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Vendredi 10 avril, Vendredi Saint, Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen !

Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen !

35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli
36 nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.
37 Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire
38 Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu
39 Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi
40 Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.
Matthieu 25, 35-40

La septième et dernière parole du Notre Père n'est pas dans le texte biblique mais est un ajout liturgique attesté dès le premier siècle dans les communautés chrétiennes. Simone Weil n'a pas estimé utile de traduire et commenter cette déclaration de foi finale qui ne correspondait pas à sa compréhension de la foi ni de l'éthique chrétienne dans le monde contemporain.

Au contraire, elle voyait dans une telle affirmation finale de puissance et de gloire, une manifestation de l'idolâtrie qui mine toute démarche spirituelle authentique. Se représenter Dieu à l'image des souverains de la terre en reproduisant les attributs de la puissance matérielle et terrestre lui était insupportable. À l'idéologie de la force, aux religions de la soumission à un Dieu dévoreur et totalitaire, qui punirait ses enfants en se réservant la connaissance du bien et du mal et l'empêchant de penser librement, elle préfère celui qui est présent dans les plus petits d'entre les humains.

Se refusant à faire de Dieu ou de Jésus une nouvelle idole et donc une nouvelle illusion, l'œuvre et la pensée de Simone Weil sont entièrement tournées vers une compréhension d'un Dieu serviteur, « un Dieu esclave », qui endosse la condition humaine comme étant la sienne, suivant en cela la compréhension de l'apôtre Paul lui-même (Philippiens 2, 4-11).

Il n'y a pour Simone Weil, de « règne, de puissance et de gloire » que dans le service des affamés, des assoiffés, des miséreux, des exilés, des opprimés et des malades. Et tous ceux qui aujourd'hui, endossent ce rôle auprès des malades et veillent sur leurs proches, ceux qui assurent la continuité des services publics, tous ces anonymes qui assument leurs responsabilités et font simplement ce qu'ils doivent à l'autre, tous ceux qui donnent une nouvelle signification à la notion de « commun » et d'intérêt général sont comme ces justes qui répondent à Jésus « Quand t'avons-nous vu ? À chaque fois que vous avez été auprès de ceux qui avaient besoin de vous ! »

Quand nous prions le Notre Père, non seulement en ces jours de Pâques, que ce soit en étant avec eux et en leur honneur !

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Vendredi 10 avril, Vendredi Saint, Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen !

Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Retrouvez ici la prière dans son contexte 

Ces méditations de chaque demande du Notre Père sont dans l'esprit de nos rencontres de « Théologie pour les curieux », une libre interprétation ouverte à la discussion et à l'échange dans l'attention à la diversité des compréhensions de chacun. Si vous souhaitez y réagir, un simple message à ass.stetienne.reunion@wanadoo.fr. Nous vous répondrons.

Jeudi 9 avril Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν, ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ ⸀πονηροῦ.
(kaì mề eisenégkêis hêmâs eis peirasmón, allà rhûsai hêmâs apò toû ponêroû·)
Et ne nous jette pas dans l'épreuve, mais protège-nous du mal. trad. Simone Weil

6 L’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7 Si tu agis bien tu relèveras la tête, mais si tu n’agis pas bien, le péché est tapi à ta porte, et ses désirs (se portent) vers toi : mais toi, domine sur lui.
8 Cependant Caïn adressa la parole à son frère Abel et comme ils étaient dans les champs, Caïn se dressa contre son frère Abel et le tua.
9 L’Éternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère, moi ?
10 Alors Dieu dit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie du sol jusqu’à moi.
Genèse 4, 6-10

La récente transformation liturgique de la prière dominicale qui remplace « ne nous soumets pas » par « ne nous laisse pas entrer » est le signe d'un changement profond de mentalité religieuse. L'idée même d'un Dieu qui nous soumettrait à quoi que ce soit est devenue insupportable à nos esprits contemporains épris de liberté de faire ce qu'ils veulent et de penser ce qu'ils veulent au gré de leurs désirs du moment.

Or le grec « eisphero » inclut bien cette idée d'action volontaire, de geste dynamique mais, et c'est le sens que lui donne Simone Weil, au sens où on jette quelque chose dont on veut se débarrasser, que l'on abandonne comme un déchet derrière soi ou comme un enfant au coin d'un bois dans les contes de nos enfances. Cette peur de l'abandon est profondément existentielle pour chacun et chacune d'entre nous, surtout dans les moments les plus difficiles où nous ne sommes pas sûrs de passer le cap. « La seule épreuve pour l'homme, c'est d'être abandonné à lui-même à l'épreuve du mal » (Le Notre Père, p.50).

