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Calendrier de l'Avent 11

Vendredi 11 décembre 2020 

Dietrich Buxtehude : prélude au choral wie schön leuchtet der Morgenstern 



Diedrich Buxtehude: Wie schön leuchtet der Morgenstern - YouTube

Pour tout un chacun, ce nom est immédiatement associé à celui du jeune J.-S. Bach, dont on rappelle à l'envi qu'il fit le parcours menant d'Arnstadt à Lübeck (près de 400 kilomètres) pour entendre le vieil organiste dans ses oeuvres, et qu'étant parti avec une « permission » de quatre semaines, il y resta — sans guère se poser de questions tant il fut subjugué — près de quatre mois.

Qu'il ait fait tout ce trajet à pied, comme le veut la légende, rien n'est moins sûr. Ce qui en revanche est avéré, c'est qu'il revint transformé de ce séjour : à son retour, il n'accompagnait plus les cantiques de façon conventionnelle, se laissant aller à des improvisations intempestives et prolongées entre les strophes et se livrant dans son accompagnement à d'étranges ornementations qui avaient pour effet d'égarer l'assistance, autant de bizarreries auxquelles les autorités ecclésiastiques lui demandèrent de mettre fin promptement.

Ce que l'on évoque moins souvent de ce séjour de J.-S. Bach à Lübeck, c'est que celui-ci aurait pu s'y assurer un poste stable d'organiste, un des plus prestigieux de toute l'Allemagne, celui — justement — de Buxtehude à l'église Sainte-Marie : on lui laissa en effet entendre que, conformément à une tradition bien établie, et du reste entretenue par le même Buxtehude qui avait conquis ce poste en épousant la fille de son prédécesseur, il pourrait accéder à la fonction s'il consentait à convoler en justes noces avec Anna Margreta, la fille de Buxtehude, de dix ans plus âgée. Mais pour Jean-Sébastien, qui était déjà fiancé à Maria Barbara, c'était trop demander, d'autant que, selon les historiens les mieux documentés, ladite Anna Margreta manquait singulièrement d'attrait : ne dit-on pas que, deux ans plus tôt, deux autres prétendants à la succession de Buxtehude, Mattheson et Haendel, avaient eux aussi préféré tourner les talons…

Tous ces détours pour souligner à quel point Buxtehude bénéficiait, en tant qu'organiste et compositeur, d'une aura exceptionnelle, qui plus est rehaussée par le prestige acquis par ses Abendmusiken, ces concerts spirituels institués par son beau-père, auxquels il donna un retentissement croissant au cours des quarante années qu'il passa à Lübeck. Celles-ci ont tellement compté pour la musique qu'on en oublierait presque l'origine danoise de notre musicien — il était né (d'un père organiste) dans le Holstein qui était alors une terre danoise —, une identité à laquelle il tenait apparemment beaucoup.

Qu'il nous pardonne si, après tant d'autres, nous faisons de lui le plus grand musicien « allemand » entre Schütz et Bach. À tous égards, son œuvre est en effet considérable, et d'une valeur exceptionnelle dans le cas de ses pièces pour orgue ; le reste de son catalogue comporte également bien des joyaux, qu'il s'agisse des œuvres vocales sacrées (par exemple le cycle de cantates Membra Jesu Nostri) ou – dans une moindre mesure — des pièces instrumentales non dédiées à l'orgue.

La place que nous donnons ici à l'instrument-roi ne saurait étonner : « Au travers de quelque quatre-vingts pièces pour orgue, Buxtehude a écrit une œuvre immense, au langage fait de grandeur et de surprises, de lyrisme et d'audaces, mélange savant d'un contrepoint éloquent et d'une liberté large mais dirigée. Si, aux toccatas, chaconnes et canzone du Sud, on oppose généralement les chorals, les vastes préludes et fugues et les passacailles du Nord, d'une écriture plus virtuose faisant largement usage du pédalier, on peut voir que l'œuvre de Buxtehude rassemble ces différentes formes en une synthèse qui trouvera son aboutissement chez Bach. » Encore pourrait-on ajouter que « l'univers de Buxtehude est d'une trempe qui n'a pas eu de descendance : si Bach en reprend certaines intuitions et un sens rarement égalé de la plénitude polyphonique, sa théologie plus exigeante en délaisse le décor propre et n'adopte pas non plus ce stylus phantasticus à mi-chemin de la virtuosité et de l'improvisation, ni ces inflexions typiquement épanouies et intimistes qui sont la marque de Buxtehude. »

