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12 voeux en musique pour 2022 - 3

Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Mardi 28 décembre 2021


Lion ou la chaleur

Dit de la force de l'amour – Paul Eluard

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l'injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d'Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l'espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s'éteindre
La vie toujours s'apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n'en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s'installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n'y résisteront pas
J'entends le feu parler en riant de tiédeur
J'entends un homme dire qu'il n'a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu ne supportais pas l'oppression ni l'injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d'être libre et je te continue.

Boulez, DEBUSSY La Mer 1966 - YouTube

De touchantes photographies nous viennent à l’esprit lorsqu’il s’agit d’évoquer les liens de Debussy avec la mer : une série de clichés réalisée en 1911 lors d’un séjour à Houlgate. Le compositeur prend la pose, sur la plage, assis sur une chaise, vêtu d’un costume 3 pièces, portant un parasol ou surveillant les jeux de sa fille Chouchou. Il semble rêveur, sans doute un peu détaché de cette haute société en villégiature. Lui, le solitaire, ne goûte guère aux mondanités des stations balnéaires. « Il ne devrait pas être permis d’y tremper de ces corps déformés par la vie quotidienne : mais vraiment, tous ces bras, ces jambes qui s’agitent dans de rythmes ridicules, c’est à faire pleurer les poissons. Dans la mer, il ne devrait y avoir que des sirènes » écrit-il à son éditeur. Car la mer, il l’aime profondément, depuis sa plus tendre enfance, lorsqu’il découvre la Méditerranée, avec sa mère Victorine, à l’occasion d’un séjour à Cannes chez sa tante. Mais c’est une mer plus agitée qui exerce sur lui une ardente fascination, l’Océan Atlantique et aussi plus particulièrement la Manche dont il fréquente avec bonheur les rivages.
Cette attraction pour l’océan lui rappelle, peut-être, les projets de son père qui avait envisagé pour lui un engagement dans la marine, comme il le confie à André Messager en 1903, en pleine composition de La Mer : « Vous ne savez peut-être pas que j’étais promis à la belle carrière de marin, et que seuls les hasards de l’existence m’on fait bifurquer. Néanmoins j’ai conservé une passion sincère pour Elle. Vous me direz à cela que l’Océan ne baigne pas précisément les coteaux bourguignons… ! (…) Mais j’ai d’innombrables souvenirs ; cela vaut mieux, en mon sens, qu’une réalité dont le charme pèse généralement trop lourd sur votre pensée ». Car c’est en Bourgogne, loin des rivages, que Debussy entame la composition de ce triptyque marin. « Quand on n’a pas le moyen de se payer des voyages, il faut suppléer par l’imagination » écrivait d’ailleurs celui qui a su également si bien traduire les parfums de l’Espagne sans jamais s’y rendre. La mer, elle, le fascine « au point de paralyser (ses) facultés créatrices » déclare-t-il dans un entretien en 1914, avouant n’avoir jamais pu écrire une page de musique symphonique « sous l’impression directe et immédiate de cet énorme sphinx bleu ». Si seul son imaginaire le guide dans un premier temps, il ne manque pas, cependant, de quitter la campagne pour respirer l’air marin des côtes normandes où il poursuit la composition de son œuvre. Un événement est en effet venu perturber la vie de Debussy : la rencontre d’Emma Bardac dont il est tombé éperdument amoureux, et avec laquelle il décide de s’enfuir sur l’île de Jersey avant de s’installer à Dieppe. Une fille, Claude Emma dite Chouchou, naîtra de leur union en 1905, quelques jours après la création de La Mer le 15 octobre à Paris, aux Concerts Lamoureux.