C'est la crainte d'un retrait de Dieu, comme celui qu'a pu ressentir Jésus sur la croix lorsqu'il s'écrie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » ou devant cette foule qui réclame sa mort. C'est la crainte d'être abandonné au moment où « tout fout le camp », lorsque les organisations se délitent, que les crises s'enchaînent sans que l'on ne sache plus réagir. C'est la peur du patient qui craint de ne pas être pris en charge correctement parce que le service des urgences est submergé. C'est la peur de manquer, la peur de ne compter pour rien, d'être tenu pour quantité négligeable, juste un numéro dans une longue liste de souffrances. C'est l'impuissance, c'est la fatigue, c'est l'envie de laisser filer, de laisser faire, c'est l'envie d'abandonner la lutte contre un « ennemi invisible », ce virus qu'on pense être « malin », comme s'il pouvait avoir une quelconque volonté et suivre un plan réfléchi.

« Ne nous laisse pas jeter l'éponge mais aide-nous à résister », à ne pas céder au découragement, à la lassitude, ne pas laisser filer et se laisser emporter par le flot du courant, « après moi le déluge et pourvu que je m'en sorte ». Le mal dont il est question n'est pas de l'ordre de l'interdit mais c'est de résignation et de découragement qu'il est question.

Prier le Notre Père aujourd'hui, c'est demander à Dieu, à la Vie, à tout ce qui nous nourrit et fonde notre espérance d'un lendemain meilleur, de nous donner le courage d'affronter la situation et de se rendre compte que nous ne sommes pas seuls mais au sein de réseaux de solidarité. Toutes ces initiatives, ces gestes concrets d'assistance, d'écoute, d'accompagnement entre voisins qui fleurissent à l'occasion de l'épidémie sont autant de prières actives, autant de germes pour un monde qui sera meilleur qu'il ne l'est aujourd'hui. Dans la certitude que Dieu ne nous abandonne pas dans les difficultés de l'existence mais qu'il nous aide à refuser toutes les résignations.

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Jeudi 9 avril Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Mercredi 8 avril pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ;

 
καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν, ὡς καὶ ἡμεῖς ⸀ἀφήκαμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν· (kaì áphes hêmîn tà opheilếmata hêmỗn, hôs kaì hêmeîs aphêkamen toîs opheilétais hêmỗn·)
Et remets-nous nos dettes, de même que nous aussi avons remis à nos débiteurs, trad. Simone Weil

7 Qui de vous, s’il a un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs :
Viens tout de suite te mettre à table
8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi le repas, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi, tu mangeras et boiras.
9 Aura-t-il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui était ordonné
10 Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.
Luc 17, 7-10

En préférant la notion de « dette » plutôt que celle qui nous est plus habituelle « d'offense » ou de « péché », Simone Weil est d'abord cohérente avec la seule autre référence du grec « opheilema » dans la lettre de Paul aux Romains qui renvoie effectivement à cette idée de ce qui est dû (Romains 4, 4).

Mais bien plus profondément, en ne plaçant pas l'humain dans une position de « pécheur » par rapport à Dieu mais bien plutôt de « débiteur », c'est une toute autre vision anthropologique qu'elle propose. C'est reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres du monde et que le monde nous précède toujours, qu'il est toujours déjà là, bien avant que nous n'en ayons même conscience. Et, en même temps ce monde ne nous doit rien, c'est nous qui devons être reconnaissants de la Vie que nous avons reçue.

Ce que nous faisons ensuite de cette vie reçue nous concerne et est de notre responsabilité. Qu'il s'agisse de lutter contre les injustices qui brisent l'égalité en droit de tout être humain quels que soient son origine, son genre, son statut social ou contre toutes les entraves aux libertés individuelles et collectives fondamentales, c'est cela se reconnaître débiteur envers Dieu.

Lui demander de « nous remettre nos dettes », c'est avant tout une prise de conscience de notre responsabilité envers le monde et l'humanité. Non pas de manière abstraite mais bel et bien par une solidarité active en refusant de laisser agir en nous le mal qui n'est autre que la volonté de puissance et de domination de l'autre, autrement dit prétendre ne rien devoir qu'à soi-même. « Lui demander de remettre nos dettes, c'est lui demander d'effacer le mal qui est en nous. Le pardon, c'est la purification. » (Le Notre Père, p. 49).

