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Les armoiries des comtes de Ferrette et l'histoire de la comtesse Jeanne

Dans le cadre de nos méditations sur les vitraux du temple Saint-Étienne, nous avons demandé à Matthieu Denni de nous relater l'histoire de Jeanne, comtesse de Ferrette et donatrice supposée de nos vitraux ainsi que de sa famille. 

Signalons également l'association "Jeanne de Ferrette 24" dédiée à la célébration du 700e anniversaire du mariage de Jeanne de Ferrette avec Albert II d'Autriche.

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L'usage des armoiries s'est développé au Moyen-Âge dans toute l'Europe comme un système d'identification, non seulement des personnes mais aussi des lignées et des collectivités humaines. Apparu au XIIe siècle au sein de la chevalerie, il s'est rapidement diffusé dans l'ensemble de la société occidentale : nobles, clercs, bourgeois, corporations de métiers, villes ou provinces.

Cette utilisation des armoiries vient de l'évolution de l'équipement militaire entre le XIe et XIIe siècle qui rend impossible de deviner le visage d'un chevalier caché par son casque. Pour se faire reconnaître dans les mêlées des batailles et des tournois, les chevaliers prennent l'habitude de peindre des figures distinctives sur leur bouclier et de se faire accompagner par un écuyer portant un écu, support sur lequel sont représentées leurs « armes ». Ces dernières sont ultérieurement reprises sur l'équipement du chevalier et de son cheval, sa bannière ou sur ses sceaux armoriés.

Les armoiries des comtes de Ferrette ressemblent à celles des comtes de Bar (aujourd'hui Bar-le-Duc en Lorraine) et des comtes de Montbéliard. Tout porte à croire que ce sont les armes primitives des comtes de Bar et qu'elles furent reprises par les comtes de Montbéliard lorsque Louis de Montbéliard épouse en 1037 Sophie, fille de Frédéric II duc de Lorraine et comte de Bar, cette dernière lui apportant en dot ce comté. Leur fils Thierry Ier de Montbéliard conserve les armoiries de ses parents de même que plus tard leur petit-fils Frédéric Ier, premier comte de Ferrette.

Les armoiries des comtes de Ferrette représentent deux poissons courbés en position verticale et de profil (en héraldique, qui est l'étude et la science des blasons, ils sont nommés des bars), les têtes tournées vers le haut, dos à dos et de couleur or, sur fond rouge. Elles se blasonnent ainsi : « De gueules aux deux bars adossées d'or ».

Quelques exemplaires de ces anciennes armoiries ont été conservés jusqu'à nos jours, soit sur des vitraux, soit sur des sceaux ou des pierres tombales: 

- ainsi sur une verrière médiévale du temple Saint-Étienne de Mulhouse fabriquée vers 1330 et peut-être financée par Jeanne de Ferrette,

- sur un autre vitrail médiéval du Augustiner Chorherrenstift à Sankt-Florian près de Linz en Haute-Autriche,

- sur un blason en verre exposé au Musée du verre à Corning dans l’État de New-York aux U.S.A. comportant la légende « Comes de Firetis » (comte de Ferrette), 

- sur les sceaux et/ou contre-sceaux (leur revers) de certains comtes (Frédéric II, Thiébaut), déposés aux Archives Départementales du Haut-Rhin à Colmar,

- sur la dalle funéraire du comte Thibaut de Ferrette au musée lapidaire de la chapelle St-Jean à Mulhouse.

Histoire du Sundgau

En 1324 lorsque Jeanne de Ferrette épouse Albert II d'Autriche, le comté de Ferrette passe aux mains des Habsbourg durant plus de trois siècles. Le comté est alors administré par des baillis mais conserve ses armoiries. Ainsi on les retrouve à l'hôtel de ville de Ferrette dans le bureau du maire, sur un blason millésimé 1572 taillé dans la pierre, également au-dessus d'une colonne torsadée dans la salle du conseil, et aussi sur la façade au-dessus de la porte d'entrée faisant face aux armes des Habsbourg et datées de 1570. Elles sont également sculptées en haut des deux piliers de l'ancienne porte sud de la ville (rue St-Bernard). Ces mêmes armes figurent aussi sur les étendards et bannières des troupes ferrettiennes combattant aux côtés des Habsbourg.

Actuellement la ville de Ferrette a comme armoiries officielles la réplique exacte du blason des comtes, mais au cours des siècles passés ce ne fut pas le cas. Selon l'Armorial de France établi sur l'ordre de Louis XIV en 1696 par Charles d'Hozier, juge général des armes et blasons de France, les armoiries de la ville comportaient alors les deux bars adossés mais d'argent et non d'or, et sur un fond bleu et non rouge (en héraldique « d'azur aux deux bars adossés d'argent »). Ces vieilles armoiries de la ville sont d'ailleurs sculptées et peintes sur l'ancienne chaire du XVIIIe siècle de l'église paroissiale, conservée au musée de Ferrette.

Les armoiries du Sundgau adoptées en 1988 comportent également le blason de Ferrette où il est associé à celui des Habsbourg d'Autriche et en partie à celui de Mazarin (« de gueules à la fasce d'argent accompagné en chef de trois étoiles d'or et en pointe de deux bars adossés d'or »).

Pendant les luttes sanglantes du Moyen-Age, les Ferrettiens, victimes de nombreuses agressions (Compagnies anglaises du sire de Coucy, Bâlois, Soleurois, Confédérés suisses, Bourguignons, Suédois, par exemple) étaient réputés pour leur bravoure et avaient une grande habitude des armes. Les sujets de la seigneurie en âge de se battre étaient tenus de se présenter en armes aux revues militaires et de marcher en temps de guerre sous l’étendard de Ferrette. Ils combattaient constamment et loyalement aux côtés de leurs seigneurs sous leur célèbre bannière aux deux bars connue au loin.

L'étendard était confié à un officier spécial dit Banneret ; celui-ci était choisi parmi les plus vaillants et élu par le collège des bourgeois. Voici l'allocution qui lui était alors adressée :

« X…, comme c'est votre désir et votre vœu de porter la bannière, vous saurez que vous devez à ce titre tôt ou tard, -quand il arrive que, pour la défense du pays et de ses habitants, la grande bannière de la Seigneurie de Ferrette doit marcher contre l'ennemi à la tête des sujets,- y sacrifier votre corps et votre vie. Si l'ennemi vous coupe la main droite, vous la saisirez avec la main gauche ; si l'ennemi vous coupe la main gauche, vous la saisirez avec votre bouche et vous marcherez ainsi à l'attaque de l'ennemi. Tant que vous serez en vie et tant que vous aurez un souffle, vous ne l'abandonnerez pas. Vous veillerez sur votre bannière avec autant de sollicitude qu'en a eu le disciple bien-aimé, lorsque Jésus-Christ notre Seigneur, lui eut recommandé sa chère et digne mère Marie». Là dessus, X… répond que « si tels n'avaient pas été ses sentiments il n'aurait pas sollicité cet honneur. Alors il jure, la main levée, d'y laisser corps et vie, de ne pas s'en séparer tant qu'il vit et le peut, de la garder jour et nuit, et de la rapporter. »

Malgré l'engagement des Ferrettiens et l'acharnement à sauver leur bannière, ils subissent néanmoins quelques cuisantes défaites, seuls ou aux côtés des Habsbourg, et la bannière reste parfois aux mains des ennemis.

