Jésus était juif

Et il l'est resté...
 
"Ramener Jésus dans le giron du judaïsme - non pour le "convertir", mais pour l'inscrire, (…) dans la pure tradition juive du débat, de la dispute, de la controverse, de la contradiction, du doute, de l'introspection et de nouvelles interprétations des textes anciens, toutes plus audacieuses et inventives les uns que les autres". 

Dans cet ultime conférence donnée à Berlin en 2017, Amos Oz revenait sur les intentions de son dernier roman, Judas (Gallimard, 2016) et la figure du traître par excellence que serait Judas, celui qui aurait vendu Jésus pour une bouchée de pain. 

L'écrivain israélien n'y hésitait pas, même si c'était "en tremblant", à faire de Judas "le premier, le dernier et le seul chrétien". Autrement dit le seul parmi les disciples à être vraiment convaincu de la nouveauté radicale du message de Jésus alors que les autres disciples auraient plutôt été convaincus que ce dernier s'inscrivait dans la longue lignée des prophètes. Judas aurait été le seul à être vraiment persuadé que Dieu allait vraiment intervenir pour sauver Jésus et empêcher sa mort sur la croix, un grand "coup de publicité" finalement et dont l'échec aurait entraîné la honte de Judas et sa pendaison.
 
Ce faisant, Amos Oz présente Judas, non plus comme un "traître" mais comme un de ces "fanatiques religieux et idéologiques (qui) aspirait à la rédemption accélérée du monde, ici et maintenant: une rédemption universelle, finale, totale" (p.46). Et c'est l'avertissement salutaire de ce petit ouvrage stimulant que de nous inviter à une réflexion sur la durée et la nécessaire miséricorde qui doit nous empêcher les jugements lapidaires, les condamnations hâtives et le risque permanent du fanatisme, même dans nos traditions chrétiennes. Sans oublier de nous souvenir que, chrétiens, nous sommes indissolublement liés au peuple juif dont nous sommes les rejetons, ou les "sarments" pour reprendre le langage des évangiles. 
 
Un rappel indispensable en ces temps de résurgence de l'antisémitisme le plus misérable.

Jésus et Judas, Amos Oz, trad. Sylvie Cohen, préface de Delphine Horvilleur, Grasset, collection En lettres d'ancre, collection Littérature étrangère, (mars 2021), 57p., 8€

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