Le critère de l'action bonne, c'est sa complète gratuité. Il ne s'agit pas de faire le bien ou de s'abstenir du mal pour en revendiquer ensuite une quelconque récompense. Il ne faut pas faire le bien pour obtenir en retour (de la reconnaissance, du mérite voire le salut) mais faire le bien pour lui-même sans rien attendre en retour.

Ceux qui aujourd'hui nous soignent dans l'épidémie, ceux qui enseignent à nos enfants à distance, ceux qui assurent leurs missions de logistique, d'intendance, d'information et de sécurité n'attendent pas d'être considérés comme des héros. Ils attendent des moyens pour faire ce qu'ils ont à faire du mieux qu'il leur est possible, ce qu'ils ont choisi de faire et qu'ils font avec une grande conscience professionnelle et humaine, faire ce qu'ils doivent à leurs patients, leurs élèves.

Prier le Notre Père, c'est reconnaître que nous sommes tous les débiteurs les uns des autres et que nous devons donner à chacun ce qui lui est dû pour qu'il puisse accomplir sa mission dans l'intérêt général, c'est un véritable choix de société.
 
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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Mercredi 8 avril pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés;


Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Mardi 7 avril Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour;

 
τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον· (tòn árton hêmỗn tòn epioúsion dòs hêmîn sếmeron·)
Notre pain, celui qui est surnaturel, donne-le-nous aujourd'hui, trad. Simone Weil

1 Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable.
2 Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim.
3 Le tentateur s’approcha et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.
4 Jésus répondit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Matthieu 4, 1-4
(…)
27 Travaillez, non en vue de la nourriture qui périt mais en vue de la nourriture qui subsiste pour la vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera ;
(…)
35 Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.
Jean 6, 22-35

Simone Weil se démarque ici radicalement de la tradition en traduisant le grec « epiousion », que nous traduisons habituellement par « de ce jour » ou « quotidien », par « surnaturel », c'est-à-dire dans son esprit « transcendant ».

Nous sommes là au cœur de sa lecture biblique allégorique. Grande lectrice de l'évangile de Jean, elle lit l'épisode du « pain de vie » au chapitre 6 comme décrivant l'action du Christ dans notre vie. Elle distingue les nourritures terrestres, au-delà même du pain, tout ce qui nous motive dans l'existence et nous donne la force de nous lever le matin pour accomplir les gestes du quotidien.
« tout ce qui met en nous de la capacité d'agir est comme du pain » (Le Notre Père, p. 42)

Mais cela ne suffit pas, nous ne pouvons nous contenter des satisfactions matérielles, des choses de ce monde. L'humain est un animal qui a les pieds sur terre, la tête dans les étoiles et le cœur au ciel. Nous avons besoin de quelque chose qui nous dépasse et donne un sens éternel aux choses que nous réalisons et espérons. Ce n'est rien d'autre que cette quête permanente de tout être humain que de rechercher le sens de sa vie et la sagesse comme étant la bonne manière d'y parvenir.

Ce débordement du sens, cet essentiel qui donne toute sa valeur à nos existences peut manquer cruellement au point qu'il est possible de « mourir de chagrin. C'est comme mourir de faim. » (p. 42) au sens matériel et au sens spirituel. Et dans sa lecture du Notre Père Simone Weil inverse le sens des priorités, le pain spirituel, le « pain du ciel » lui est plus essentiel que le « pain d'en-bas ». Celui-ci peut manquer et dépend entièrement des contingences de l'époque tandis que celui du ciel nous est promit et agit en nous car ce pain « est une énergie transcendante dont la source est au ciel, (et agit) par l'intermédiaire de notre âme et de notre corps » (p. 43).

Demander à Dieu notre pain, ce n'est pas lui demander d'assurer l'intendance de notre vie quotidienne mais de nous donner ce qui nous est vraiment essentiel et qu'il n'est pas en notre capacité de maîtriser. Demander à Dieu notre pain, c'est lui demander de nous donner la Parole qui nous transcende chaque jour et nous permette de dépasser nos préoccupations.

C'est-à-dire de nous donner le sens ultime de notre existence qui dépasse nos horizons et nous donne cette capacité d'agir entièrement au service des autres, particulièrement nécessaire aujourd'hui.

