ParoleS protestantes n°77 - Les mots de la théologie: l'exégèse

Roland Kauffmann
Saint-Étienne Réunion


Les Frères Sisters: devenir humain

Charlie et Éli, les deux frères Sisters, cow-boys à la solde d'un mystérieux "Commodore"; John Morris, détective au service du même Commodore et Hermann Kermit Warm au service d'un idéal communautaire à la recherche d'une vie meilleure pour tous: deux paires de héros en quête d'eux-mêmes et, qui sait ? d'une certaine forme de rédemption ?

Dans leur sauvagerie même, les deux frères manifestent pourtant des sentiments humains, ainsi de la compassion et de la tristesse même mais pour les chevaux, victimes collatérales de leurs meurtres exécutés de sang-froid. Morris et Warm sont à l'inverse, l'un pétri de littérature, l'autre de science, ils sont une forme de civilisation perdue dans une lie de boue. Les quatre personnages sont en quête les uns des autres mais c'est surtout eux-mêmes qu'ils cherchent. Seuls Warm et Éli savent vraiment ce qu'ils sont, Warm entièrement tourné vers une utopie (au sens théologique donc positif du terme), tourné vers l'avenir. Élie, vers le passé, vers ce déterminisme de la fatalité qui fait de lui un tueur alcoolique comme l'était son père (qu'il a tué également).

Entre la détermination totale dont il n'est aucune échappatoire et la capacité de transformer le monde d'un coup de poudre magique, Charlie et Morris représentent toutes les ambiguïtés entre le "vouloir" et le "faire". Charlie prend conscience de l'absurdité de leur existence et aspire à changer de vie sans être à aucun moment capable de le faire. Morris a quitté un univers familial aisé pour chercher une signification à son existence.

Entre la bête, Éli, et l'ange, Warm, entre celui qui croît que rien jamais ne peut changer, que l'on est ce que l'on est en raison du sang corrompu qui coule dans nos veines et celui qui croit que tout peut changer parce qu'il suffit de trouver les moyens du changement, Charlie et Morris sont englués dans leurs contradictions, dans leurs sourdes espérances, eux s'affrontent au réel et le prennent à bras le corps. Ils acceptent le risque de perdre ce qu'ils ont, ce qu'ils sont, pour devenir meilleurs. Même si cela ne va pas sans compromis avec le mode de vie qu'ils veulent quitter.

"Je ne fais pas le bien que je veux mais je fais le mal que je ne veux pas", la formule de Paul (Romains 7, 19), décrivant la condition humaine, est ainsi magnifiquement illustrée.

Au-delà de la qualité cinématographique indéniable à tout point de vue, technique comme narratif, le film de Jacques Audiard interroge la possibilité de changer sa vie, de refuser le déterminisme naturel (le sang d'Éli), familial (l'attachement de Charlie à son frère), social (la condition de Morris) et matériel (la poudre magique de Warm). La réponse qu'il propose est que c'est possible! C'est difficile, dangereux, risqué, on se trompe, on peut perdre son intégrité, voire sa vie même mais le jeu en vaut la chandelle car il est possible de se changer sans se renier, en assumant pleinement ce que l'on est, sans rejeter son origine mais en trouvant sa différence.

Une belle métaphore de la rédemption !

Le Messie de Haendel pour fêter Noël avec le Chant Sacré

Le Festival de l'Avent du temple Saint-Étienne de Mulhouse invite à célébrer Noël avec cette œuvre populaire et emblématique de la période de l'Avent.


Le Messie de Haendel est considéré comme un chef d'œuvre de l'oratorio. En Angleterre, cette pièce liturgique est même devenue un symbole national à Noël. Le chœur et orchestre du Chant Sacré, sous la direction de Luc Brinkert en donnera la seconde partie le dimanche 23 décembre à 17h.

La création du Messie
Cet oratorio a été composé en seulement 24 jours en 1741. C'est la pièce la plus connue de Georg Friedrich Haendel, compositeur allemand naturalisé anglais de la période baroque, qui souhaitait renouveler ce genre. « Je pensais voir tout le Ciel devant moi et le grand Dieu lui-même » écrivit-il  après la création de l'œuvre à Londres. La pièce est très régulièrement donnée à Noël, en particulier en Angleterre où le public a pour habitude de rester debout pour le célèbre "Alléluia", en souvenir du Roi qui se leva lors de la première.

Une œuvre très populaire
La pièce présente des chœurs grandioses et des airs très lyriques qui rappellent les nombreux opéras de Haendel. Le Messie est toujours donné avec éclat et le public est régulièrement appelé à participer ; les mélodies étant souvent connues des mélomanes.