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 10

Jeudi 10 décembre 2020

Ukraine : chants orthodoxes pour Noël


Orthodox Christian Monks chant Christmas Carols - YouTube

Aujourd'hui notre voyage nous emmène en Ukraine. En compagnie de quelques moines de religion orthodoxe partageons cette veillée de Noël.

Il n'y a rien à dire de plus... Le reste est entre les mains de Dieu...

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 9

Mercredi 9 décembre 2020

Django Reinhardt : Christmas swing (1937)


Django Reinhardt Christmas Swing - YouTube

Excursion dans le monde du swing aujourd'hui... Ou comment jouer de la guitare avec quelques doigts en moins...

Jean Reinhardt dit Django Reinhardt est né le 23 janvier 1910 en Belgique. C’était un guitariste manouche de jazz.

Il fait partie d’une famille de nomades et passera sa jeunesse à voyager en France, en Italie ou encore en Algérie pour fuir la Première Guerre Mondiale. Sa famille restera finalement à Paris.
À l’âge de dix ans, il se découvre une passion pour le banjo que possède son oncle et commence un apprentissage en observant des musiciens de passage. Par la suite, il apprendra également le violon et la guitare.

Il exercera sa passion dans les bars et les bals de Paris mais aussi dans les demeures des gens aisés. Il se fait alors une certaine réputation chez les amateurs de musique alors qu’il n’a que treize ans.

Django Reinhardt enregistrera son premier disque grâce à l’accordéoniste Jean Vaissade. Cette même année, alors que Djando doit se produire à Londres avec la formation de musique populaire du chef d’orchestre Jack Hylton, un incendie se propage dans la roulotte où il vit avec sa première femme, Bella Baumgartner. Les deux occupants sont gravement blessés. Django est sérieusement atteint à la jambe droite et à la main gauche et les médecins pensent qu’il ne pourra plus jamais jouer de la musique, après plus de 18 mois passés à l’hôpital. Sa main sera finalement brûlée au nitrate d’argent afin de provoquer la cicatrisation.

Même si le musicien a perdu deux doigts, il va s’obstiner et développera après 6 mois de travail, une technique nouvelle de la guitare que son frère lui a rapportée comme forme de rééducation.
A sa sortie de l’hôpital, il découvre que la guitare est désormais un instrument très utilisé au sein des orchestres de Jazz, une musique venue des Etats-Unis. Django décide alors de se consacrer entièrement au Jazz.

En 1931, il jouera dans l’orchestre du club la "Croix du Sud" dirigé par André Ekyan, puis, en 1934, il fonde le « Quintette du Hot Club de France » avec Stéphane Grappelli. Les cinq musiciens, dont le frère de Django fait partie, inventent une nouvelle musique qui connaît un fort succès. Ils vont alors enregistrer de nombreux disques et joueront dans toute l’Europe avec les plus grands musiciens de cette époque.

Le talent de Django ne laisse pas indifférent le chanteur Jean Sablon qui lui demande d’enregistrer en studio, dès 1933.

En 1940, il enregistre donc le titre « Nuages » avec le clarinettiste et saxophoniste de jazz Hubert Rostaing. Puis, avec l’orchestre de Pierre Allier.

En 1943, il épouse Sophie Ziegler, sa seconde femme. Leur fils Babik Reinhardt deviendra à son tour un grand guitariste.

Il sera ensuite l’un des premiers en France à comprendre le be-bop, la révolution du jazz. Ainsi, il l’intègre rapidement à ses compostions.