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Mardi 7 avril Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour;

Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Lundi 6 avril que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Note préliminaire
 
γενηθήτω τὸ θέλημά σου, ὡς ἐν οὐρανῷ καὶ ⸀ἐπὶ γῆς· (genêthếthô tò thélêma sou, hôs en ouranỗi kaì epì gễs·)
Soit accomplie ta volonté pareillement au ciel et sur terre, trad. Simone Weil
11 ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est certainement pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée.
12 Il n’est pas dans le ciel, pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel, nous l’apportera et nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique
(…)
14 Cette parole, au contraire, est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique.
15 Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal.
(…)
19 J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives
Deutéronome 30, 11-19

« Je ne peux croire en un Dieu qui veuille la mort d'un seul enfant innocent », ainsi parle le docteur Rieu au chevet d'un enfant mort dans La peste, livre qui résonne particulièrement dans notre contexte d'épidémie en 2020. Une affirmation qui semble en complète contradiction avec la notion de volonté de Dieu chez Simone Weil lorsqu'elle déclare « Il faut désirer que tout ce qui s'est produit se soit produit, et rien d'autre ». (Le Notre Père, p. 37). Entre résignation et fatalisme, la « volonté de Dieu » a bon dos lorsque certains prétendent que ce qui nous arrive serait un châtiment divin. Comme Rieu, nous ne pouvons accepter qu'un Dieu, quel qu'il soit, punisse l'humanité en voulant le mal et en faisant mourir des innocents. Prier aujourd'hui le divin qu'il éloigne de nous la maladie revient à croire qu'il nous l'a envoyée ou qu'il aurait été impuissant à l'empêcher de survenir.

Pour Simone Weil, le Dieu de Jésus-Christ est fondamentalement absent puisqu'il est « aux cieux » (cf. la première demande). Son acte créateur consiste précisément à laisser advenir la liberté et la responsabilité de l'humain dans la poursuite et le maintien de la création. Autrement dit, le créateur renonce à toute action dans le monde laissant à ses créatures, l'humanité, le devoir d'agir pour le bien, conformément à sa volonté.

Or cette volonté nous est connue, nous est donnée, c'est le bien, c'est-à-dire la vie, la justice et l'amour. Dieu ne peut vouloir le mal, ni la souffrance ni la détresse, ni la maladie ni la mort. Prier pour que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, ce n'est pas attendre qu'Il fasse à notre place mais c'est assumer notre responsabilité et agir en toutes circonstances pour que le Bien l'emporte sur toutes les formes du mal. Les événements, comme cette épidémie, surviennent non pas comme l'expression d'une « volonté » mais comme le résultat d'un enchaînement de causes, de déséquilibres auxquels il sera nécessaire de remédier pour prévenir les prochaines catastrophes. Transformer le monde pour qu'il devienne meilleur, c'est cela « accomplir sa volonté ».

Ceux qui aujourd'hui accomplissent sa volonté « sur la terre comme au ciel », ce ne sont ni les prophètes de malheur et leur châtiment ni les obscurantistes de tous bords avec leurs appels à la pénitence mais ce sont tous ces anonymes. Tous ceux qui, loin d'être des héros, font, avec conscience et courage, tout ce qui est en leur pouvoir pour soigner, guérir, consoler, accompagner, prendre soin, soutenir. En un mot, faire que la vie en société soit possible.

Quand nous demandons « Que ta volonté soit faite » que ce soit notre engagement et avec reconnaissance pour celui des autres.

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C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Lundi 6 avril que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.


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Dimanche 5 avril que ton règne vienne ;

Note préliminaire
 
ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου, (elthétô hê basileía sou·) vienne ton règne, trad. Simone Weil

19 Ne vous amassez pas de trésors sur la terre,
où les vers et la rouille détruisent
et où les voleurs percent et dérobent.
20 mais amassez des trésors dans le ciel,
où ni les vers ni la rouille ne détruisent,
et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.
21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
(…)
33 Cherchez premièrement son royaume et sa justice,
et tout cela vous sera donné par-dessus.
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain
car le lendemain s’inquiétera de lui-même.
À chaque jour suffit sa peine.
Matthieu 5, 19-34

« Quelque chose qui doit venir et qui n'est pas là », quelle meilleure définition du Royaume de Dieu que celle donnée par Simone Weil ? (Le Notre Père, p.34). En effet, considérer que le règne de Dieu est ce qui toujours est « à venir » c'est refuser de confondre aucune réalité terrestre ou simplement humaine avec le Royaume de Dieu. Aucune idéologie politique, aucune économie sociale, aucun gouvernement ne peut, et ne doit, être pris comme une manifestation concrête du Royaume ou un moyen d'y parvenir.

