Concert spirituel de la Toussaint : Le Messie de G.F. Haendel

On ne présente plus le Messie, le chef d’œuvre célébrissime créé en 1741 par Haendel en trois semaines à peine.


Le succès immédiat et jamais démenti de cet « oratorio sacré » s’explique d’abord par son caractère dramatique : le compositeur y met en œuvre toutes les ressources musicales des opéras qui ont déjà fait sa gloire à l’époque.

Mais le traitement du thème est également renouvelé : c’est par une compilation d’extraits de la Bible et non plus au fil d’un récit linéaire comme dans les Passions, que le livret évoque la figure du Christ, célébré comme le Messie, le Sauveur, plutôt que raconté comme l’homme Jésus.

Cette longue fresque – deux heures trente ! – rappelle en trois volets les prophéties de l’Ancien Testament puis, par les textes du Nouveau Testament, la Nativité, les souffrances du Christ et enfin son triomphe sur la mort et les promesses de joie éternelle après le Jugement Dernier.

Le Chant Sacré, sous la direction de Luc Brinkert, propose cette année de présenter cette œuvre monumentale en deux concerts successifs, l’un à la Toussaint, le second pour Noël, le 23 décembre à 17h, la tradition de l’exécuter pendant l’époque de l’Avent plutôt qu’à Pâques s’étant installée depuis longtemps.

La Toussaint est vécue comme une période de recueillement : le premier concert rassemblera donc les séquences consacrées à l’attente du messie, avec les promesses de l’Ancien Testament, l’évocation des tourments du peuple et le sacrifice du Rédempteur, le « serviteur souffrant » d’Ésaïe, pour s’achever par l’annonce éclatante de sa proche venue. Porté par un magnifique chœur à cinq voix sur les paroles du Psaume 24, ce moment d’espérance conclura le concert de la Toussaint en préfigurant la joie de Noël.

Bien évidemment, il sera préférable pour l’auditeur de suivre les deux concerts afin d’embrasser la perspective entière de l’œuvre, par ailleurs donnée en version anglaise pour la première fois par le Chant Sacré.

Jeudi le 1er novembre 2018 à 17h
Temple Saint-Étienne, place de la Réunion, Mulhouse
Entrée libre, plateau.
En anglais, 1ère partie
Seconde partie, le dimanche 23 décembre à 17h au temple également.

Annulation piano à quatre mains à l'Heure Musicale

Exceptionnellement, il n'y aura pas d'Heure Musicale au temple Saint-Étienne ce samedi 20 octobre. 
Nous vous prions de bien vouloir excuser ce désagrément indépendant de notre volonté et vous donnons rendez-vous le samedi 27 octobre à 17h

BlacKkKlansman ou comment infiltrer la haine

Sans être transformé par elle ? 

Car tel est bien le propos du dernier film de Spike Lee qui relate l'histoire vrai de Ron Stallwort, policier noir infiltrant la section locale du Klu Klux Klan à l'occasion de la visite de David Duke, Grand Sorcier des Chevaliers, sous-groupe du KKK.

Ce dernier est à cette époque en quête de dédiabolisation. Il évite en public d'évoquer la "suprématie" de la race blanche et prône le "séparatisme" pouvant séduire un électorat sudiste conservateur, à tel point que même Ron s'y laisse prendre. Jusqu'à ce que son supérieur direct, un policier blanc le ramène à la réalité et le sorte de sa naïveté.

Ron Stallwort n'est pas politisé, au contraire de son amie Patrice, leader du mouvement des étudiants noirs accueillant Stokely Carmichael (devenu Kwame Ture en 1978). Ce dernier était un compagnon de Martin Luther King et auteur de l'ouvrage Black Power en 1967, prenant alors ses distances avec Martin Luther King.

Spike Lee est passé maître dans l'art des doubles projections, des miroirs et des associations. Ainsi l'une des scènes centrales du film est un modèle du genre. Les étudiants, réunis dans une maison, lumineuse et ouverte, écoutent un ancien (Harry Bellafonte tout en pudeur et sincérité) raconter le lynchage d'un adolescent tandis que les Chevaliers, dans le secret d'une cave sordide, singent littéralement une cérémonie de baptême en visionnant Naissance d'une nation de Griffith. Beauté, dignité, revendication d'humanité répondent à la laideur grimaçante de l'oppression. Renversement complet, les "singes" n'étant pas ceux que montrent le film de Griffith. Le film de Spike Lee, lui-même est tout entier un écho à la situation présente puisqu'il se termine par des images documentaires des évènements de Charlottesville du 12 août 2017 où un suprématiste blanc a foncé dans une foule (mixte) avec sa voiture.