Le Hot Club de France reprend ses enregistrements et ses tournées dès la fin de la guerre. De plus, Django a enfin l’occasion de jouer dans le groupe de Duke Ellington en 1946, grâce à une tournée aux États-Unis. Cependant, Django a du mal à s’habituer à cette discipline très stricte puisqu’il est accoutumé à la liberté de la vie nomade et ne parle pas anglais. Cette tournée n’est pas ce qu’il espérait et Ellington ne l’a pas vraiment intégré et le considère plus comme une sorte d’attraction.

Néanmoins, la présence de Django dans cette tournée fait sensation auprès du public.
Après cet épisode, il décide de se consacrer davantage à ses autres passions, la peinture, la pêche et le billard et délaisse un peu la guitare.

En 1951, après s’être installé en Seine-et-Marne, près de Fontainebleau, l’inspiration lui revient et il joue régulièrement avec un orchestre. Django est toujours à l’avant-garde du jazz.

En 1953, le producteur français Eddie Barclay lui fait enregistrer huit titres qui marqueront les amateurs de jazz et les guitaristes du monde entier qui vont s’inspirer de Django pendant des décennies, qui étaient très en avance sur son époque.

Le 8 avril 1953, Django enregistrera son dernier disque avant de mourir d’une hémorragie cérébrale.

Django est considéré comme l’un des meilleurs guitaristes de Jazz et reste une grande influence pour la plupart des musiciens. L’originalité de son style musical est devenu aujourd’hui le Jazz manouche. 

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 7

Lundi 7 décembre 2020

Leroy Anderson : A christmas Festival

Leroy Anderson : Sleigh ride


 

FSO 2015 | A CHRISTMAS FESTIVAL - Music Leroy Anderson - YouTube


Sleigh Ride (Anderson) - YouTube

Parfois, les lundis sont un peu difficiles... Alors aujourd'hui, deux pour le prix d'un...

Pour débuter cette nouvelle semaine dans la joie et la bonne humeur, quoi de plus vivifiant que la musique de Leroy Anderson. Dans le plus pur style américain, entre Manhattan et Hollywood, un autre voyage d'hiver...

Leroy Anderson (né le 29 juin 1908 à Cambridge dans le Massachusetts - mort le 18 mai 1975 à Woodbury dans le Connecticut) était un compositeur américain de courts et légers morceaux de concert, dont de nombreux ont été créés pour le Boston Pops Orchestra sous la direction d'Arthur Fiedler. John Williams l'a décrit « comme un des plus grands maîtres américains de musique orchestrale légère ».

Né à Cambridge dans le Massachusetts de parents suédois, Leroy Anderson reçut ses premières leçons de piano de sa mère qui était organiste. Il continua ses leçons de piano au New England Conservatory of Music. En 1926 Anderson entra à Harvard où il étudia l’harmonie musicale avec Walter Spalding, le contrepoint avec Edward Ballantine, le canon et la fugue avec William C. Heilman et l’orchestration avec Edward B. Hill et Walter Piston. Leroy reçut son diplôme Bachelor of Arts (B.A.), Magna cum laude en 1929 et fut élu à Phi Beta Kappa (prestigieuse société académique). Il obtint le diplôme M. A. (Maître des Arts) en musique en 1930. Après son diplôme, il continua ses études (Harvard University Graduate School) étudiant la composition avec Walter Piston, l'harmonie avec Georges Enesco, l’orgue avec Henry Gideon et la contrebasse avec Gaston Dufresne du l'Orchestre symphonique de Boston . Il continua ses études à Harvard jusqu’au début des années trente à la poursuite d’un doctorat (Ph. D) en allemand et en langues scandinaves (suédois, danois, norvégien, islandais, et vieux norrois, ou vieil islandais) tout en travaillant comme tuteur de musique au Radcliffe College. Leroy maîtrisait le danois, le norvégien, l’islandais, l’allemand, le français, l’italien et le portugais en plus du suédois et de son anglais natal .