Ainsi le 9 juillet 1386 lors de la bataille de Sempach dans le canton de Lucerne où les Habsbourg affrontent les confédérés suisses, la grande bannière de Ferrette reste sur le champ de bataille au milieu de nombreux Ferrettiens morts en même temps que l'archiduc Léopold IV, le fils de Jeanne de Ferrette, et de nombreux nobles alsaciens.

Le 15 août 1474 les Bourguignons de Charles le Téméraire attaquent les Sundgauviens aux environs d'Oberlarg. Ces derniers, débordés par une importante cavalerie ennemie, soutiennent une lutte à mort et 90 Ferrettiens perdent la vie dans ce combat sanglant. L'histoire ne dit pas si la bannière a pu être sauvée.

Le 30 novembre 1460 une troupe de 116 Soleurois, décidés à nuire aux Habsbourg, fait une razzia dans la seigneurie de Ferrette et se replie vers Délémont avec son butin. Elle est poursuivie par 300 Ferrettiens qui la rattrapent à Courrendlin, mais les Ferrettiens sont défaits et obligés de se replier en abandonnant leur bannière aux Soleurois. À l'instar des trophées de guerre, la bannière est suspendue dans l'église Sankt-Urs puis dans celle de la Barfüsserkirche à Soleure. À partir de 1614 l’étendard est transféré au Zeughaus (l'Arsenal) dont la construction vient d'être achevée. Depuis 1907 l'ancien arsenal est devenu un musée des armes (Museum Altes Zeughaus) et la bannière de Ferrette, bien que n'y étant pas exposée, est gardée dans les réserves du musée sous le numéro d'inventaire MAZ 1133 – Banner des Grafen von Pfirt. Avec ses couleurs fanées, elle est relativement bien conservée, mesure 83 cm de long sur 65 cm de haut et ses deux bars sont menaçants avec leurs gueules ouvertes et dentées, afin d'impressionner l'ennemi.

Lors de la fête de la Libération qui a eu lieu à Ferrette les 1er et 2 septembre 1945, une délégation suisse de Soleure a remis officiellement à la ville de Ferrette une fidèle copie de son ancienne bannière qui lui fut ravie il y a 500 ans. De nos jours elle est suspendue dans la montée d'escalier de l'hôtel de ville. Le texte qui l'accompagne, écrit par le gouvernement du canton de Soleure, précise que la bannière retourne aujourd'hui dans sa patrie lors des fêtes de la Victoire et de la Libération, et souhaite qu'elle ne connaisse plus jamais le joug d'une occupation étrangère.

Jeanne de Ferrette et ses ancêtres

L’illustre famille des comtes de Ferrette (Grafen von Pfirt en allemand) est la première dynastie à avoir marqué le Sundgau, En étudiant l’histoire du comté de Ferrette, on se rend vite compte que ce territoire au sud de l’Alsace se rattache intimement à des territoires du Nord-Est de la France : Alsace bien sûr, mais aussi Lorraine et Franche-Comté – et de Suisse : Porrentruy, Delémont, et surtout Bâle.

À la mort du dernier comte de Ferrette Ulrich III, le comté de Ferrette (en allemand : Grafschaft Pfirt) correspondait aux territoires de trois seigneuries principales : Ferrette, Altkirch et Thann, auxquelles furent rajoutées celles de Belfort, de Delle et de Rougemont. Le comté doit son nom au château de Ferrette, également siège du pouvoir comtal. Connu sous le nom de Pfirt en allemand et Ferrette en français, les documents latins d’époque le réfèrent aussi sous les appellations Phirrete, Fierritum ou Ferreta. Le comté de Ferrette était à cheval sur deux zones linguistiques : romane et germanique. Spirituellement, il dépendait du diocèse de Bâle. Ce n’est qu’après la Révolution française que l’ensemble du département du Haut-Rhin (dont Belfort) fut relié au diocèse de Strasbourg.

Pour trouver les ancêtres des comtes de Ferrette, il faut remonter très loin dans le passé, autour de l’an mil. En ce temps-là vivait Louis de Mousson, dont les possessions comprenaient plusieurs territoires de l’actuel Nord-Est de la France, en Lorraine, Franche-Comté et Alsace.

L’aïeul des comtes de Ferrette, Louis IV de Mousson et de Bar était un noble de langue romane originaire du château en ruine qui se trouve sur la Butte de Mousson en Lorraine. Il serait né vers 1015 et mort autour de 1075. On ignore les lieux de sa naissance et de sa mort. Louis avait pour mère Mathilde d’Eguisheim (sœur du pape Léon IX) et pour père, Richwin, comte de Scarpone (aujourd’hui Dieulouard au Nord de Nancy). Par son mariage avec Sophie de Bar en 1033, il devint comte de Bar et seigneur de Mousson. Ce mariage était voulu par l’oncle de Sophie, Conrad II le Salique. L’empereur du Saint-Empire romain germanique souhaitait renforcer son influence face aux signes d’agitation et de révolte dans cette partie occidentale de l’Empire nouvellement créé (en 962). Le comté de Montbéliard, fief de l’Empire, apparu vers 1032. À la mort du roi de Bourgogne, celui-ci n’ayant pas d’enfants, sa succession revint à Conrad II. Afin de stopper les velléités de revanche du comte Renaud de Bourgogne qui revendiquait l’héritage et voulait accroître ses possessions en Alsace, Conrad II constitua une entité puissante sur la Porte de Bourgogne. Il regroupa les terres d’empire d’Ajoie-Elsgau aux possessions sud-alsaciennes. Le passage vers ces terres était contrôlé à l’ouest par les fortifications de Montbéliard et fut confié à un homme sûr et proche de l’empereur, notre Louis de Mousson ! Le territoire attribué à Louis dans la région de Montbéliard incluait également les seigneuries de Delle et de Belfort, Ferrette et Porrentruy. En fait, il englobait plus ou moins le Sundgau actuel (le sud de l’Alsace). Enfin, du côté de Sophie de Bar, la tradition fait remonter l’arbre généalogique de sa famille au grand Charlemagne lui-même !