S'il évite de sombrer dans le pamphlet et parvient à faire de son film une arme de combat plus que de simple propagande, c'est en révélant les complexités de la lutte au sein même du groupe des étudiants, notamment par le duo Ron/Patrice. Au-delà de l'idylle évidemment naissante, ce sont deux approches radicalement différentes qui vont se réconcilier finalement. Patrice revendiquant une certaine forme de séparation des noirs d'avec les blancs de manière d'une façon finalement assez proche des blancs du KKK alors que Ron recherche l'abstraction: ne plus être considéré en fonction de sa couleur de peau mais de ses compétences, toute l'histoire du rêve américain des Fondateurs et de Martin Luther King.

Une ligne qui fracture toute l'histoire du mouvement des droits civiques et donne toute son épaisseur au film, bien au-delà de la caricature de ce troupeau de blancs avinés et bas du front. Mais surtout un questionnement sur la manière de lutter contre l'abjection sans se réduire à user des mêmes armes et donc de toujours refuser à déchoir au même niveau que ses adversaires.

"Vouloir qu'il soit exécuté signifierait que je ne suis pas meilleur que lui", ainsi s'exprime Najee Washington à propos de Dylann Storm Roof, l'auteur du massacre de l'église de Charleston le 17 juin 2015 (cité par Serge Molla, Martin Luther King, prophète. Labor et Fidès, 2018, p. 205). Et c'est bien l'enjeu du film de Spike Lee que de montrer qu'il est possible de lutter pour la liberté et la justice sans user des mêmes armes car finalement force reste à la loi et au Droit.

Chants orthodoxes slaves des 19e et 20e siècles à l'Heure Musicale

Dans le cadre de sa tournée en Alsace (Munster et Colmar), le chœur YAROSLAVL' sera de passage pour une Heure Musicale exceptionnelle au temple Saint-Étienne ce samedi 13 octobre à 17h. 


Il présentera une quinzaine de pièces orthodoxes du 18ème siècle au 20ème siècle, s’enracinant dans la tradition orthodoxe slave : pièces de Bortniansky, Tchesnokov, Tchaïkovsky ou encore Schvedov.

Fondé en 2008 par son actuel directeur, Yan Greppin, le choeur Yaroslavl’ est un ensemble a cappella, sis à Neuchâtel, composé de dix-huit à vingt chanteurs professionnels et semi-professionnels et spécialisé dans le chant orthodoxe. Il est l’un des rares ensembles en Suisse – et en Europe de l’Ouest – à proposer un répertoire exclusivement puisé dans la tradition religieuse des pays de l’Est : Russie, Ukraine, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Grèce ou encore Arménie et Géorgie.
Dans un esprit de fidélité et de rigueur, l’ensemble Yaroslavl’ s’entoure de solistes expérimentés et de renommée internationale : la soliste russe Irina Solomatina, la chanteuse byzantine grecque Nektaria Karantzi et le soliste basse moscovite Fedor Tarassov. Ainsi, par un travail assidu sur la prononciation, le phrasé et l’intelligibilité des textes, le choeur est à même d’interpréter les oeuvres de ce répertoire de manière authentique, précise et inspirée.

Après une centaine de concerts présentés depuis dix ans, l’ensemble Yaroslavl’ a acquis une certaine renommée en Suisse romande. Il est aussi régulièrement invité à se produire en Suisse alémanique et à l’étranger. Plusieurs paroisses parisiennes l’ont accueilli pour sa première tournée en 2011. En 2013, ce sont trois associations russes qui l’invitent à chanter à Moscou, Tutaev et Yaroslavl’, ville éponyme du choeur. En 2015, l’ensemble Yaroslavl’ s’envole pour l’Angleterre pour chanter à Bristol, Bath et Exeter. En octobre 2016, il est invité d’honneur au Festival Echo de Mons/Saint-Ghislain en Belgique. L’ensemble Yaroslavl’ a enregistré trois CDs : De Byzance à Moscou (2013), Concert à l’Abbatiale de Payerne (2015) et Chants orthodoxes de Noël (2017).

Le chef Yan Greppin est titulaire de deux licences universitaires et d’un post-grade en philosophie, Yan Greppin suit diverses formations musicales : piano classique, guitare classique, percussions et chant. Depuis 2006, il se forme régulièrement en chant byzantin et direction auprès du moine Syméon de Cantauque (Carcassonne), élève de Lycourgos Angelopoulos, et voyage régulièrement en Russie pour y approfondir sa connaissance du chant orthodoxe. Depuis 2008, il étudie l’évolution du chant slave au cours de son histoire et s’intéresse à ses multiples expressions dans ses diverses traditions (Russie, Ukraine, Bulgarie, Serbie, Grèce et Roumanie).

Heures Musicales
temple Saint-Étienne
à 17h
entrée libre plateau samedi 13 octobre 2018

Sermon de Saint Thomas d'Aquin aux enfants et aux robots

Découvrir un auteur est toujours un plaisir surtout lorsqu'il est d'une érudition brillante et intelligente. Ainsi de Sébastien Lapaque dont les premiers écrits ont pourtant déjà vingt ans mais dont nous n'avions jusque ici jamais croisé le chemin. Un regret tant son dernier ouvrage, Sermon de Saint Thomas d'Aquin aux enfants et aux robots, publié en ce mois de septembre chez Stock, est brillant et stimulant.