En juillet 1946 pendant une vague de chaleur, il commença "Sleigh Ride" (Promenade en Traîneau) qu'il acheva en 1948 . En mai et juin 1952, le titre Blue Tango fut numéro 1 du hit-parade américain durant cinq semaines . En 2006, l'une de ses œuvres pour orchestre et piano, Forgotten Dreams est devenue la trame sonore d'une publicité diffusée à la télévision britannique pour la compagnie de téléphonie mobile « 3 ». Leroy Anderson n'hésite pas à intégrer dans l'orchestre des instruments incongrus comme du papier de verre (Sandpaper Ballet) ou une machine à écrire (The Typewriter), morceau que Jerry Lewis utilisera dans l'un de ses sketchs. 

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 6

Dimanche 6 décembre 2020

Joseph Haydn : Miss Sancti Nicolai


J. Haydn - Hob XXII:6 - Missa Sancti Nicolai in G major - YouTube

Nous voilà arrivés à la Saint-Nicolas ;

Pour honorer cette fête si importante dans l'est de la France, une œuvre un peu plus longue. La Missa Sancti Nicolai Hob XXII:6 (en allemand Nikolaimesse) en sol majeur est la sixième messe de Joseph Haydn. En raison de la mélodie pastorale que l'on retrouve dans le Kyrie et dans le dona nobis pacem il est clair que la Messe a été composée pour le temps de l’Avent.

L’œuvre a probablement été créée le 6 décembre 1772 pour célébrer la fête du Prince Nikolaus Esterhazy. 

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 5

Samedi 5 décembre 2020

Anonyme : Maria durch ein Dornwald ging


 

Maria durch ein' Dornwald ging - YouTube

À l'origine ce chant que nous avons pris l'habitude de chanter au temps de Noël, n'est pas un chant de l’Avent, mais un chant de pèlerinage qui s’est d’abord répandu oralement au cours du 19ème siècle, dans le diocèse de Paderborn.

La plus ancienne version connue avec sept strophes est imprimée en 1850 dans la collection de chants spirituels d’August von Haxthausen et Dietrich Bocholtz Asseburg. Sa vraie date de naissance n’est pas claire, une datation occasionnelle au 16ème siècle ne peut être prouvée.

Cependant, dans le livre de chant d’Andernach de 1608, on trouve la chanson Jesum und seine Mutter zahrt avec la mention « d'après la mélodie Maria a traversé cette forêt »,dans laquelle on soupçonne occasionnellement une cellule germinale de notre chant.

Ce sont les recueils de chants des mouvements de jeunesse du début du XXe siècle qui lui ont donné toute sa popularité, mais d’autre part, ont également provoqué son passage de chant de pèlerinage à celui de chant pour la période de l’Avent : vers 1910, le chant, dans la version à trois strophes aujourd’hui connu, parut d’abord dans le Jugenheimer Liederblatt. En 1912, il a été inclus dans le Zupfgeigenhansl et en 1914 dans le recueil publié par Klemens Neumann,le co-fondateur du mouvement de jeunesse catholique Quickborn.

Nous l'entendrons ici dans l'interprétation pleine de joie et de ferveur de Dorothée Mields.

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 4

Vendredi 4 décembre 2020

Oscar Peterson : Christmas Waltz

The Christmas Waltz - Oscar Peterson - YouTube

Oscar Emmanuel Peterson est un pianiste et un compositeur de jazz canadien, né le 15/08/1925 à Montréal (Québec) et décédé le 23/12/2007 à Toronto (Ontario).

Reconnu pour sa grande dextérité et ses talents d’improvisateur, Oscar Peterson est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands pianistes de l'histoire du jazz. Influencé à la fois pour le Swing et le Bebop, on peut le classer parmi les artistes "Mainstream".

Il commence l'étude du piano classique vers l’âge de 6 ans. Doué pour la musique, il gagne le premier prix lors d’un concours national organisé par la CBC en 1940.

Au cours de son adolescence, le jeune pianiste joue avec diverses formations, notamment le Johnny Holmes Orchestra.

En 1949, découvert par l’imprésario de jazz Norman Granz, il joint le Jazz at the Philharmonic.

Oscar Peterson se produit ensuite en trio avec le bassiste Ray Brown et les guitaristes Barney Kessel et Herb Ellis.

