Les bancs du temple Saint-Étienne

En raison d´un grand nombre de demandes, nous sommes dans l´obligation de surseoir à la vente des bancs.

Vous êtes très nombreux à vous être manifestés. Certains ont de très beaux projets de préservation ou d´utilisation. Vous recevrez tous une réponse personnalisée mais nous vous remercions déjà pour votre patience et compréhension.

Roland Kauffmann

Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Dimanche 10 mai 2020 : 48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

48 Ἔσεσθε οὖν ὑμεῖς τέλειοι ⸀ὡς ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ ⸀οὐράνιος τέλειός ἐστιν.

48 Esesthe oun humeis teleioi hôs ho patêr humôn ho ouranios teleios estin

1 Que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2 Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, je vous l’aurais dit ; car je vais vous préparer une place. 3 Donc, si je m’en vais et vous prépare une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. 4 Et où je vais, vous en savez le chemin. 5 Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? 6 Jésus lui dit : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. 7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant, vous le connaissez et vous l’avez vu. 8 Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. 9 Jésus lui dit : il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment dis-tu : Montre-nous le Père ? 10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis ne viennent pas de moi-même ; le Père, qui demeure en moi, accomplit ses œuvres. 11 Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause de ces œuvres. 12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais vers le Père 13 et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. 14 Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

Jean 14, 1-14

La conclusion de nos antithèses n'en est pas une. Jésus termine cette séquence en reprenant à son compte, en la modifiant comme à son habitude, la formule liturgique rituelle: « Soyez saints, car je suis saint » que l'on trouve dans la répétition de la loi dans le livre du Lévitique (19, 2). À la notion hébraïque de sainteté (קָדוֹשׁ - qadosh), il substitue celle de perfection (téleios – τέλειος) en évitant soigneusement de distinguer entre sacré et profane ou entre pur et impur, les catégories religieuses traditionnelles. Il n'y a pour Jésus rien de sacré ni de profane, ni de pur ni d'impur, il n'y a que la sainteté qui soit une perfection.

Remarquons avant tout la cohérence du discours de Jésus. Après les Béatitudes qui décrivent le Royaume de Dieu (Matthieu 5, 1-10), il détaille son interprétation de la charte du Royaume que constitue pour lui la thora (Matthieu 5, 17-48) avant d'orienter ses auditeurs vers ce « Père qui est aux cieux » à qui il faut adresser sa prière, le Notre Père (Matthieu 6, 9-13) où l'on retrouve la même expression du Père céleste.

Cette notion de père qui est aux cieux vise précisément à nous rappeler que la perfection n'est pas, et ne doit pas être, de ce monde (voir notre première méditation du 3 avril). Comment donc Jésus peut-il vouloir que nous soyons parfaits ? D'autant plus que l'histoire s'est chargée de nous démontrer que la recherche de perfection du monde, de perfection de la foi et de perfection de la vie rime plus souvent avec totalitarisme, intégrisme et fanatisme qu'avec liberté, égalité et fraternité.

Là encore il faut revenir au texte et à ce qu'il nous dit plutôt qu'à ce que nous pensons déjà en savoir : le mot « téleios », traduit par « perfection », a donné le français « téléologie » qui est au sens propre l'étude des fins, c'est-à-dire des raisons d'être des choses. Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C'est la grande question des philosophies qui donne lieu à la suivante : l'histoire a-t-elle un sens ? Et si oui, lequel ? Allons-nous vers la fin ? La crise que nous vivons annonce-t-elle la fin du monde ? Est-elle due à nos manquements ou à nos erreurs ? À la destruction et la prédation du monde que nous poursuivons chaque jour ? Ou est-elle une péripétie de l'histoire qui continuera à suivre son cours dans la grande solitude de l'homme perdu dans l'univers ? Autant d'anxiétés qui nous inquiètent, entre l'annonce d'un monde qui sera forcément autre (meilleur ?) que celui que nous avons connu d'une part et le jugement sur le monde que nous laissons derrière nous d'autre part.

Mais « téleois » est aussi proche de « thélêma » que nous retrouvons dans la prière « Que ta volonté ( thélêma ) soit faite ! » et nous avons vu que ceux qui font la volonté du père céleste sont tous ceux qui se dévouent au service de leurs prochains pour permettre à chacun de continuer à vivre, pour accroitre la justice et valoriser toutes les formes de solidarité qui manifestent l'amour sans lequel il ne peut y avoir de véritable justice (voir notre méditation du 6 avril).