Debussy n’est pas le premier compositeur à traduire les mouvements de l’eau et des vagues. La mer a fasciné et inspiré avant lui bien des compositeurs, dès l’époque baroque. Rameau excellait, par exemple, dans l’art de décrire les tempêtes et les naufrages, presque récurrents dans ses ouvrages lyriques, tandis que Vivaldi nous a offert l’une des plus époustouflantes évocations musicales des déferlements marins dans son concerto pour flûte La Tempesta di mare où les vagues se déchaînent, formées par des vents sifflants. Quant aux romantiques, ils ont su également donner libre cours à leur imagination et leur sens descriptif face à l’océan. Que l’on songe à Mendelssohn et son ouverture Les Hébrides que certains ont décrit comme le premier grand tableau romantique marin, ou bien au Shéhérazade de Rimsky-Korsakov dans lequel un navire se brise sur des rochers. Et après Debussy, viendront Ravel avec l’un de ses célèbres Miroirs, « Une barque sur l’océan », Frank Bridge avec sa suite orchestrale The Sea, Sibelius avec son poème symphonique Les Océanides, Britten avec ses « Interludes marins » de Peter Grimes ou encore Jacques Ibert avec ses Escales. Autant de compositeurs qui savaient, à merveille, utiliser les jeux de timbres de l’orchestre, les trémolos ou glissandi pour évoquer les scintillements comme les flux et reflux de l’océan.
Même si elle n’en porte pas le titre, l’œuvre de Debussy s’apparente à une symphonie en 3 mouvements, son unique symphonie, dans laquelle on pourrait distinguer un scherzo central et un final majestueux. On pense également au genre du poème symphonique mais le compositeur lui préférera le terme « d’esquisses ». Car ici, tout est de l’ordre de la suggestion plus que de la description. Chaque mouvement porte un titre, chargé de poésie, de cette poésie qui imprègne la musique entière de Debussy. Nous voici transportés sur l’océan au grès de ses ondulations et de ses changements de couleurs. Un océan dont on découvre l’évolution des éclairages, de plus en plus brûlants, dans le premier volet De l’aube à midi sur la mer. Une extraordinaire palette de timbres nous permet ainsi d’admirer les plus beaux reflets de lumière sur des eaux encore tranquilles. L’épisode suivant, Jeux de vagues, se fait plus agité, décrivant une mer perturbée par les courants tandis qu’un véritable raz de marée éclate dans le dernier volet, Dialogue du vent et de la mer, où les 2 éléments s’opposent avec fracas jusqu’au retentissant coup de timbale final annonçant le triomphe du vent ! Le compositeur déploie ici une force théâtrale des plus saisissantes, et témoigne de son art à tirer de l’orchestre des sonorités aussi transparentes qu’éclatantes.
Cet art de la suggestion, cette capacité à traduire une atmosphère contribuèrent à faire de Debussy l’un des représentants du mouvement impressionniste en musique, même si le compositeur refusa cette qualification, sans doute parce que ses goûts, en matière de peinture, allaient au-delà de ce courant. Sa palette orchestrale, les subtils jeux de couleurs qu’il parvient à créer avec les timbres ne sont pas, cependant, sans rappeler ceux des peintres impressionnistes. Le terme d’esquisse qu’il choisit pour définir La Mer nous rappelle, en outre, l’art pictural. Car la peinture a toujours été très présente dans la vie de Debussy qui avouait « aimer les images presque autant que la musique » et avoir envisagé, dans sa jeunesse, une carrière de peintre. Botticelli, Watteau ou encore Whistler inspirent certaines de ses pièces. Monet ou Turner imprègnent également sa musique, sans oublier Hokusai dont La Grande Vague illustre la partition de La Mer. Debussy, lui-même, en avait fait la demande à son éditeur. Passionné par l’art de l’Extrême-Orient, et en particulier par la culture japonaise, il possédait un exemplaire de cette estampe, accroché au mur de son cabinet de travail. Elle demeure aujourd’hui associée à cette partition, l’une des plus picturales et des plus envoûtantes de Debussy, dont le succès ne s’est jamais démenti auprès du public.

Matthieu Denni

 




12 voeux en musique pour 2022 - 2

 Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Lundi 27 décembre 2021

Vierge ou la vue

Je noie en tes yeux mon âme – Émile Verhaeren

Je noie en tes deux yeux mon âme tout entière
Et l'élan fou de cette âme éperdue,
Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.

S'unir pour épurer son être
Comme deux vitraux d'or en une même abside
Croisent leurs feux différemment lucides
Et se pénètrent !