Musicien prolifique, il enregistre au fil des ans une quantité impressionnante de disques et collabore avec les plus grands noms du jazz parmi lesquels figurent Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Dizzy Gillespie, Count Basie, Nat King Cole, Louis Armstrong, Duke Ellington, Stan Getz et Charlie Parker.

Des problèmes de santé le contraignent à quitter la scène en 1993.

Oscar Peterson décède le 23 décembre 2007 à son domicile de Toronto, des suites d'une insuffisance rénale.

Sa carrière exceptionnelle lui aura valu de nombreuses distinctions, dont le très prestigieux prix de musique de l'Unesco, le prix Glenn-Gould, sept Grammy Awards et un Life Achievement Award. Le prix Oscar-Peterson a également été créé en son honneur par le Festival international de jazz de Montréal.

Avec cette valse, entrons sans bruit dans ce deuxième week-end de l'Avent...

Calendrier de l'Avent 3

Jeudi 3 décembre 2020

Jacques Brel : les vieux


 

Jacques Brel - Les Vieux - LIVE HQ - YouTube

Que vient faire Jacques Brel dans ce calendrier de l'Avent ? Cette chanson-poème, alors l’une des plus demandées de son répertoire, est révélatrice du talent de l’auteur-interprète qu’était Jacques Brel : donner à une simple chanson une portée universelle en agençant texte, mélodie et jeu de scène saisissant pour faire passer un souffle de compassion humaine dramatique. À l'époque le vieux (désormais qualifiés de « seniors » – tartuferie des temps), au moins avaient le droit de mourir chez eux, peut être entourés des leurs et non dans la misère désœuvrée de sinistres mouroirs (ou EHPAD – cachez moi ces vieux que je ne saurais voir), dans l'indifférence quasi générale.

Les vers sont composés de 18 syllabes et comportent une double césure. La forme écrite choisie traduit ainsi parfaitement le lent et inexorable cheminement des vieillards vers la mort, que la musique, par son rythme lent, ne fait que renforcer, suscitant une émotion toute en retenue.

Cette avancée vers la fin se fait selon le mode négatif : la répétition, voire l’accumulation, des « ne…pas »/ « ne…plus »/ « ne…que »/« non » signalent la perte progressive des possibilités physiques (tremblement et quasi immobilité ; voix brisée et yeux larmoyants), intellectuelles (lecture délaissée et piano abandonné) et morales (disparition des illusions et réduction des sentiments). Des négations renforcées par l’emploi, à six reprises, de l’adverbe « trop » pour traduire l’usure d’une vie qui n’est plus qu’une survie et donne le sentiment d’être de « trop », précisément. Ainsi Jacques Brel insiste-t-il, par le procédé de la négation, sur la perte, désormais, de tout ce qui donne une raison de vivre tout en insistant, à l’inverse, par l’utilisation de «  trop », sur l’excès de ce qui interdit une vie décente.

Les vieux se retrouvent donc plongés dans une solitude et un abandon que renforce le procédé de l’antithèse (« Paris/province » ; « même riches ils sont pauvres » ; « peur de se perdre et se perdent pourtant ») dans la mesure où s’ajoutent le sentiment d’une incapacité à vivre et une impuissance à penser autrement qu’à l’écoulement du temps. Il est d’ailleurs à noter que la chanson-poème évoque surtout le passé (« hier » ; « d’antan ») quand le présent n’est montré que comme un vain pis-aller (« traverser le présent en s’excusant déjà de n’être pas plus loin »). Un présent qui s’accompagne d’une réduction progressive de l’espace utilisé (« Du lit à la fenêtre puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit ») qui conduit à une immobilité annonciatrice de la fin.

La chanson-poème est donc construite comme un drame, celui de l’existence humaine réglée par le temps, figure centrale du texte, personnifié par l’Horloge. Chaque fin de strophe revient comme un leitmotiv.

Le salon, ordinairement lieu de vie, de réception et de convivialité, n’est plus « habité » que par l’obsession d’un temps équivoque en ce qu’il affirme la vie (« oui ») pour en nier aussitôt l’espoir qui lui est lié (« non ») en une sorte de scansion malicieuse et tragique. Ce que renforçait, sur scène, le chanteur Jacques Brel par une gestuelle explicite des bras, de droite à gauche, mimant tout à la fois le double mouvement du balancier de l’horloge et celui de la faux de la Mort (nommée « la Faucheuse » depuis le Moyen-Age).