À ce titre, il ne peut y avoir aucun millénarisme politique, économique ou religieux. Le « Grand soir » comme le « Reich de mille ans », mais aussi les promesses de la technique qui prétendent « vaincre la mort », sont autant d'illusions qui prétendent amener le bonheur d'un groupe toujours plus ou moins restreint mis à part de l'humanité commune. Aucun « enlèvement » non plus des fidèles de telle ou telle religion qui seraient extraits du destin commun de l'humanité en abandonnant les « impies », les « réprouvés » ou les « infidèles ». Aucune espérance de la fin du monde puisque nous serions sauvés dans la prière chrétienne.

Le règne de Dieu est toujours « à venir », ce qui signifie qu'il y a toujours un changement possible mais que ce progrès ne se trouve pas dans « les trésors sur la terre » mais dans les « trésors dans le ciel ». Ce n'est pas dans les progrès de la technique ou dans l'accumulation de richesses mais dans la transformation radicale de notre manière d'être au monde, d'être présent à l'autre et à soi-même, autrement dit la transformation radicale « de notre coeur ».

Le Royaume de Dieu est indissociable de « sa justice » comme le rappelle la suite du Sermon sur la montagne. Or la justice telle qu'elle est décrite dans la Bible n'est autre que le service d'autrui, cet autrui que nous devons aimer comme nous-mêmes.

Prier pour « que ton règne vienne », c'est changer notre cœur. C'est reconnaître l'universalité du bien qui doit être réalisé pour tous et prendre conscience de notre responsabilité à l'égard des autres en prenant toute notre part à l'humanisation du monde. C'est penser à l'autre avant de penser à soi-même et refuser tout ce qui détruit, avilit, humilie ou exploite un autre être humain.

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

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Dimanche 5 avril que ton règne vienne;


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Samedi 4 avril Que ton nom soit sanctifié ;


ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου, (hagiasthếtô tò ónoma sou·) soit sanctifié ton nom (trad. Simone Weil)
 
1 Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2 Elle était au commencement avec Dieu.
3 Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4 En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
Évangile de Jean 1, 1-4

Dieu n'est-il pas saint par définition ? Pourquoi son nom devrait-il être sanctifié ou, pour le dire autrement, comment pourrait-il ne pas l'être ?

Le nom dans la pensée antique se confond avec la chose désignée. Ainsi pour les Grecs anciens, le fait de « nommer » le divin et de lui attribuer tel ou tel adjectif permettait de caractériser le dieu particulier de telle cité dans la grande diversité de panthéon olympien. L'institution d'un dieu en tant que divinité reconnue et honorée par le groupe social constitué en Cité passe par cette « nomination ». Et toute la question de la religion grecque puis de la philosophie qui lui succède revient à savoir quel nom il faut donner au divin. Ainsi le nom de Zeus (Ζηνὸς) signifie « la vie » (ζῆν est l'infinitif du verbe ζάω « vivre »). Nommer son Dieu (Διός) revient à dire ce qu'il est, à quoi il sert et comment il faut le servir.

À l'inverse de cette nomination par l'homme, le Dieu d'Israël se présente lui même à Moïse dans l'épisode du buisson ardent (Exode 3, 13-15) par une conjugaison du verbe « être », un nom qui signifie simplement « Je suis » et qui est devenu Yahweh (YHWH),« L'Éternel ». Ainsi le Dieu d'Israël est, au sens propre, ce qui est dans toutes les dimensions de l'être, à la fois, passé, présent et avenir.

Ainsi lorsque nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, nous ne faisons rien d'autre que reconnaître notre impossibilité de définir une fois pour toutes ce qui est et de maîtriser le cours de l'être. C'est là que se trouve le secret de la prière, dans la capacité à laisser advenir ce qui est. « En demandant cette sanctification, nous demandons ce qui est éternellement, avec une plénitude de réalité à laquelle il n'est pas en notre pouvoir d'ajouter ou de retrancher même un infiniment petit » (Simone Weil, Le Notre Père, p.33).

Lorsque l'évangile de Jean désigne Jésus comme étant « la Parole » (ou le Verbe dans les traditions catholiques) pour le distinguer du Père et de l'Esprit, il souligne l'identité de Dieu dont la vie et le message de Jésus sont la meilleure définition qui puisse être à ses yeux.