La perfection dont parle Jésus n'est pas un état définitif, aussi figé qu'un bloc de glace. Elle est question de volonté, de liberté et de choix. Le monde de l'après-crise n'est pas écrit, il n'est pas décidé mais il dépend de chacun et chacune d'entre-nous. Lorsque nous disons que le Christ est le « chemin, la vérité et la vie », c'est une manière d'affirmer que nous ne sommes pas impuissants ni laissés à nous-mêmes. Lorsque Thomas lui demande comment il faut vivre pour être à la hauteur de l'espérance du Royaume de Dieu, Jésus lui répond que c'est en faisant un choix. Celui de ne pas être le sujet passif d'une histoire qui se déroulerait sans nous et sur laquelle nous n'aurions aucune prise.

Donner du sens aux réalités avec le Notre Père, faire des Béatitudes notre vérité, suivre le chemin des commandements et les rendre effectifs aujourd'hui, c'est manifester notre volonté : celle du monde que nous voulons et de la vie que nous voulons vivre.

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De très nombreuses analyses circulent pour envisager le monde à venir, parfois dans des perspectives catastrophiques, parfois utopiques et parfois pleines d'espérance pour une monde plus généreux, plus fraternel en tout cas plus humain.

C'est cette dernière perspective que, ne voulant pas rester dans le contexte de l'actualité, mais rechercher du sens et des principes directeurs pour cette vie nouvelle qui nous attend, nous poursuivons avec vous nos méditations théologiques car nous sommes persuadés que "Penser Dieu, ce n'est pas autre chose qu'une certaine manière de penser le monde".

Après le Notre Père, les Béatitudes, le Décalogue, c'est maintenant les "antithèses" de Jésus (Vous avez entendu (…) mais moi je vous dis…" qui nous intéressent

Elles se trouvent dans l'évangile de Matthieu au chapitre 5, versets 17 à 48
 
Dimanche 3 mai 2020 : Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.



Dimanche 10 mai 2020 : Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent

Samedi 9 mai 2020 : 43 Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. 45 Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les péagers aussi n’en font-ils pas autant 47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi, eux-mêmes, n’en font-ils pas autant ?

43 Ἠκούσατε ὅτι ἐρρέθη· Ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου καὶ μισήσεις τὸν ἐχθρόν σου. 44 ἐγὼ δὲ λέγω ὑμῖν, ἀγαπᾶτε τοὺς ἐχθροὺς ⸀ὑμῶν καὶ προσεύχεσθε ὑπὲρ ⸀τῶν διωκόντων ὑμᾶς· 45 ὅπως γένησθε υἱοὶ τοῦ πατρὸς ὑμῶν τοῦ ⸀ἐν οὐρανοῖς, ὅτι τὸν ἥλιον αὐτοῦ ἀνατέλλει ἐπὶ πονηροὺς καὶ ἀγαθοὺς καὶ βρέχει ἐπὶ δικαίους καὶ ἀδίκους. 46 ἐὰν γὰρ ἀγαπήσητε τοὺς ἀγαπῶντας ὑμᾶς, τίνα μισθὸν ἔχετε; οὐχὶ καὶ οἱ τελῶναι ⸂τὸ αὐτὸ⸃ ποιοῦσιν; 47 καὶ ἐὰν ἀσπάσησθε τοὺς ⸀ἀδελφοὺς ὑμῶν μόνον, τί περισσὸν ποιεῖτε; οὐχὶ καὶ οἱ ⸀ἐθνικοὶ ⸂τὸ αὐτὸ⸃ ποιοῦσιν;

44 egô de legô humin, agapate tous echthrous humôn

25 Et voici qu’un docteur de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras.

29 Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain? 30 Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. 31 Par hasard, un sacrificateur descendait par le même chemin ; il vit cet homme et passa outre. 32 Un Lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa outre. 33 Mais un Samaritain, qui voyageait, arriva près de lui, le vit et en eut compassion. 34 Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l’hôtelier et dit : Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. 36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands 37 Il répondit : C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même.

Luc 10, 25-37

Une fois de plus, Jésus nous prend à contre-pied en faisant d'abord mine de nous comprendre afin de mieux pouvoir nous faire penser différemment. En effet, Jésus connaît la loi et il sait très bien que nulle part, elle n'autorise ou légitime la haine de qui que ce soit. Pourtant il reprend à son compte l'interprétation qui en était faite en son temps et que nous continuons d'ailleurs le plus souvent aujourd'hui. Il nous paraît, en effet, légitime, comme aux contemporains de Jésus, de faire un tri pour l'application du grand principe de la loi, à savoir « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. » (Lévitique 19, 18).

Notre prochain, c'est évidemment celui ou celle que l'on aime ! Au-delà de l'évidence, mon prochain c'est aussi celui ou celle qui pense, vit et agit comme moi. C'est celui ou celle qui est de ma famille, de ma communauté religieuse ou de pensée. Mon prochain partage mes valeurs, mes idées et mes principes. Il partage un héritage historique qui nous est commun, a la même analyse socio-politique que moi et envisage l'avenir dans les mêmes termes que moi. Il prie comme moi et a le même Dieu que moi. En bref, mon prochain est mon miroir et a une fâcheuse tendance à me ressembler! Il en est d'autant plus facile à « aimer comme moi-même ».