Le fils aîné de Louis de Mousson fut Thierry de Montbéliard (vers 1045-1103). Le 2e comte de Montbéliard prit le nom de Thierry Ier. Dans ses possessions lorraines (comté de Bar et seigneurie de Mousson), il était plutôt connu sous le nom de Thierry II. Pendant les 7 dernières années de sa vie, il reçu le comté de Verdun à titre viager. À la mort de son père Louis, Thierry revendiqua la succession du duché de Lorraine. L’empereur Henri IV ne le souhaitant pas, il ravagea l’évêché de Metz en représailles. Il fut vaincu par Adalbéron III, évêque de Metz et Thierry II, duc de Lorraine. Pour se faire pardonner, il fonda une abbaye à Haguenau en 1074 et fit reconstruire l’église de Montbéliard en 1080.

Thierry Ier de Montbéliard épousa Ermentrude de Bourgogne en 1065, fille du comte de Bourgogne. Le couple eut plusieurs enfants. Chacun reçut une partie du territoire en héritage : Thierry II (1081-1163) conserva le titre de comte de Montbéliard. Frédéric Ier (mort en 1160) devint le premier comte de Ferrette et reçu des biens en Lorraine, notamment à Amance (près de Nancy) Renaud Ier (1090-1150) prit possession du comté de Bar (autour de Bar-le-Duc) et de la seigneurie de Mousson. Étienne (mort en 1162), déjà évêque de Metz, reçut des biens en Lorraine.

Frédéric Ier devint le premier comte de Ferrette à la mort de son père, Thierry Ier comte de Montbéliard. Il choisit de garder les mêmes armoiries que celles des comtes de Bar et de Montbéliard, à savoir deux bars adossés (ou deux poissons). Son frère Thierry II, comte de Montbéliard, fit construire sur une colline escarpée au-dessus de la Savoureuse un château. On l’appela Belfort. Le comté de Frédéric de Ferrette s’étendant jusqu’à la colline d’en face, il décida d’y dresser à son tour une forteresse, le château de Montfort, pour un motif justifié de défense. Ce site est celui de l’actuelle Tour de la Miotte qui figure sur le blason de la Ville de Belfort. Il est raisonnable de penser que les relations entre les deux frères étaient bonnes. Thierry avait apparemment si mauvais caractère qu’il fut chassé par ses sujets barrois. Toutefois, le rapport entre les deux familles se dégrada lorsqu’en 1162, le comté de Montbéliard passa sous l’influence de la Bourgogne par les familles de Montfaucon et de Chalon. En effet, Thierry III, le fils ainé de Thierry II, mourut avant son père. Le deuxième enfant était une femme, Sophie. Héritière du comté de Montbéliard, elle mourut elle aussi avant son père. Or, elle avait eu un enfant de son mariage avec Richard II, comte de Montfaucon. Ce fut donc leur fils Amédée II de Montfaucon qui succéda à son grand-père. À partir de ce moment, les Ferrette et les Montbéliard eurent une longue histoire commune faite d’événements heureux ou de conflits d’intérêts.

Louis Ier (vers 1161-vers1193) est le fils du premier comte de Ferrette, Frédéric Ier. Il se démarqua des autres comtes de Ferrette par son voyage en Palestine, aux côtés de l’empereur Barberousse. Au service de l’empereur, Louis Ier participa à la Troisième Croisade. Présent au siège de Saint-Jean-d’Acre, il trouva la mort au cours des combats

Fils (ou petit-fils ?) de Louis Ier, Frédéric II (1197-1232) eu la réputation d’un homme sans scrupules, au caractère violent et orgueilleux. De toute l’histoire des comtes de Ferrette, le gouvernement de Frédéric est le plus agité. Il guerroya contre Richard III de Montbéliard et contre l’abbaye de Murbach pour étendre ses possessions. D’après la Charte de Lucelle (1215), la ville d’Altkirch lui doit sa création.

Vers 1225-1226, Frédéric fit la guerre contre son voisin, le comte de Montbéliard, pour la possession de la forteresse de Belfort. Le site était en effet stratégique : la clé de l’Alsace et du comté de Bourgogne (l’actuelle Franche-Comté). Le Traité de Grandvillars du 15 mai 1226, seule source de l’histoire de cette guerre, réconcilia les belligérants. Preuve de la paix retrouvée, Alix, fille du comte de Ferrette, épousa le futur comte de Montbéliard Thierry III (1205-1283) et donna naissance à Richard de Montfaucon. Mais le traité est un document hautement historique : il s’agit de la première mention connue du château de Belfort.

Mais la vie tumultueuse de Frédéric II le menèrent à sa perte. L’un des épisodes les plus retentissants de son règne fut l’enlèvement de l’évêque de Bâle, Henri de Thoune et son emprisonnement à Altkirch. Une fois délivré, l’évêque ne tarda pas à se venger du comte. Il lui ordonna (ainsi qu’aux habitants d’Altkirch) de subir la peine du Harnescar. Cette humiliation publique consistait à porter un chien sur ses épaules du Spalentor à la cathédrale de Bâle pour solliciter humblement le pardon de l’évêque.

Peu de temps après le triomphe de Henri de Thoune, Frédéric II fut mystérieusement assassiné en son château de Ferrette. La rumeur publique s’empressa de désigner son fils aîné, Louis le Furieux, comme l’auteur du crime. Il fut aussitôt excommunié et banni, tandis que son frère Ulrich prit possession du comté. Celui-ci continua à régner sur le comté pendant 40 ans après les faits sous le nom de Ulrich II. Ce n’est que 600 ans plus tard que l’on découvrit un acte conservé à l’abbaye de Lucelle relatant les confessions d’Ulrich sur son lit de mort. En invoquant le pardon de Dieu, celui-ci déclara être le véritable assassin de son père. Si cette histoire n’est pas un conte de fée, il s’agit néanmoins d’une énigme dont aurait pu s’inspirer Agatha Christie !