Je suis parfois si lourd, si las,
D'être celui qui ne sait pas
Être parfait, comme il le veut !
Mon cœur se bat contre ses vœux,
Mon cœur dont les plantes mauvaises,
Entre des rocs d'entêtements,
Dressent, sournoisement,
Leurs fleurs d'encre ou de braise ;
Mon cœur si faux, si vrai, selon les jours,
Mon cœur contradictoire,
Mon cœur exagéré toujours
De joie immense ou de crainte attentatoire.

Bruckner, Symphony Nr 4 Es Dur 'Romantische' Claudio Abbado, Wiener Philharmoniker - YouTube

La quatrième symphonie a subi le processus de composition le plus long, le plus complexe de toutes les symphonies. Les travaux de Bruckner s’étendent de 1874 à 1890. Il a recomposé une grande partie de la symphonie au cours de ce processus, remplaçant entièrement le troisième mouvement et recomposant fondamentalement le Finale. Il a préparé au moins trois fois des versions différentes pour une exécution, et chaque fois cela a amené Bruckner à apporter des changements, souvent substantiels, jusqu’à arriver finalement à une publication de la symphonie. Une grande partie de cette historique a restée inconnue ou mal comprise, tout comme bon nombre de questions importantes soulevées en général par les versions des symphonies de Bruckner. Pour ces raisons, la quatrième symphonie – le cas le plus extrême du « problème Bruckner » – offre une plate-forme particulièrement avantageuse pour visualiser les questions clés de manière plus critique et plus claire qu’elles l’ont été auparavant.

Matthieu Denni

12 voeux en musique pour 2022 - 1

 Horoscope aléatoire, fantaisiste et subjectif pour une année

2022

que nous nous souhaitons, heureuse et parfumée, joyeuse et colorée, sensuelle et concentrée, lumineuse et poétique, intelligente et musicale, sereine et amusante, amoureuse et inventive, simple et douce, créative et profonde, etc... etc... etc...

Dimanche 26 décembre 2021

Balance ou le toucher

Chair des choses – Renée Vivien

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,

Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,

L'harmonie et le songe et la douleur profonde

Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,

Je partage leur vie intense en les touchant,

C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles

De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries

La chair lisse du marbre aux féminins contours

Que la main qui les sait modeler a meurtries,

Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,

Toison chaude et superbe où je plonge les mains !

Ils ont connu l'ardent secret des chevelures

Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.

Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,

Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages

Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,

Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...

Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme

Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

 

Wild/Fiedler: Gershwin, Rhapsody in Blue (1959) - YouTube

Gershwin a écrit sa Rhapsodie en 1924.

C’est Paul Whiteman, un chef d’orchestre célèbre aux États-Unis qui demande à Gershwin de composer un concerto pour piano. A cette époque, au début des années 1920 Gershwin commence à se faire connaître aux États-Unis. C’est dans un train pour Boston qu’il se met au boulot. Il lui reste 5 semaines pour composer son concerto pour piano et orchestre.

Ce n’est pas tout à fait Gershwin qui a composé la partie pour orchestre, mais en a écrit les principales idées, les mélodies et les thèmes principaux.

Il a demandé à un de ses amis d’orchestrer la partition c’est-à-dire de l’adapter pour les instruments de l’orchestre. Une partie pour orchestre qui a d’ailleurs été revu à plusieurs reprises et à chaque fois pour des formations plus importantes, avec plus d’instruments jusqu’à ce que cette Rhapsody in blue soit interprétée par les plus grandes formations.

Cette Rhapsody in Blue est une sorte de concerto Jazz, il a utilisé un big band de jazz, c’est-à-dire, un orchestre jazz avec saxophones, clarinettes, trompettes, il y avait aussi une batterie et seulement 8 instruments à cordes de la famille des violons. Ce que Gershwin voulait avant tout c’est que cette œuvre soit un parfait mélange entre musique dite classique et jazz.

Le jour de la première en 1924, il n’y avait même pas de partition pour piano. C’est Gershwin qui était au piano pour la première de sa Rhapsodie, et il a beaucoup improvisé.

C’est seulement après le concert que Gershwin a écrit sur une partition la partie pour piano.

Matthieu Denni