C’est pourquoi le Temps, maître de toute chose, interpelle directement. Le choix et l’ordre des pronoms personnels sont révélateurs : « je vous attends » ; puis « qui les attend » et « je t’attends » ; enfin « nous attend ». Le passage progressif du particulier au général, de l’individu au genre humain met ainsi l’accent sur la condition humaine que nous partageons avec « les Vieux ». Une façon de rappeler que leur sort sera le nôtre.

Une chanson décidément pleine d'actualité...

Matthieu Denni

Calendrier de l'Avent 2

Mercredi 2 décembre 2020

Alessandro Marcello : adagio extrait du concerto pour Hautbois en ré mineur dans la trascription de Johann Sebastian Bach


 

Alessandro Marcello J S Bach Piano Anne Queffélec Auszug BWV 974 - YouTube

C'est très probablement à Venise qu'Alessandro Marcello a composé le Concerto pour hautbois qui a assuré sa renommée posthume. Et c'est obligatoirement avant 1717, puisque cette année-là, la partition a été publiée par l'imprimeur Roger, à Amsterdam. 

Alessandro Marcello est un noble vénitien. Sa famille a beaucoup d'influence dans la ville, et dans sa généalogie on trouve même un doge au 15ème siècle. Le père d'Alessandro a été sénateur et il est connu aussi comme homme de lettres et violoniste. Oui, c'est que chez les Marcello, on cumule les positions et les talents ! Venise est alors capitale de la République (de Venise). Les familles de la noblesse font partie du Grand Conseil, qui élit les Doges. Alessandro y siège à partir de 1690, il a 21 ans. Il va ensuite avoir un certain nombre de responsabilités au sein du gouvernement vénitien. Surtout auprès de la Quarantia Vecchia, une institution de quarante membres qui s'occupe d'affaires judiciaires, et comme ambassadeur.

L’œuvre inscrite au catalogue Bach sous la référence BWV 974 est une transcription par Jean-Sébastien Bach de ce concerto.

Il est important de se replacer dans le contexte de l’époque. La connaissance du répertoire musical et sa transmission se font surtout  par la lecture et la copie de partitions dans des bibliothèques ou au contact d’autres musiciens et mécènes collectionneurs qui possèdent des partitions.

C’est ainsi que Bach, très curieux de découvrir  d’autres compositeurs, prend connaissance notamment des musiciens français (Lully, Rameau et Couperin) et italiens (Corelli, Albinoni, Torelli et Vivaldi pour ne citer que les plus connus).

C’est à Weimar où il est organiste et premier violon qu’il  a l’occasion de lire la partition du concerto pour hautbois en ré mineur d’Alessandro Marcello. Il décide alors de  transcrire cette œuvre pour clavecin seul. Même si Jean-Sébastien Bach peut parfois être amené à modifier des éléments pour tenir compte de la tessiture du clavier pour lequel il effectue ses transcriptions, il reste en général aussi fidèle que possible au texte  d’origine. Il modifie toutefois parfois le discours musical par l’ajout  de variantes rythmiques ou par un enrichissement harmonique. Pour remédier à la brièveté des sons propres au clavecin, il introduit des ornements ou des éléments mélodiques nouveaux.

Nous en entendrons ici l'adagio dans l'interprétation pleine de douceur et de poésie d'Anne Queffélec. Une main gauche qui nous rapproche des battements de notre cœur et une main droite inventant la mélodie et la variant telle une mélodie sans parole. À nous d'apprendre à danser...