Le 15 janvier 1271 le comte Ulrich II, avec l’accord de son fils Thiébaud vendait à l’évêque de Bâle ses possessions du Sundgau pour 850 marks d’argent. L’évêque les lui rendit immédiatement en fief, devenant ainsi son suzerain. L’acte de vente est aujourd’hui une excellente source d’information qui nous permet de se faire une idée sur l’étendue du comté de Ferrette : le château et la ville de Ferrette, les châteaux de Sogren (Soyhières), de Blochmunt (Blochmont), de Lewenberc (Loewenburg), de Morsberc (Morimont), Liebenstein, le château et la ville d’Altchilche (Altkirch), Ameratswilre (Ammertzwiller), Sphebach (Spechbach), Hohennac (Hohnack), Winnecke (Wineck), une courtine dans Cernay avec ses attenants, tant dans la ville qu’au dehors… les cours de Turlestorff (Durlinsdorf), de Buchswilre (Bouxwiller), de Ruodensbach (Riespach), d’Altkilche (Altkirch) avec les fermes qui en dépendent, de Sphebach (Spechbach), d’Ameratswilre (Ammertzwiller), de Brunnehoubten (Burnhaupt), Schweichusen (Schweighouse), les villages de Tanne (Thann) et de Domarkilche (Dannemarie), avec les hommes, avocaties, les vignes, les champs… et généralement toutes les choses qui nous appartiennent par droit de propriété, à quelque droit et à quelque titre qu’elles soient énumérées, à l’exception du château de Schonenberg et de la cour de Illevurt (Illfurth). L’héritier d’Ulrich II est Thiébaud (ou Théobald) de Ferrette (1275-1315). Ce guerrier dans l’âme eut pour fils le dernier comte de Ferrette, Ulrich III

Ulrich III (mort le 10 mars 1324) épousa, vers les années 1300, Jeanne de Montbéliard, fille du comte Renaud de Montbéliard. Il reçut en dot de son épouse les seigneuries de Rougemont et de Belfort.

Le comte était inquiet au sujet de la transmission de ses possessions qu’il tenait de l’évêque de Bâle. Après neuf années de mariage, il n’avait eu que deux filles (Jeanne et Ursule), et aucun fils. Selon toute logique, en l’absence d’héritiers mâles, son territoire serait revenu à l’évêché de Bâle. Le 30 mai 1318, Ulrich III rencontra donc à Delémont l’évêque de Bâle. En reconnaissance des services qu’Ulrich lui avait rendus, l’homme d’église consentit à accepter que la transmission du comté de Ferrette se fasse par l’intermédiaire de sa fille aînée, Jeanne.

Pour obtenir l’assurance d’un tel arrangement, le comte de Ferrette s’adressa au Pape lui-même. Jean XXII entendait mettre l’autorité temporelle du pape au-dessus de celle de tous les souverains de la chrétienté. Ulrich III manifesta une certaine prudence à en avertir le chef de l’église. Une bulle papale datée d’Avignon le 25 janvier 1320 confirma l’accord entre le comte de Ferrette et l’évêque de Bâle. Toutefois, le pape y ajouta une clause qui lui avait probablement été suggérée par l’évêque. Il réserva que, dans le cas où le comte de Ferrette n’aurait pas d’enfants mâles pour héritiers, l’archevêque de Besançon devait veiller à ce que les filles du comte ne prennent leurs époux que dans le voisinage du diocèse de Bâle. Ceci afin qu’ils fussent à proximité pour porter secours à l’évêque de Bâle. On voulait par là éviter le danger de voir passer le comté de Ferrette entre les mains de quelques princes trop puissants pour l’église de Bâle.

Sentant sa mort proche, Ulrich se rendit à Bâle et écrivit le 7 mars 1324 un testament devant l’Officialité de l’évêché de Bâle. Il stipula les modalités de la transmission du comté de Ferrette à sa fille Jeanne selon les accords passés. Ulrich III de Ferrette mourut à Bâle trois jours plus tard, le 10 mars 1324 et son corps fut inhumé dans l’église des Franciscains de Thann, en présence de Jeanne et de son futur époux, Albert II de Habsbourg. Son cœur fut cependant déposé à l’abbaye de Lucelle.

Quelques jours après le décès, la succession fut organisée ainsi que le mariage de l’héritière du comté de Ferrette et du duc Albert de Habsbourg. Un contrat de mariage fut rédigé et signé le 17 mars 1324 à Thann. L’accord fut avalisé par l’archevêque de Besançon le 26 mars 1324 à Masevaux. Ceci laisse penser que l’union entre les Ferrette et les Habsbourg avait été organisé bien en avance, du vivant d’Ulrich III et de sa femme Jeanne de Montbéliard. Jeanne de Ferrette apporta à son mari Albert II de Habsbourg : le titre de comte de Ferrette, ce qui assure la protection de son héritage. la réponse à une nouvelle contrainte des Princes Électeurs du Saint-Empire : descendante de Charlemagne, Jeanne de Ferrette permit aux Habsbourg de reconquérir la couronne impériale. Malgré l’accord de l’archevêque de Besançon, l’évêque de Bâle fut très mécontent de cet arrangement et le fit savoir auprès du pape… sans succès ! Son vassal devint donc les très puissants Habsbourg !

À la signature du Traité de Westphalie à Munster le 24 octobre 1648, Louis XIV reconnaissant donna le titre de comte de Ferrette au Cardinal Mazarin en 1659. En 1777, Louise-Félicité-Victoire d’Aumont-Mazarin, descendante de la nièce de Mazarin, épousa Honoré IV Anne-Charles-Maurice. Celui-ci était duc de Valentinois (région de Valence) et surtout un Grimaldi, prince de Monaco. De nos jours, les Grimaldi portent toujours le titre de comte de Ferrette. Albert II de Monaco est donc l’actuel comte de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, baron d’Altkirch et seigneur d’Issenheim.

Matthieu Denni

Pour poursuivre sur l'histoire du Sundgau et des Habsbourg : http://www.isundgau.com/07-le-sundgau-et-les-habsbourg/

12 voeux en musique pour 2022 - 4

 Mercredi 29 décembre 2021

Cancer ou l'ouïe

La voix – Philippe Jacottet

Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n’est pas autrement précédé
par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le cœur
qui ne cherche la possession ni la victoire.



Mahler - Symphony No 1 in D major - Kubelik - YouTube

Esquissée dès 1884 à Cassel, l'essentiel de la première version de la Première Symphonie (en deux parties et en cinq mouvements) est réalisé de décembre 1887 à mars 1888. À cette époque, Mahler, âgé de 28 ans, est un chef d'orchestre très apprécié, assistant d'Arthur Nikisch à l'Opéra de Leipzig. Il profite des quelques jours de fermeture de l'opéra à la suite de la mort de l'empereur allemand Guillaume Ier pour revoir une « dernière fois » son travail.