Un philosophe chrétien, l'auteur, est invité sur le plateau d'On aura tout vu, simulacre transparent de On n'est pas couché avec tous les amphitryons de l'époque, notamment un certain académicien "perclus de rhumatismes et de gloire", Lazare d'Anisson où l'on reconnaîtra sans peine le fameux Jean d'O. avec lequel l'auteur aurait eu maille à partir pour la simple raison qu'il ne l'avait jamais lu.

Ne pas avoir lu Jean d'O est un péché véniel quand on connaît sur le bout des doigts l'oeuvre de Thomas d'Aquin. Ce dernier vient remplacer au pied levé le philosophe "jeté en pâture aux lions" pour dire leur fait aux zélateurs du transhumanisme ou de l'écume des choses. Tout au long de cette émission surréaliste, Thomas d'Aquin écoutera et répondra aux interrogations contemporaines d'une langue précise et savante sans jamais être pédante ou arrogante.

On retrouve ici saint Thomas dans toute sa force, puisée dans le grand principe de l'unicité de l'homme qu'il fonde sans sa lecture d'Aristote. S'opposant au dualisme platonicien, la séparation de l'âme et du corps, Thomas d'Aquin affirme l'unité fondamentale de l'humain dont l'âme et le corps ne sont que des modalités différentes d'une seule et même chose. Ce que dira après lui Spinoza.

"L'âme n'est pas tout l'homme; mon âme ce n'est pas moi" autrement dit "Voyez cette âme dans ce corps et l'avantage de leur convergence. Sans mon corps, je ne suis pas moi. Sans mon âme non plus." Ce sermon destiné aux enfants et aux robots, c'est à dire à tous ceux qui comme nous aujourd'hui sont réduits à être des rouages d'une société toute entière dominée par la technique se veut être "un sermon de combat contre la vie numérique qu'on nous prépare (…) pour demeurer un homme libre sous le regard de Dieu".

Une lecture nécessaire pour notre temps.

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Concert de la Réformation avec le Collegium Musicum de Mulhouse

"Au fil des notes," est le titre choisi par Simon Rigaudeau pour son premier concert dirigé à l’occasion de la Fête de la Réformation commémorant la Réforme protestante en 1517, le dimanche 21 octobre 2018 à 17h.


Le public a pu faire connaissance avec ce chef lors du dernier concert de la Fête des Mères au temple Saint-Étienne.

Directeur artistique et musical de l’Orchestre Symphonique de Colmar, directeur musical du Nouvel Ensemble Orchestral Nantais, à 36 ans, il a côtoyé de grands chefs tels Jean-Claude Casadesus, Myung-Whun Chung, Marc Albrecht, Kirill Karabits, Marko Letonja… Chef de projet du Labopéra qui a produit la Traviata, il prépare avec le Collegium Musicum de Mulhouse La Flûte Enchantée de Mozart dont il donne un avant-goût dans ce programme avec l’Ouverture et d’autres extraits.

Au fil de La Moldau de Smetana, célèbre poème symphonique qui évoque le cours de cette rivière, de sa source jusqu’à Prague-La-Magnifique, ainsi que les paysages traversés et les scènes se déroulant sur ses rives, vous voyagerez aux côtés de Mozart, Beethoven (Concerto pour piano et orchestre n°2), et Mendelssohn (Ouverture d'Elias). Quels meilleurs partenaires d'aventures musicales !

Le Concerto de Beethoven par son équilibre délicat des thèmes robustes (comme ceux du finale) et les traits subtils et de toute beauté du mouvement lent, est digne de la tradition classique mozartienne. Il sera interprété par Nataša Bekcic Andri, jeune pianiste d’origine serbe. Couronnée de nombreux prix nationaux et internationaux dans son pays, elle obtient un Master en piano, en musique de chambre avec « Grande Distinction », et un Postmaster à Bruxelles où elle occupe le poste d’accompagnatrice depuis 2009. Après un parcours en Ex-Yougoslavie, elle s’installe en France et poursuit sa carrière d’enseignante et de musicienne. Elle se produit en récital et en musique de chambre en France, Belgique, Autriche, Serbie et Croatie. Fondatrice de l’International Academy of Music Maestri de Riedisheim, elle a vu ses élèves largement récompensés dans des concours internationaux de piano.

Le Collegium Musicum de Mulhouse est composé d'une cinquantaine de musiciens. Son répertoire est essentiellement dédié à la musique classique, mais il aborde aussi des styles très différents, et se plaît à changer en fonction des circonstances et des attentes du public. Des solistes réputés lui accordent régulièrement leur confiance pour des concerts de grande qualité dans le souci de diffuser la musique au plus grand nombre.

Y aller :
Dimanche 21 octobre à 17h au temple Saint-Étienne de Mulhouse, place de la Réunion
Entrée libre - Plateau