Pourquoi à Noël ?
Le Messie est évidemment une œuvre très religieuse, dédiée à la vie et en particulier à la résurrection du Christ - aussi appelé le Messie - dans la tradition chrétienne. Une version courte a souvent été donnée, correspondant au début de la vie du Christ, à sa naissance et donc à Noël. La pièce est devenue emblématique de cette période et plus précisément de l'Avent, la période avant la naissance du Christ.
L’œuvre raconte les grands épisodes de la vie de Jésus. La première partie est consacrée à l’Annonciation et à la naissance du Christ, c'est cette partie qui sera donnée pour ce concert de Noël. La résurrection de Jésus-Christ constitue la deuxième partie du Messie, qui se termine avec le célèbre Alleluia. La troisième et dernière partie quant à elle traite de la rédemption et de la victoire apportée par le Christ.

Y aller
Dimanche 23 décembre, 17h
Temple Saint-Étienne, place de la Réunion, Mulhouse
Billetterie : 10€, tarif réduit (demandeurs d'emplois, membres de l'association SER) 8€, librairie Bisey, Musique d'Orelli, Musique Galland, temple Saint-Étienne et le soir du concert.

Noël en danses avec Les Quatr'elles

Le groupe Quatr'elles s'est formé en 2012, né de l'idée de créer un groupe uniquement composé de femmes (accordéoniste, flûtiste, violoniste, percussionniste) passionnées de musique irlandaise. Deux hommes (guitariste et contrebassiste) ont finalement rejoint le quatuor quelques mois plus tard apportant leur touche celtique.

Le répertoire des Quatr'elles est constitué essentiellement de mélodies, d'airs et de chants traditionnels irlandais, écossais et québécois.

Le groupe est composé de Dominique Wolf à l' accordéon et au chant, Christine Rampa aux flûtes et au chant, Hélène Jannopoulo aux percussions et au chant, Véronique Koenig au violon et au chant, Yannick Abgrall aux guitares, bouzouki et au chant et Erick Preisser à la contrebasse, guitare, au banjo et au chant.

Ces six musiciens se produisent régulièrement dans la région et ailleurs pour diverses occasions. Ils ont participé cette année  à l'enregistrement de leur premier album qui sera disponible courant 2019.

Samedi 15 décembre 2018
Heures Musicales
Temple Saint-Étienne
à 17h
entrée libre plateau

L'échec des philanthropes protestants mulhousiens au XIXe siècle

Pauvretés et philanthropie à Mulhouse au XIXe siècle : un bilan critique, Marie-Claire Vitoux, Annuaire historique de Mulhouse 29, 2018, pp.119-129. 


Dans la dernière livraison de l'Annuaire historique de Mulhouse consacré à l'étude de la pauvreté à Mulhouse, l'historienne Marie-Claire Vitoux revient sur le "mythe mulhousien" que constitue à ses yeux la notion de philanthropie active développée tant par la municipalité que par des initiatives privées dans la période d'industrialisation forcenée à Mulhouse au XIXe siècle.

Volontiers "provocatrice", elle affirme "qu'au XIXe siècle, il vaut mieux être pauvre à Mulhouse que partout ailleurs en France"(p.127). En effet, elle n'hésite pas à battre en brèche la réduction de l'action sociale municipale ou privée au mouvement général du paternalisme que l'on trouve ailleurs en France à cette époque (p.125). Les élites mulhousiennes, c'est-à-dire les propriétaires d'usine et les autorités municipales développent "un projet de société", consistant "à acculturer les ouvriers à leur système de valeurs, liberté et responsabilité individuelle, travail et mérite" (p.127).

Ce projet est d'inspiration libérale et protestante mais particulière à Mulhouse. En effet, il se démarque du libéralisme anglo-saxon purement protestant basé uniquement sur la liberté, tant de l'entrepreneur d'exploiter que de l'ouvrier d'accepter des salaires de misère. Dans le monde protestant décrit par Max Weber, "chaque individu parce qu'il est libre et responsable devant Dieu accomplit le dessein que Celui-ci a pour lui de toute éternité" (p.124). En toute logique, l'individu pauvre l'est soit par la volonté divine soit par sa corruption personnelle qui l'empêche de prendre ses responsabilités et de sortir de la misère. Comme si l'individu plongé dans la misère avait la ressource de sortir de sa misère.

C'est cet extrémisme libéral protestant que récusent les philanthropes mulhousiens, tout libéraux et protestants qu'ils sont pourtant en développant un système de bienfaisance qui fait la part des choses entre l'anthropologie protestante et la capacité réelle de l'individu.