Calendrier de l'Avent 1

Mardi 1er décembre 2020

Johann Sebastian Bach : Schwingt freudig euch empor – Cantate BWV 36 


 

Netherlands Bach Society Jos van Veldhoven

Zsuzsi Tóth, soprano

Barnabás Hegyi, alto

Nicholas Mulroy, tenor

Peter Harvey, basse

Leipzig, 2 décembre 1731. Premier dimanche de l'Avent et c'est le seul dimanche où une cantate peut être jouée alors que le tempus clausum (« période de repos ») est observé les trois autres dimanche. Les lectures prescrites pour ce jour de fête proviennent de l'épître aux Romains, « la nuit est avancée, le jour viendra » 13, 11–14), et de l'Évangile selon Matthieu, l'entrée à Jérusalem (21, 1–9).

Bach base des parties de la musique sur une cantate profane du même nom, Schwingt freudig euch empor, BWV 36c, qu'il a composée pour l'anniversaire de Johann Burckhard Mencke, professeur de l'université de Leipzig et qu'il a donnée pour la première fois au printemps 1725, en avril ou mai. Picander, l'auteur du texte, la modifie pour une cantate de félicitations adressée à la princesse Charlotte Friederike Wilhelmine d'Anhalt-Köthen, seconde épouse du prince Leopold d'Anhalt Coethen, Steigt freudig in die Luft, BWV 36a, jouée pour la première fois le 30 novembre 1726. Plus tard, peut-être le 28 juillet 1735, Bach reprendra la version BWV 36c pour un ultime opus, Die Freude reget sich, BWV 36b, destinée au juriste Johann Florens Rivinius, recteur de l'université de Leipzig.

Bach transforme la musique profane en une cantate pour le premier dimanche de l'Avent, d'abord en combinant quatre mouvements et en ajoutant simplement un choral, la dernière strophe de Wie schön leuchtet der Morgenstern. Le librettiste de cette adaptation, qui reste proche de la cantate profane sans référence aux lectures, est inconnu. Klaus Hofmann note que l'ouverture jubilatoire correspond à l'Évangile de l'entrée à Jérusalem avec « les cris Hosanna du peuple en liesse ». La date de l'adaptation n'est pas sûre car la version n'existe que dans une copie de Christoph Nichelmann, un élève de Bach.

En 1731 enfin, Bach retravaille considérablement la cantate et écrit une nouvelle partition. Il interpole les arias non pas avec des récitatifs mais avec trois strophes du cantique de Luther pour l'Avent, Nun komm, der Heiden Heiland. Ce principal cantique pour le premier dimanche de l'Avent a déjà ouvert sa cantate pour la même occasion en 1714, Nun komm, der Heiden Heiland, BWV 61, et il l'a utilisé comme base pour sa cantate chorale Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 62), en 1724. Les strophes du cantique « servent à ancrer la cantate dans une certaine mesure dans l'histoire de l'Avent, et à lui donner un effet liturgique et une orientation claire ». Bach divise la cantate en deux parties à exécuter avant et après le sermon, clôt la première partie avec une strophe du cantique de Nicolai. Compte-tenu du contexte, il remplace la septième strophe, qui clôt toute la cantate, par la sixième strophe et achève la deuxième partie de la dernière strophe par l'hymne de Luther.

La cantate est écrite pour deux hautbois d'amour, deux violons, alto et basse continue avec trois voix solistes (soprano, ténor, basse) et chœur à quatre voix. Son interpolation de chœur et d'arias de chorals est unique dans les cantates de Bach.

Il y a huit mouvements répartis en deux parties égales :

1re partie

1. Chœur : Schwingt freudig euch empor

2. Choral (soprano, alto) : Nun komm, der Heiden Heiland

3. Aria (ténor) : Die Liebe zieht mit sanften Schritten

4. Choral : Zwingt die Saiten in Cythara

2e partie

5. Aria (basse) : Willkommen, werter Schatz!

6. Choral (ténor) : Der du bist dem Vater gleich

7. Aria (soprano) : Auch mit gedämpften, schwachen Stimmen

8. Choral : Lob sei Gott dem Vater ton

Comme toujours, “l'évangéliste“ Jean Sébastien transcende le texte d'une palette infinie de couleurs (les hautbois d'amour !). et au delà de la musique, il nous dévoile l'indicible et nous révèle à nous-mêmes dans la profonde clarté d'une lumière éternelle.

Matthieu Denni