrangement proche de nous, à telle enseigne que l'on voudrait bien l'entendre prêcher dans nos paroisses dimanche après dimanche. À défaut, Albert Schweitzer, prédicateur nourrit en tout cas notre réflexion sur les problèmes de l'heure.

Roland Kauffmann

Albert Schweitzer, prédicateur, Matthieu Arnold, Études Schweitzeriennes, n° 13, automne 2021, 244 pp, 17€. Ouvrage disponible à la librairie Bisey à Mulhouse.

Protestantisme alsacien et nazisme: une analyse manquée.

L'ouvrage de Michel Weckel qui a défrayé la chronique du tout petit monde protestant alsacien est difficile à comprendre et analyser. Non qu'il soit écrit dans un style difficile, trop scientifique ou trop érudit, c'est bien plutôt l'absence de style, de méthode scientifique et d'érudition qui en rendent l'abord difficile. 

Hésitant entre le genre de l'introspection, l'enquête ou le pamphlet, Michel Weckel nous raconte sa difficulté à être fils d'agriculteur d'Alsace du Nord et sa fascination pour les "yeux d'ambre" d'une guide polonaise à Auschwitz-Birkenau dont la chaleur lumineuse l'a réconcilié avec l'humanité et convaincu de la vérité existentielle de son propre dégout de soi. 

C'est beau mais qu'est-ce que cela a à voir avec son sujet, à savoir l'adhésion au nazisme de certains pasteurs et responsables de l'Église luthérienne durant la seconde guerre mondiale ? Rien et pourtant c'est le "style" de l'auteur que d'entremêler des considérations personnelles, des sentiments et des intuitions avec des affirmations liminaires et définitives. Comme si la vérité intime des unes, qui appartiennent à l'être propre de l'auteur, était garante des autres. 

Quant à la méthode scientifique, il est certes aimable d'utiliser des "mémoires" d'étudiante en terminale (!) et des entretiens avec des universitaires mais à force de vouloir donner la même légitimité à toutes les confidences faites par des pasteurs en retraite et à vouloir faire croire que "tout le monde savait", on finit par niveler la pertinence des propos des uns et des autres et le lecteur ne sait plus distinguer entre ce qui relève du fait ou de l'opinion. Quant à la manière de suggérer que jusqu'à aujourd'hui seul "un petit nombre de théologiens et d’ecclésiastiques, (…) quelques chercheurs et universitaires" savaient réellement en raison du "silence entretenu par les directions d'Église" (p.156), elle ressemble fort à celle des complotismes contemporains.

Pour ce qui est de l'érudition, heureusement que les encyclopédies en ligne existent pour permettre de combler certaines ignorances. On suit avec un intérêt tout relatif les échanges de courriels entre l'auteur et la directrice de la médiathèque protestante qui seraient caractéristiques de "l'euphémisation" de la position de Luther envers les Juifs (p.103-102). Comme les "découvertes" de l'auteur sont égrenées tout au long des 23 chapitres, le lecteur a l'occasion de se familiariser avec elles puisqu'elles sont répétées sans cesse.

L'inconvénient de ce genre d'ouvrages qui prétendent "ouvrir et alimenter le débat" (p. 182) est précisément de poser le débat dans des termes qui le rendent impossible. Puisque le "récit" raconte ce que les uns et les autres ont fait, sans jamais entrer dans les raisons qui ont pu pousser, par exemple, les autonomistes alsaciens des années 30 à saluer l'arrivée des troupes allemandes et que du récit au jugement, il n'y a qu'un pas, vite franchi, pourquoi aller plus loin et entrer dans la complexité historique ?

Fruit du complexe alsacien, tiraillé entre des "ambiguïtés, un entre-deux et des ambivalences" (p.137) dont il ne creuse justement pas les raisons historiques, l'auteur expose un sentiment de mal-aimé. Sentiment qu'on ne peut nier puisque c'est son intimité mais que l'on doit critiquer quand il tend, qu'il le veuille ou non, à généraliser à l'ensemble de l'institution, des pasteurs et du luthéranisme dont le principe même serait la soumission et l'obéissance à l'État. En reprenant à son compte la différence de mentalité entre les protestants français et les protestants luthériens, les premiers étant rebelles par définition car forgés par la résistance à l'ordre royal et les seconds n'ayant "pas tellement à s'occuper des affaires du monde" (chap. 13 Register), l'auteur confond surtout les causes historiques et théologiques. Pour le dire trop vite (mais c'est ainsi que le lecteur peut le comprendre) : les réformés français étaient évidemment de courageux "Justes parmi les Nations" alors que les luthériens alsaciens étaient cette "masse silencieuse, faisant profil bas" quand ils n'étaient pas des nazis convaincus.

À force de raccourcis, qui évitent de se poser la question de savoir ce que l'on aurait fait si l'on avait été confronté à de tels évènements, en sautant allégrement d'une guerre mondiale à l'autre et du XIXe siècle à nos jours mais aussi en suscitant une forme de suspicion sur la connivence entre "grandes familles luthériennes", l'ouvrage assombrit plus qu'il n'éclaire le débat par son manque de rigueur méthodologique et sa complaisante analyse psychanalytique. Le dégout de soi, de la culture d'Alsace du Nord et du luthéranisme transpire trop à chaque page pour que le débat souhaité puisse s'installer sereinement. Il faudra sans doute attendre le colloque « Le protestantisme et les pasteurs alsaciens-mosellans entre 1940 et 1945 » qui aura lieu à Strasbourg les 16 et 17 novembre 2023 pour avoir de véritables références sur la question.