L'amour dont nous parle Jésus n'a, au contraire, d'abord strictement rien à voir avec les sentiments. On ne peut imposer à personne d'aimer tout un chacun de la même manière que nous aimons notre conjoint, nos enfants, nos parents, nos amis. Ces amours-là, fondés sur une communauté de projets, de désirs et d'aspirations, relèvent d'une manière ou d'une autre d'un choix. Le prochain dont nous parle Jésus est celui qu'a priori nous pourrions considérer comme un « ennemi », c'est-à-dire celui qui est différent de nous et se place, d'une façon ou d'une autre, en compétition avec nous. Ou à qui les circonstances de la vie nous confrontent sans que nous ne puissions y échapper.

Entre les prochains « qui nous ressemblent » et ceux « qui diffèrent de nous » et avec qui nous sommes, que nous le voulions ou non, en concurrence ou en conflit, que ce soit dans le milieu professionnel ou en société, parce que nous avons peur qu'ils nous mettent en danger, ne serait-ce qu'en ne respectant pas comme nous les nouvelles règles de distanciation sociale, Jésus ne nous appelle pas à choisir.

Envers ceux que nous avons choisi d'aimer et ceux que nous n'avons pas choisis, nous avons les mêmes devoirs d'attention, de bienveillance et de mise en pratique de la justice, la même obligation de faire du bien. En la matière, ce ne sont pas les sentiments qui priment mais une certaine idée de la dignité de l'être humain. Car tout être humain, pas seulement celui qui me ressemble et est d'accord avec moi, est, « comme moi », créé à l'image de Dieu et donc digne du respect dû à Dieu lui-même.

L'indifférence des premiers passants de la parabole du Bon Samaritain, alors même qu'ils étaient tenus pas la loi de venir en aide à la victime, celle-ci faisant justement partie de leur communauté, est dénoncée par Jésus qui donne en exemple ce Samaritain. Ce dernier aurait pu passer outre, nul ne lui aurait fait le reproche en son temps de s'être désintéressé de cette victime qui lui est étrangère et indifférente. Pourtant c'est sa miséricorde, si humaine et si évidente, qui nous est donnée comme modèle de vie si nous voulons savoir qui est notre prochain.

Aux valeurs de compétition et de concurrence, d'indifférence et de cynisme, si bien acceptées et valorisées dans notre société d'avant la crise, doivent succéder des principes de solidarité et d'attention à l'autre, une restauration de la notion même de ce qui nous est commun à tous.

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De très nombreuses analyses circulent pour envisager le monde à venir, parfois dans des perspectives catastrophiques, parfois utopiques et parfois pleines d'espérance pour une monde plus généreux, plus fraternel en tout cas plus humain.

C'est cette dernière perspective que, ne voulant pas rester dans le contexte de l'actualité, mais rechercher du sens et des principes directeurs pour cette vie nouvelle qui nous attend, nous poursuivons avec vous nos méditations théologiques car nous sommes persuadés que "Penser Dieu, ce n'est pas autre chose qu'une certaine manière de penser le monde".

Après le Notre Père, les Béatitudes, le Décalogue, c'est maintenant les "antithèses" de Jésus (Vous avez entendu (…) mais moi je vous dis…" qui nous intéressent

Elles se trouvent dans l'évangile de Matthieu au chapitre 5, versets 17 à 48
 
Dimanche 3 mai 2020 : Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.


Samedi 9 mai 2020 : Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent

Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.

Vendredi 8 mai 2020 : 38 Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. 39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. 40 Si quelqu’un veut te traîner en justice, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. 41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. 42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

38 Ἠκούσατε ὅτι ἐρρέθη· Ὀφθαλμὸν ἀντὶ ὀφθαλμοῦ καὶ ὀδόντα ἀντὶ ὀδόντος. 39 ἐγὼ δὲ λέγω ὑμῖν μὴ ἀντιστῆναι τῷ πονηρῷ· ἀλλ’ ὅστις σε ⸀ῥαπίζει ⸀εἰς τὴν δεξιὰν ⸀σιαγόνα, στρέψον αὐτῷ καὶ τὴν ἄλλην· 40 καὶ τῷ θέλοντί σοι κριθῆναι καὶ τὸν χιτῶνά σου λαβεῖν, ἄφες αὐτῷ καὶ τὸ ἱμάτιον· 41 καὶ ὅστις σε ἀγγαρεύσει μίλιον ἕν, ὕπαγε μετ’ αὐτοῦ δύο. 42 τῷ αἰτοῦντί σε ⸀δός, καὶ τὸν θέλοντα ἀπὸ σοῦ δανίσασθαι μὴ ἀποστραφῇς.