Sous l'impulsion du maire de Mulhouse (1832-1843), André Koechlin, le Bureau de bienfaisance met en place une assistance réelle qui va concerner de manière permanente près de 10% de la population voire jusqu'à 50% dans les périodes de crise (p.127). Mais surtout André Koechlin est précurseur dans la mesure où il considère qu'il faut prévenir la misère, que ce soit par les soins médicaux pour empêcher que la maladie ne fasse basculer le pauvre dans l'indigence, par un système d'épargne (un échec car les ouvriers ne vivent pas assez longtemps pour en bénéficier) et surtout par l'école.

C'est ensuite la fondation de la Cité ouvrière avec la SOMCO de Jean Dollfus où les ouvriers deviennent propriétaires alors qu'ils ne sont ailleurs que locataires des logements mis à disposition ce qui leur permet de réaliser justement l'idéal protestant: devenir propriétaires et donc responsables. Marie-Claire Vitoux expose remarquablement l'objectif patronal non seulement d'assistance mais aussi de conservation sur place des ouvriers les plus qualifiés dans un contexte de mobilité extrême des populations ouvrières. En période de crise, Mulhouse ne se privait pas d'expulser les travailleurs en surplus mais ne voulait pas non plus voir les plus qualifiés d'entre eux lui manquer lors des reprises.

C'est là que se trouve le germe de l'échec paradoxal du projet philanthropique des industriels protestants. En effet, l'acculturation des ouvriers aux valeurs entrepreneuriales a tellement bien fonctionné que les ouvriers propriétaires ont mis eux-même leurs logements en sous-location les transformant en instrument de gain. (p.128) tout en constituant une sociabilité propre dans un territoire géographique donné faisant de ce nouveau groupe social d'ouvriers qualifiés une proie facile pour les "deux visions anti-libérales socialistes et catholiques (qui) se sont développées à la fin du siècle" (p.128) faisant ainsi basculer les équilibres politiques de la ville.

Sans doute que les protestants auraient été mieux avisés de ne pas concentrer les populations ouvrières dans une "Cité" alors qu'eux-mêmes se retranchaient sur les collines boisées du sud de la ville. Cette séparation spatiale, encore pertinente aujourd'hui, est une cause de la perte d'influence politique des bourgeois protestants. Lorsque l'on ne vit plus ensemble, il est difficile d'acculturer l'autre à sa vision du monde. Une population reléguée est toujours plus sensible à ceux qui lui sont proches et développent des systèmes de solidarités plus concrets et surtout plus adaptés aux besoins réels.

Le projet philanthropique des libéraux protestants mulhousiens a trop bien fonctionné mais il a surtout manqué d'une réelle interaction entre les deux catégories sociales. Sans doute que cela aurait été trop utopique mais l'on ne peut s'empêcher de se demander si le temple Saint-Étienne, nouvellement bâti en 1866, n'aurait pas pu être le lieu de ce brassage si l'occupation allemande n'avait pas fait se déplacer les propriétaires des fabriques au "temple français" (Saint-Jean) laissant la classe moyenne protestante seule au "temple allemand" (Saint-Étienne).

Marie-Claire Vitoux pointe cependant l'erreur fondamentale des philanthropes protestants mulhousiens: "leur modèle philanthropique (...) présupposait une acculturation passive des pauvres à leur système de valeurs. Ils ont découvert la "capacité d'agir" des pauvres" (p.128).

Cet échec ne peut-il être lié à une mauvaise interprétation de l'éthique protestante ? Celle-ci n'est pas seulement fondée sur une doctrine de la prédestination qui ferait de l'individu le simple exécutant de la volonté de Dieu mais aussi sur l'obligation protestante, tant pour les communautés que pour les individus, de lutter contre toutes les formes de déterminismes sociaux, naturels ou historiques, contre toutes formes de fatalité et de destinée.

Roland Kauffmann, décembre 2018

Noël celte avec Les Chum’s

Les Chum’s célèbrent l’Irlande ! 


Ses paysages verdoyants, son vent de liberté et sa musique : tout invite à la fête.

Venus d’horizons multiples, les musiciens qui composent le groupe partagent une passion sans faille pour les mélodies irlandaises, ces ballades toutes faites de joies et de mélancolie. 
Privilégiant la spontanéité, l’improvisation et la relation avec le public, les Chum’s convoquent le monde entier par les couleurs rythmiques, en voyageant au gré des vents depuis leur port d’attache musical …le Sundgau !!!

Une soirée toute en vert, of course !

Christian Hoffstetter: flûte, tin whistle
Serge Macri : guitare, chant
Thierry Meneghello : Bodhran, world percussions
Joseph Schneider : violon, ulliean pipe
Production/booking: Serge Macri 06 62 69 05 16

Samedi 8 décembre 2018
Heures Musicales
Temple Saint-Étienne
à 17h
entrée libre plateau