Roland Kauffmann, pasteur, Saint-Étienne Réunion, Mulhouse

Ces protestants alsaciens qui ont acclamé Hitler. Enquête sur les secrets de famille du réseau luthérien, Michel Weckel, La Nuée Bleue, 2022, 198 pp. 22€

 


Yaouen, la musique qui emporte

Yaouen, le marin musicien, propose un voyage en musique celtique le vendredi 24 juin au temple Saint-Paul à 20h. 

Yaouen emporte ses auditeurs dans des univers profonds du passé, du présent et du futur, aux couleurs celtes, baroques, médiévales et variées. Accompagné par ses instruments anciens, rares et uniques fabriqués sur mesure, il pose sa voix avec ses chansons à texte ainsi qu'avec son propre langage, pour vous transporter au-delà des frontières et du temps.

Hommage à la poésie, à la vie, aux gens. Identité, fraicheur et émotions vous apportent les embruns du grand large ainsi que les parfums de la terre, qui vous guident en harmonie pour le voyage de l'esprit.

Vendredi 24 juin, 20h 

Temple Saint-Paul, 30 rue Hubner à Mulhouse, entrée libre, plateau.

Découvrir Yaouen: www.yaouen.com

The Duke ou "Le paradis, c'est les autres"

 The Duke, un film de Roger Michel avec Jim Broadbent, Helen Mirren, Fionn Whitehead

Rencontre Pro-Fil du 19 mai 2022

The Duke est un parfait exemple de la manière dont le cinéma peut contribuer à populariser une philosophie auprès du plus large public et en même temps une belle démonstration de la manière dont le cinéma peut nous entraîner sur des fausses pistes. 

En effet, Roger Michel nous raconte une histoire parfaitement crédible ou en tout cas nous y fait croire sans que notre esprit soit arrêté par des invraisemblances pour finalement nous raconter le même évènement, à savoir le vol du portrait du duc de Wellington à la National Gallery de Londres en 1961, d'une toute autre manière, bien plus réelle. Une trame narrative et un dispositif scénaristique pour nous rappeler que le cinéma comme la vie est avant tout une histoire de point de vue, autrement dit de montage.

Au-delà de cet aspect formel qui fait de The Duke un cas d'école pour illustrer la différence entre crédible, croyable et réel - comme si finalement on y croyait parce qu'on a juste envie d'y croire, à cette histoire d'un Robin des Bois sexagénaire commettant un crime que "seule une bande organisée" ou le Docteur No (double référence à la fin de The Duke) pouvait commettre. Le spectateur est dupé alors que tout (ou presque) lui est montré et tout est dans le "presque".

Mais plus que la technique cinématographique, c'est la manière dont le message d'une philosophie profondément altruiste est tranquillement distillé auprès du public par le biais d'une comédie, bien plus référencée qu'il n'y paraît. Si la croisade de Kempton Burton pour la gratuité de la redevance télé est de l'ordre de David contre Goliath, la sympathie qu'elle provoque chez le spectateur du film est immédiate tout comme l'autre public auquel s'adresse le héros, c'est-à-dire le public de son procès. Burton est, comme l'affirme son avocat, un "bonhomme" en insistant sur la bonté foncière du personnage. Kempton Burton est un idéaliste qui croit simplement que l'homme vaut mieux que ce qu'il ne fait et en l'importance de l'altruisme. 

"Tu es moi et je suis toi, tu es ce que je te fais, je suis ce que tu me fais", cette magnifique définition que donne Burton de la vie en société est profondément ancrée dans la société britannique, pourtant réputée pour son libéralisme économique. Depuis Samuel Butler (Erewhon, 1872), Mandeville (La Fable des abeilles, 1714) et Thomas Hobbes (Léviathan, 1651), la philosophie britannique est traversée par le débat entre égoïsme et altruisme. Même la "main invisible" d'Adam Smith (Théorie des sentiments moraux,1759), pilier du libéralisme, doit se comprendre dans cette logique qu'il y a fondamentalement une recherche, non pas de son propre intérêt mais de l'intérêt d'autrui, dans le fonctionnement de la société. Et c'est cette croyance, au cœur du libéralisme, que promeut en réalité Kempton Burton sous ses traits de Robin des Bois. Lorsqu'il raconte son expérience fondatrice, alors qu'il risquait la noyade, qu'il a simplement patienté, persuadé qu'il était que quelqu'un allait venir à son secours, il affirme sa foi en l'humanité. 

Même s'il est licencié pour avoir pris la défense d'un immigré abusé, même si les apparences sont contre cette idée de la sympathie existant entre les hommes, Kempton Burton ne cesse d'y croire et de donner tort à Jean-Paul Sartre. Non les autres ne sont pas l'enfer mais le paradis, à la condition de les aimer comme soi-même. Une référence chrétienne qui n'est pas du tout explicite dans le film mais qui est la condition même pour que la philosophie libérale de l'altruisme puisse fonder une société.

Par son ton léger et "sympathique" justement, par la communion qui se met en place entre l'accusé, ses juges et le public, The Duke aborde, l'air de rien, des questions philosophiques de première importance sans même parler du sentiment de culpabilité de celui qui, croyant bien faire, se croit responsable de la mort de sa fille.

Pour le groupe de Mulhouse, Roland Kauffmann