La symphonie, qui selon Mahler doit provoquer chez autrui « mainte raison d'étonnement », ne parvient à être jouée nulle part. Cette déception et une brouille avec le directeur de l'Opéra de Leipzig causent la démission de Mahler à l'été 1888. Il se fait engager en septembre de la même année comme directeur de l'Opéra royal hongrois à Budapest. Après avoir remporté un succès considérable en donnant L'Or du Rhin et La Walkyrie, Mahler y crée sa symphonie le 20 novembre 1889 dans sa version originale terminée à Leipzig et présentée comme Poème symphonique en deux parties et cinq mouvements :

Première partie : 1) Introduction et Allegro commodo 2) Andante 3) Scherzo Deuxième partie : 4) À la pompes funèbres ; Attacca. 5) Molto appassionato

La Première partie est bien accueillie mais la deuxième plonge l'auditoire dans la stupeur et même l'indignation « Le cercle des amis de Mahler était très ému ; le public, dans sa majorité fermé comme d'habitude à toute nouveauté formelle, réveillé brutalement d'une hibernation somnolente. À l'attaque du dernier mouvement, une dame élégante assise à mes côtés laissa tomber tous les objets qu'elle tenait à la main » (Fritz Löhr, cité par Marc Vignal ).

Mahler est accusé de défier toutes les lois de la musique. « Son poème symphonique est vulgaire et insensé ». Les journaux hongrois, dont le Pester Lloyd, sont assez critiques. La Neue Pester Zeitung écrit : « Si l'on englobe le tout dans une impression d'ensemble, nous ne pouvons dire que la chose suivante : En ce qui concerne son éminente qualification en tant que chef d'orchestre, Mahler était non seulement parmi les premiers de son rang, il leur ressemble aussi par le fait qu'il n'est pas symphoniste… nous ne lui serons pas moins reconnaissants de ses efforts accomplis avec succès en tant que directeur d'Opéra et nous aimerions toujours le voir derrière son pupitre, à condition qu'il ne dirige pas ses propres compositions ».

En 1891, Mahler envoie la partition à l'éditeur Schott pour une publication, avec le titre Aus dem Leben eines Einsamen (« De la vie d'un esseulé »), sans résultat.

Du poème initial, face à l’incompréhension générale, le compositeur propose d’abord un programme détaillé en 1892. L'œuvre est ensuite créée à Hambourg le 27 octobre 1893 sous le simple titre « Titan », avec de nombreuses révisions et de nouvelles sections, y compris dans le deuxième mouvement Blumine. De nouvelles corrections ont lieu pour la première à Weimar, le 3 juin 1894. La quatrième création a lieu à Berlin le 16 mars 1896. Le manuscrit ne contient plus que quatre mouvements, le deuxième connu sous le nom de Blumine (« fleurettes ») ayant été retiré, et porte maintenant le nom de « Symphonie n o 1 », sans aucun sous-titre. Le public, dans une salle à moitié vide, siffle la symphonie. La critique est encore sévère. La symphonie est publiée en février 1899 par Joseph Weinberger (sans doute pour la création à Prague le 3 mars 1898) puis légèrement réorchestrée en 1903 pour une édition définitive en 1906 par Universal. Elle se présente désormais sous la forme d’une grande symphonie d’une cinquantaine de minutes, divisée en quatre mouvements. Mahler rejoue sa symphonie à intervalles irréguliers jusqu'à sa mort.

Le chef d'orchestre Bruno Walter, ami et grand interprète de Mahler, a transcrit la symphonie pour piano à 4 mains. 

Matthieu Denni 


12 voeux en musique pour 2022 - 3

Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Mardi 28 décembre 2021


Lion ou la chaleur

Dit de la force de l'amour – Paul Eluard

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l'injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d'Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l'espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s'éteindre
La vie toujours s'apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n'en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s'installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n'y résisteront pas
J'entends le feu parler en riant de tiédeur
J'entends un homme dire qu'il n'a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu ne supportais pas l'oppression ni l'injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d'être libre et je te continue.