39 egô de legô humin mê antistênai tô ponêrô

1 Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs, Et qui ne s’assied pas sur le banc des moqueurs, 2 Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, Et qui médite sa loi jour et nuit !

Psaume 1, 1-2

De cette parole de Jésus, il arrive souvent que l'on ne retienne que le fameux principe de la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » en arguant que Jésus ne l'a pas aboli comme il n'a pas aboli les autres commandements. Il serait en conséquence normal pour un chrétien d'agir suivant ce principe de réciprocité et de mesure que préconise le talion. En effet, le talion est avant tout une limitation de la violence, il s'agit de ne pas s'enfermer dans un cycle de vengeance mais de laisser la place à un principe de juste compensation. C'est d'ailleurs le germe de nos systèmes judiciaires contemporains suivant le principe que toute faute peut être d'une certaine façon réparée par une juste sanction. C'est toute l'architecture de notre Droit et de la proportionnalité de la peine qui découle de ce principe biblique du talion.

Jésus parle ici du « méchant (ponêrô) », le substantif du terme générique « mal (ponêrou) » qu'il utilisera dans le Notre Père, dans sa formule « ne nous soumets pas à la tentation mais délivre nous du mal ». Ce qui dans notre méditation du Notre Père signifiait « ne pas céder à la désespérance en baissant les bras devant l'immensité de la tâche ». Sous le terme de « tentation » se cachent nos angoisses et notre peur de manquer, notre indifférence à ce qui arrive à d'autres et notre satisfaction de nous voir épargnés, notre intérêt à ne pas vouloir être « gardiens de nos frères » (voir notre méditation du 9 avril 2020).

Ce que Jésus suggère dans son interprétation du talion est, dans le même esprit que sa prière, de « ne pas hurler avec les loups » en cherchant aujourd'hui des boucs émissaires à ce qui nous est arrivé. C'est aller à contre-courant des nombreux prophètes de malheur qui nous annoncent des jours encore pires, à contre-courant du catastrophisme et de la résignation. Non pas pour nous voiler la face mais pour nous préoccuper aujourd'hui de ce qui arrivera demain, pour nous préoccuper aujourd'hui de celles et ceux qui sont encore plus fragilisés et ont encore plus besoin de nos solidarités individuelles et collectives.

S'il faut faire toujours un « deuxième mille », c'est aussi qu'il ne faut jamais abandonner la possibilité de convaincre et d'agir. S'il faut « donner à celui qui emprunte », c'est qu'il ne faut pas tourner le dos à celui ou celle qui a besoin de nous. À aucun moment, Jésus ne prétend faire de ses disciples des victimes naïves de la violence d'autrui, devant simplement se mettre en retrait et tendre l'autre joue, spectateurs passifs du spectacle du monde. Au contraire, la méditation de la loi de Dieu à laquelle nous invite le psaume 1 ne nous conduit pas à une approbation du monde tel qu'il est mais au contraire à une critique de tous ses aspects destructeurs. Lorsque nous détruisons la beauté du monde créé par Dieu, lorsque nous détruisons la dignité de l'homme créé à son image, lorsque que nous prétendons n'avoir de compte à rendre qu'à nous-mêmes, Jésus nous demande de nous « écarter (antistênai, ne pas résister)» du méchant. C'est-à-dire de l'exploiteur, de l'oppresseur, du manipulateur, en définitive du séducteur pour ne pas tomber dans ses pièges.

Ce petit écart, ce petit pas de côté, c'est refuser d'ajouter, par nos actes et nos paroles, au désordre du monde et c'est, paradoxalement, à un véritable esprit de résistance que nous engage Jésus.

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De très nombreuses analyses circulent pour envisager le monde à venir, parfois dans des perspectives catastrophiques, parfois utopiques et parfois pleines d'espérance pour une monde plus généreux, plus fraternel en tout cas plus humain.

C'est cette dernière perspective que, ne voulant pas rester dans le contexte de l'actualité, mais rechercher du sens et des principes directeurs pour cette vie nouvelle qui nous attend, nous poursuivons avec vous nos méditations théologiques car nous sommes persuadés que "Penser Dieu, ce n'est pas autre chose qu'une certaine manière de penser le monde".

Après le Notre Père, les Béatitudes, le Décalogue, c'est maintenant les "antithèses" de Jésus (Vous avez entendu (…) mais moi je vous dis…" qui nous intéressent

Elles se trouvent dans l'évangile de Matthieu au chapitre 5, versets 17 à 48
 
Dimanche 3 mai 2020 : Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.


Vendredi 8 mai 2020 : Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.