Penser à propos de Dieu que « son nom est sa parole. C'est le Verbe. Le nom d'un être quelconque est (…) la seule voie par laquelle l'esprit humain puisse saisir quelque chose de cet être quand il est absent. (or) Dieu est absent ; il est dans les cieux. » (Simone Weil, Le Notre Père, p.33) nous fait sortir de notre imaginaire de Dieu, de l'idée à laquelle nous aimerions qu'il corresponde. Il est heureux que nous ne puissions jamais prétendre posséder la juste idée de Dieu qui alors nous ressemblerait.

Demander « Que ton nom soit sanctifié » revient à ne jamais confondre Dieu avec l'idée que nous nous en faisons, autrement dit revient à ne jamais le considérer comme une idole, serait-elle seule au monde.

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Samedi 4 avril Que ton nom soit sanctifié ;

Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Vendredi 3 avril Notre Père qui es aux cieux !


Πάτερ ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς· (Páter hêmỗn ho en toîs ouranoîs)
Notre Père, celui qui est dans les cieux (trad. Simone Weil)

6 Avec quoi me présenterai-je devant l’Éternel, Pour m’humilier devant le Dieu Très Haut ?

Me présenterai-je avec des holocaustes, Avec des veaux d’un an ?
7 L’Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d’huile ?

Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né,

Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles ? —
8 On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ;

Et ce que l’Éternel demande de toi,

C’est que tu pratiques la justice,

Que tu aimes la miséricorde,

Et que tu marches humblement avec ton Dieu.

Michée 6, 6-8

À l'homme qui se demande ce qu'il faut faire pour se concilier le divin en posant cette question éternelle de toutes les religions dans les situations de crise et de malheur avec leur cortège de destruction et des misères, « avec quoi me présenterai-je devant l'Éternel ? », le prophète Michée répond que ce n'est pas avec les formules de la religion et de la piété, manifestées par les hécatombes et les sacrifices que font tous les peuples de la terre mais par la pratique de la justice et de la miséricorde. Le contraste est saisissant entre celui qui veut « se présenter face à l'Éternel » et celui qui « marche humblement avec son Dieu », entre celui qui est prêt à tous les sacrifices, même humains, toutes les processions et expiations, et celui qui est simplement, en pensées et en actes, tourné vers le bien.

Il s'agit de sortir du face-à-face égoïste entre un individu et sa représentation du divin pour entrer dans une coopération active. Plutôt que d'attendre que Dieu fasse quelque chose pour moi ou pour nous, il nous faut faire ce qu'il nous dit de son projet pour l'humanité, c'est-à-dire la justice et la miséricorde, ce que Jésus traduira à sa manière par « aimer Dieu et son prochain comme soi-même ».

Se souvenir que Notre Père, c'est avant tout « celui qui est dans les cieux », c'est dire qu'il n'est ni maîtrisable ni contrôlable ni manipulable au gré de nos envies et de nos besoins ou encore de nos intérêts. C'est, à rebours de la religiosité naturelle de l'homme, affirmer une transcendance radicale et que l'on ne peut faire changer Dieu. Qu'on ne peut l'atteindre car « on ne marche pas verticalement. Il n'y a pas à le chercher, il faut seulement changer la direction de (notre) regard. C'est à lui de nous chercher » (Simone Weil, Le Notre Père, p. 31-32).

Prier le Notre Père, c'est accepter d'être changé. Et d'abord en se mettant au service de l'autre plutôt que de vouloir que l'autre soit à mon service. En période de crise telle que nous la connaissons c'est la solidarité et l'attention à l'autre, y compris en prenant les précautions indispensables, qui nous sont nécessaires et doivent guider nos actions.

« Aimer son prochain comme soi-même », c'est aujourd'hui veiller à ne pas se mettre, ni mettre autrui, en danger de contamination. C'est veiller sur soi afin de pouvoir continuer à veiller sur les autres. C'est soutenir activement par tous les moyens nécessaires tous les professionnels de santé et de sécurité qui veillent sur nous. C'est ainsi que nous prierons « Notre Père ».

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En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.

Vendredi 3 avril Notre Père qui es aux cieux !

Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.

Prier le Notre Père avec Simone Weil

En période de confinement et alors que nous sommes appelés à prier les uns pour les autres ainsi que pour les malades du Covid-19 ainsi que les soignants et tous les services d'urgence qui nous aident à surmonter cette situation, il est utile de réfléchir au sens de nos prières et d'abord de la plus connue d'entre elles, le Notre Père que l'on trouve dans l'évangile de Matthieu au chapitre 6.

C'est avec la philosophe Simone Weil que nous vous proposons chaque jour, une méditation explication de nos demandes.


Il s'agit ici de la version liturgique traditionnellement en usage dans nos Églises protestantes.