Boulez, DEBUSSY La Mer 1966 - YouTube

De touchantes photographies nous viennent à l’esprit lorsqu’il s’agit d’évoquer les liens de Debussy avec la mer : une série de clichés réalisée en 1911 lors d’un séjour à Houlgate. Le compositeur prend la pose, sur la plage, assis sur une chaise, vêtu d’un costume 3 pièces, portant un parasol ou surveillant les jeux de sa fille Chouchou. Il semble rêveur, sans doute un peu détaché de cette haute société en villégiature. Lui, le solitaire, ne goûte guère aux mondanités des stations balnéaires. « Il ne devrait pas être permis d’y tremper de ces corps déformés par la vie quotidienne : mais vraiment, tous ces bras, ces jambes qui s’agitent dans de rythmes ridicules, c’est à faire pleurer les poissons. Dans la mer, il ne devrait y avoir que des sirènes » écrit-il à son éditeur. Car la mer, il l’aime profondément, depuis sa plus tendre enfance, lorsqu’il découvre la Méditerranée, avec sa mère Victorine, à l’occasion d’un séjour à Cannes chez sa tante. Mais c’est une mer plus agitée qui exerce sur lui une ardente fascination, l’Océan Atlantique et aussi plus particulièrement la Manche dont il fréquente avec bonheur les rivages.
Cette attraction pour l’océan lui rappelle, peut-être, les projets de son père qui avait envisagé pour lui un engagement dans la marine, comme il le confie à André Messager en 1903, en pleine composition de La Mer : « Vous ne savez peut-être pas que j’étais promis à la belle carrière de marin, et que seuls les hasards de l’existence m’on fait bifurquer. Néanmoins j’ai conservé une passion sincère pour Elle. Vous me direz à cela que l’Océan ne baigne pas précisément les coteaux bourguignons… ! (…) Mais j’ai d’innombrables souvenirs ; cela vaut mieux, en mon sens, qu’une réalité dont le charme pèse généralement trop lourd sur votre pensée ». Car c’est en Bourgogne, loin des rivages, que Debussy entame la composition de ce triptyque marin. « Quand on n’a pas le moyen de se payer des voyages, il faut suppléer par l’imagination » écrivait d’ailleurs celui qui a su également si bien traduire les parfums de l’Espagne sans jamais s’y rendre. La mer, elle, le fascine « au point de paralyser (ses) facultés créatrices » déclare-t-il dans un entretien en 1914, avouant n’avoir jamais pu écrire une page de musique symphonique « sous l’impression directe et immédiate de cet énorme sphinx bleu ». Si seul son imaginaire le guide dans un premier temps, il ne manque pas, cependant, de quitter la campagne pour respirer l’air marin des côtes normandes où il poursuit la composition de son œuvre. Un événement est en effet venu perturber la vie de Debussy : la rencontre d’Emma Bardac dont il est tombé éperdument amoureux, et avec laquelle il décide de s’enfuir sur l’île de Jersey avant de s’installer à Dieppe. Une fille, Claude Emma dite Chouchou, naîtra de leur union en 1905, quelques jours après la création de La Mer le 15 octobre à Paris, aux Concerts Lamoureux.
Debussy n’est pas le premier compositeur à traduire les mouvements de l’eau et des vagues. La mer a fasciné et inspiré avant lui bien des compositeurs, dès l’époque baroque. Rameau excellait, par exemple, dans l’art de décrire les tempêtes et les naufrages, presque récurrents dans ses ouvrages lyriques, tandis que Vivaldi nous a offert l’une des plus époustouflantes évocations musicales des déferlements marins dans son concerto pour flûte La Tempesta di mare où les vagues se déchaînent, formées par des vents sifflants. Quant aux romantiques, ils ont su également donner libre cours à leur imagination et leur sens descriptif face à l’océan. Que l’on songe à Mendelssohn et son ouverture Les Hébrides que certains ont décrit comme le premier grand tableau romantique marin, ou bien au Shéhérazade de Rimsky-Korsakov dans lequel un navire se brise sur des rochers. Et après Debussy, viendront Ravel avec l’un de ses célèbres Miroirs, « Une barque sur l’océan », Frank Bridge avec sa suite orchestrale The Sea, Sibelius avec son poème symphonique Les Océanides, Britten avec ses « Interludes marins » de Peter Grimes ou encore Jacques Ibert avec ses Escales. Autant de compositeurs qui savaient, à merveille, utiliser les jeux de timbres de l’orchestre, les trémolos ou glissandi pour évoquer les scintillements comme les flux et reflux de l’océan.
Même si elle n’en porte pas le titre, l’œuvre de Debussy s’apparente à une symphonie en 3 mouvements, son unique symphonie, dans laquelle on pourrait distinguer un scherzo central et un final majestueux. On pense également au genre du poème symphonique mais le compositeur lui préférera le terme « d’esquisses ». Car ici, tout est de l’ordre de la suggestion plus que de la description. Chaque mouvement porte un titre, chargé de poésie, de cette poésie qui imprègne la musique entière de Debussy. Nous voici transportés sur l’océan au grès de ses ondulations et de ses changements de couleurs. Un océan dont on découvre l’évolution des éclairages, de plus en plus brûlants, dans le premier volet De l’aube à midi sur la mer. Une extraordinaire palette de timbres nous permet ainsi d’admirer les plus beaux reflets de lumière sur des eaux encore tranquilles. L’épisode suivant, Jeux de vagues, se fait plus agité, décrivant une mer perturbée par les courants tandis qu’un véritable raz de marée éclate dans le dernier volet, Dialogue du vent et de la mer, où les 2 éléments s’opposent avec fracas jusqu’au retentissant coup de timbale final annonçant le triomphe du vent ! Le compositeur déploie ici une force théâtrale des plus saisissantes, et témoigne de son art à tirer de l’orchestre des sonorités aussi transparentes qu’éclatantes.
Cet art de la suggestion, cette capacité à traduire une atmosphère contribuèrent à faire de Debussy l’un des représentants du mouvement impressionniste en musique, même si le compositeur refusa cette qualification, sans doute parce que ses goûts, en matière de peinture, allaient au-delà de ce courant. Sa palette orchestrale, les subtils jeux de couleurs qu’il parvient à créer avec les timbres ne sont pas, cependant, sans rappeler ceux des peintres impressionnistes. Le terme d’esquisse qu’il choisit pour définir La Mer nous rappelle, en outre, l’art pictural. Car la peinture a toujours été très présente dans la vie de Debussy qui avouait « aimer les images presque autant que la musique » et avoir envisagé, dans sa jeunesse, une carrière de peintre. Botticelli, Watteau ou encore Whistler inspirent certaines de ses pièces. Monet ou Turner imprègnent également sa musique, sans oublier Hokusai dont La Grande Vague illustre la partition de La Mer. Debussy, lui-même, en avait fait la demande à son éditeur. Passionné par l’art de l’Extrême-Orient, et en particulier par la culture japonaise, il possédait un exemplaire de cette estampe, accroché au mur de son cabinet de travail. Elle demeure aujourd’hui associée à cette partition, l’une des plus picturales et des plus envoûtantes de Debussy, dont le succès ne s’est jamais démenti auprès du public.

Matthieu Denni

 




12 voeux en musique pour 2022 - 2

 Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Lundi 27 décembre 2021

Vierge ou la vue

Je noie en tes yeux mon âme – Émile Verhaeren

Je noie en tes deux yeux mon âme tout entière
Et l'élan fou de cette âme éperdue,
Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.

S'unir pour épurer son être
Comme deux vitraux d'or en une même abside
Croisent leurs feux différemment lucides
Et se pénètrent !

Je suis parfois si lourd, si las,
D'être celui qui ne sait pas
Être parfait, comme il le veut !
Mon cœur se bat contre ses vœux,
Mon cœur dont les plantes mauvaises,
Entre des rocs d'entêtements,
Dressent, sournoisement,
Leurs fleurs d'encre ou de braise ;
Mon cœur si faux, si vrai, selon les jours,
Mon cœur contradictoire,
Mon cœur exagéré toujours
De joie immense ou de crainte attentatoire.

Bruckner, Symphony Nr 4 Es Dur 'Romantische' Claudio Abbado, Wiener Philharmoniker - YouTube

La quatrième symphonie a subi le processus de composition le plus long, le plus complexe de toutes les symphonies. Les travaux de Bruckner s’étendent de 1874 à 1890. Il a recomposé une grande partie de la symphonie au cours de ce processus, remplaçant entièrement le troisième mouvement et recomposant fondamentalement le Finale. Il a préparé au moins trois fois des versions différentes pour une exécution, et chaque fois cela a amené Bruckner à apporter des changements, souvent substantiels, jusqu’à arriver finalement à une publication de la symphonie. Une grande partie de cette historique a restée inconnue ou mal comprise, tout comme bon nombre de questions importantes soulevées en général par les versions des symphonies de Bruckner. Pour ces raisons, la quatrième symphonie – le cas le plus extrême du « problème Bruckner » – offre une plate-forme particulièrement avantageuse pour visualiser les questions clés de manière plus critique et plus claire qu’elles l’ont été auparavant.

Matthieu Denni

12 voeux en musique pour 2022 - 1

 Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Dimanche 26 décembre 2021

Balance ou le toucher

Chair des choses – Renée Vivien

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,

Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,

L'harmonie et le songe et la douleur profonde

Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,

Je partage leur vie intense en les touchant,

C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles

De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries

La chair lisse du marbre aux féminins contours

Que la main qui les sait modeler a meurtries,

Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,

Toison chaude et superbe où je plonge les mains !

Ils ont connu l'ardent secret des chevelures

Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.

Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,

Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages

Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,

Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...

Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme

Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

 

Wild/Fiedler: Gershwin, Rhapsody in Blue (1959) - YouTube

Gershwin a écrit sa Rhapsodie en 1924.

C’est Paul Whiteman, un chef d’orchestre célèbre aux États-Unis qui demande à Gershwin de composer un concerto pour piano. A cette époque, au début des années 1920 Gershwin commence à se faire connaître aux États-Unis. C’est dans un train pour Boston qu’il se met au boulot. Il lui reste 5 semaines pour composer son concerto pour piano et orchestre.

Ce n’est pas tout à fait Gershwin qui a composé la partie pour orchestre, mais en a écrit les principales idées, les mélodies et les thèmes principaux.

Il a demandé à un de ses amis d’orchestrer la partition c’est-à-dire de l’adapter pour les instruments de l’orchestre. Une partie pour orchestre qui a d’ailleurs été revu à plusieurs reprises et à chaque fois pour des formations plus importantes, avec plus d’instruments jusqu’à ce que cette Rhapsody in blue soit interprétée par les plus grandes formations.

Cette Rhapsody in Blue est une sorte de concerto Jazz, il a utilisé un big band de jazz, c’est-à-dire, un orchestre jazz avec saxophones, clarinettes, trompettes, il y avait aussi une batterie et seulement 8 instruments à cordes de la famille des violons. Ce que Gershwin voulait avant tout c’est que cette œuvre soit un parfait mélange entre musique dite classique et jazz.

Le jour de la première en 1924, il n’y avait même pas de partition pour piano. C’est Gershwin qui était au piano pour la première de sa Rhapsodie, et il a beaucoup improvisé.

C’est seulement après le concert que Gershwin a écrit sur une partition la partie pour piano.

Matthieu Denni 

Calendrier de l'Avent 2021

 Calendrier de l'Avent 2021

Temple Saint-Étienne Mulhouse


« …di cerchio in cerchio verso la Luce... »

Avec Dante au paradis

de lieu en lieu

vers Noël

Mercredi 1er décembre 2021, Angleterre, Chant I v 7-9

Jeudi 2 décembre 2021, Espagne, Chant I v 70-72

Vendredi 3 décembre 2021, Prague, Chant V v 79-81

Samedi 4 décembre 2021, Québec, Chant IX v 70-72

Dimanche 5 décembre 2021, Hanouka, Chant X v 25-27

Lundi 6 décembre 2021, Romandie, Chant XI v 1-3

Mardi 7 décembre 2021, Carinthie, Chant XIV v 25-27

Mercredi 8 décembre 2021, Grèce, Chant XIV v 28-30

Jeudi 9 décembre 2021, Pologne, Lorsque nous aurons revêtu la chair glorieuse et sainte, notre personne sera plus parfaite parce que entière. Chant XIV v 43-45.

Vendredi 10 décembre 2021, Bolivie, ...car cette croix faisait briller le Christ si bien que je ne sais trouver d'exemple digne. Chant XIV v 104-105.

Samedi 11 décembre 2021, Allemagne, ...une mélodie s'épanchait dans la croix. Chant XIV v 122.

Dimanche 12 décembre, New York, Tu crois le vrai ; les petits et les grands dans cette vie-ci regardent le miroir où, avant que tu penses, apparaît la pensée. Chant 15 v 61-63.

Lundi 13 décembre 2021, Suède, ...car ta vie s'enfuture au-delà du châtiment de leurs perfidies. Chant XVII v 98-99.

Mardi 14 décembre 2021, Alsace, Et ton cri fera comme le vent qui heurte plus fort les hautes cimes ; et cela n'est pas petit sujet d'honneur. Chant XVII v 133-135.

Mercredi 15 décembre 2021, Égypte, Ô fleurs perpétuelles de l'éternel bonheur qui me faites paraître en un seul parfum tous vos parfums. Chant XIX v 22-23.

Jeudi 16 décembre 2021, Venise, Ô doux amour qui l'entoures de rire. Chant XX v 13.

Vendredi 17 décembre 2021, Danube Divine Comédie, Chant XX v 37-38

Samedi 18 décembre 2021, Brésil, Divine Comédie, Chant XX v 73-78

Dimanche 19 décembre 202, Russie, Divine Comédie, Chant XX v 130-135

Lundi 20 décembre 2021, Norvège, Divine Comédie, Chant XXI v 135

Mardi 21 décembre 2021, Bulgarie, Divine Comédie, Chant XXIII v 73-75, Divine Comédie, Chant XXIII v 103-105

Mercredi 22 décembre 2021, Mexique,Divine Comédie, Chant XXIV v 91-93, Divine Comédie, Chant XXIV v130-132

Jeudi 23 décembre 2021, Naples, Divine Comédie, Chant XXVII v 4-6

Vendredi 24 décembre 2021, Bethléem, Divine Comédie, Chant XXVIII v 16-18, Chant XXIX v 142-145, Chant XXXI v 22-24

Samedi 25 décembre, Partout, Divine Comédie, Chant XXXIII v 1-9, Chant XXXII v 124-127, Chant XXXII v 142-145

 

 

 pour ce Calendrier de l'Avent 2021, nous irons chaque jour à 10h dans divers pays ou villes avec Dante et son Paradis comme guide pour découvrir une autre manière de comprendre et découvrir Noël. 
Nous tenons à remercier Matthieu Denni pour ce voyage vers Noël

Le Printemps du Tango - 2

Du 11 au 13 juin

Toutes les informations sur leprintempsdutango-mulhouse.fr 

 

"Danse de vie, danse de mort, élégance et nostalgie, force et sensualité, le tango d'hier et d'aujourd'hui nous fait rêver des trottoirs de Buenos Aires, des ombres et lumières des bas fonds de la ville. Se laisser emporter par ce mouvement hors du temps, regards échangés, corps en liberté, géographie intime d'un monde révélé". 

 C'est bientôt le Printemps du Tango à Mulhouse, du 11 au 13 juin prochains. Saint-Étienne Réunion en est partenaire de longue date et pour en donner un avant goût, nous vous avons préparé une série de concerts virtuels sous la houlette de Matthieu Denni. 

BANDONEON

LE TANGO

Où sont-ils donc ? demande l'élégie

Des disparus, comme s'il existait

Une région où le passé serait

L'Encore, le Toujours, et l'Aujourd'hui.

Où donc (je le redis) la populace

Qui a fondé dans des hameaux déserts,

Dans des rues de poussière et de terre,

La secte du couteau et de l'audace?

Où sont-ils donc, ceux-là qui sont passés,

Laissant à l'épopée un peu d'action,

Leur fable au temps, et qui sans aversion,

Lucre ou passion se sont entretués.

Je les cherche dans leur légende, au soir,

Dans la braise qui, incertaine rose,

Garde de cette pègre quelque chose,

Pègre des Halles et du Vieil Abattoir.

Quelles sombres ruelles, quelle plaine

D'un autre monde habite l'ombre dure

De celui qui était une ombre obscure,

Ce Muraña (3) , ce couteau de Palerme ?

Et ce terrible Iberra (4) , (que Dieu l'ait

En sa sainte garde) qui sur un pont

Tua Nez Plat son frère qui avait

Fait plus de morts, et le compte était bon.

C'est une mythologie de poignards

Qui lentement s'annule dans l'oubli ;

Une chanson de geste qui périt

En de sordides et policières histoires.

Il est une autre braise, un autre feu

Dans la cendre où ils sont, une autre rose ;

Tous ces fiers bretteurs sont là qui reposent

Avec le poids du couteau silencieux.

S'ils ont perdu dans la boue le couteau

Hostile, ou cet autre couteau, le temps,

Malgré la mort et le temps accablant

Tous ces morts sont vivants dans le tango.

Ils sont dans la musique, le cordage

De la guitare obstinée, laborieuse,

Qui trame dans la milonga heureuse

La fête et l'innocence du courage.

Dans le vide la roue jaune tournoie

Avec chevaux et lions, j'entends l'écho

Des tangos d'Arolas et de Greco (5)

Qu'on dansait sur le trottoir devant moi,

Dans un instant qui émerge, isolé,

Sans avant ni après, contre l'oubli,

Et qui a goût de ce qui s'est enfui,

Qui s'est enfui et qui est retrouvé.

Dans les accords, il est des choses vieilles :

L'autre patio et, entrevue, la treille

(Entre les murs, à l'abri des regards,

Le Sud conserve et guitare et poignard.)

Rafale, le tango, ou diablerie,

Aux années affairées, il se mesure ;

Fait de poussière et de temps, l'homme dure

Bien moins que la légère mélodie,

Qui n'est que temps. Le tango crée, brumeux,

Un passé irréel mais sûr alors,

L'impossible souvenir d'être mort

En se battant, dans un coin de banlieue.

Anibal Troilo - 1963 - Melancolico - YouTube

Responso, Tango de Aníbal Troilo, par le Trio Fueye - YouTube

Anibal Troilo-Ché Bandoneon - YouTube

ANIBAL TROILO - FRANCISCO FIORENTINO - 12 GRANDES EXITOS - VOL 2 - 1941/1943 por Cantando Tangos - YouTube

ANIBAL TROILO - ROBERTO GOYENECHE - 12 GRANDES EXITOS - 1956/1971 por Cantando Tangos - YouTube

Aníbal Troilo (1914 – 1975), surnommé ''Pichuco'' ou ''El Gordo'', était un bandonéoniste, compositeur et chef d'orchestre de tango argentin.

Anibal Troilo est né le 1914 à Palermo (Buenos Aires). À 17 ans, Troilo joue avec l'orchestre de Juan Maglio « Pacho », puis il rencontre Ciriaco Ortiz (qui influencera énormément son jeu de bandonéoniste) et Julio de Caro. Plus tard il jouera avec Juan d'Arienzo, Angel d'Agostino, Luis Petrucelli, Orquesta Típica Victor et Cuarteto del 900. Le 1937 il dirige son premier orchestre au cabaret le Marabu.

Le répertoire d'Anibal Troilo est composé de 250 pièces musicales différentes et il en a composé environ 60. Pour accompagner sa musique, il fit appel aux paroliers les plus connus de son époque. Pichuco considérait que la qualité littéraire des textes était très importante. Il estimait aussi les instrument de musique avec le même égard.

Associé à de grands chanteurs (Alberto Marino, Francisco Fiorentino, Floreal Ruiz, Edmundo Rivero) et à des solistes prestigieux : Orlando Goñi, José Basso, et Astor Piazzolla, c'est dans le tango que Troilo fut reconnu. Entre juin 1955 et septembre 1956 il produira avec des guitaristes comme Roberto Grela, Edmundo Zaldívar et Enrique Kicho Díaz, 12 pièces mémorables.

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Juan Jose Mosalini - Noche Tango - Balada - YouTube

Juan Jose Mosalini - Noche Tango - Goyoe - YouTube

Festival Au Fil des Voix présente Noche Tango - Juan José Mosalini (direction) - Paris 2010 - YouTube

Quartet Juan Jose Mosalini - Apretonados - YouTube

Ciudad Triste - J. J. Mosalini et son grand orchestre de tango - YouTube

Negro Nacarado - J. J. Mosalini et son grand orchestre de tango - YouTube

Code 18 (Juanjo Mosalini) - Mosalini Teruggi cuarteto - YouTube

Milonga para Luis (Juanjo Mosalini) - Mosalini Teruggi cuarteto - YouTube

Juan Jose Mosalini & Sandra Rumolino - Volver - YouTube

Quelque part entre "l'Orquestra tipica" des bouges argentins et les milongas, ces bals d'amateurs chevronnés où le tango s'apprend, se joue, se danse et se vit, le programme "Alma de Tango" nous plonge dans le Buenos Aires d'antan, sans tourner le dos au tango moderne. Créée et dirigée par le grand bandonéoniste argentin Juan José Mosalini, cette formation réunit les artistes les plus réputés dans ce répertoire, avec bien sûr Juan José Mosalini au bandonéon, mais aussi Sebastien Couranjou au violon, Diego Aubia au piano, Leonardo Terrugi à la contrebasse, ainsi que la sublime Sandra Rumolino au chant et le grand Jorge Rodriguez avec sa partenaire à la danse Maria Filali.

Juan José Mosalini, référence incontestée du tango, qui a notamment joué avec Sálgan, Piazzolla, Caratini ou Beytelmann, s'inspire tout autant de l'Avant-Garde que de l'essence du tango puro. On y retrouve la rigueur, la sensualité, l'énergie maîtrisée, le caractère tout à la fois intellectuel et sauvage du genre, cette beauté incomparable qu'on croit réservée à l'élite, quand elle se définit - et se vit - comme résolument populaire. La musique impose son rythme à la danse et réciproquement. La voix sensuelle de Sandra Rumolino dévoile toute l'intimité du tango et trace un chemin imaginaire vers Buenos Aires.

Matthieu Denni 

Le Printemps du Tango 1 : MISA TANGO

Le Printemps du Tango 3 : MI BUENOS AIRES QUERIDO

Le Printemps du Tango 4 : TANGO NUEVO

Le Printemps du Tango 5 : LIBERTANGO

Le Printemps du Tango 6 : MILONGA