La reprise des Heures musicales avec le Duo Eliot : violon et piano

Samedi 7 mars 2015, 17h, temple Saint-Étienne de Mulhouse

Un programme d’œuvres composées autour des années 1920 et interprétées par la violoniste Szuhwa WU et la pianiste Véronique NGO SACH-HIEN, artistes aux riches parcours, professeurs dans les conservatoires de Besançon et de Montbéliard et très engagées dans la diffusion de la musique vivante en direction de tous les publics.

La violoniste Szuhwa WU, d’origine taïwanaise, diplômée de l’Université de Columbia de la Juilliard School de New York de Harvard et de la Hochschule für Musik de Zurich s’est produite entre autre au Lincoln Center de New York, à la Tonhalle de Zurich, au Mozarteum de Salzbourg ainsi qu’au Théâtre National de Taipei. La pianiste Véronique NGO SACH-HIEN, diplômée du conservatoire national supérieur de Paris et du Royal College of Music de Londres, lauréate du concours international Chopin (Darmstadt, 1999) s’est produite aux abbayes de Royaumont et de Fontmorigny, dans les salles Chopin-Pleyel et Alfred Cortot à Paris, au Town Hall de Birmingham, à Saint-Martin-In-The Field de Londres, au Teatro delle Muse in Ancona ainsi que dans différents festivals européens.

Elle ont formé en 2012 le duo Eliot qui se distingue par un subtil mélange de virtuosité et d’élégance. Il entraîne les auditeurs vers une nouvelle approche artistique à travers un vaste répertoire allant de Biber, Ravel, Wagner jusqu’à des œuvres inédites de Boulez, Tutschku et Hosokawa. Membre de l’Ensemble de musique Interactive, ce duo collabore régulièrement avec des compositeurs d’avant-garde faisant appel à des technologies innovantes. Il s’est récemment produit au Festival de musique interactive au Miller Theater à New-York ainsi qu’à Radio France.

Le programme de ce samedi est plus « classique », revisitant Stravinsky (duo concertant), Chostakovitch (4 préludes), Gershwin (3 préludes) et la magnifique sonate de Ravel.

« Go Down, Moses »

Spectacle à La Filature, 

Scène nationale – Mulhouse

ROMEO CASTELLUCCI 

Samedi 21 mars à 19h 

Dimanche 22 mars à 17h






Événement exceptionnel à La Filature, Scène nationale –  Mulhouse, avec ce spectacle puissant, troublant et poétique ! Certainement l’un des artistes les plus libres et les plus novateurs de notre temps, Romeo Castellucci nous fait traverser l’histoire de l’humanité avec des images d’une beauté stupéfiante. Ce metteur en scène italien, génial et parfois sulfureux, conçoit l’art comme un espace de liberté où ce qui aliène, dégrade, pervertit ou magnifie l’humain doit être mis en jeu. 

OFFRE SPÉCIALE par le biais de l’association Saint-Étienne Réunion : 18€ la place au lieu de 25€ (8€ pour les moins de 26 ans, demandeurs d’emploi et RSA – sur justificatif)


Il suffit d'appeler la billetterie de La Filature au 03 89 36 28 28 (du mardi au samedi de 13h30 à 18h30), en précisant que l'on est adressé par Saint-Étienne Réunion.


Plus d’infos, photos, vidéo, presse : 


Rejoignez l’événement Facebook :  

REVUE DE PRESSE
La Croix : lire la critique
Télérama (TTT) : lire la critique
Le Monde : lire l'article
Les Inrockuptibles : lire l'article
La Terrasse : lire l'article

Une interview de Romeo Castelluci à propos de sa précédente pièce,



Proclamation pour la liberté d’expression.

Proclamation sur la liberté d’expression

Saint-Étienne Réunion, par le biais de son pasteur Roland Kauffmann, s'associe pleinement à l'initiative de Reporters sans frontières.

La liste des soutiens et signataires

 


Le pluralisme au service de nos libertés

La liberté d’expression est garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui affirme que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. ».
La loi française sanctionne l’injure, la diffamation et la provocation à la haine raciale, à la discrimination ou à la violence envers des personnes ou des groupes de personnes, mais non la critique des idées, des symboles et des représentations.
Elle ne reconnaît ni ne condamne le sacrilège ou le blasphème. Chacun est libre d’exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux.
La liberté de conscience, qui est celle de croire, de pratiquer une religion, ou de ne pas croire, est aussi garantie par la Convention européenne des droits de l’homme et la Constitution. Elle doit naturellement s’appliquer sans discrimination.
Certains peuvent se sentir offensés ou blessés par la critique de leurs croyances, notamment sous la forme satirique. Mais la liberté d’information et d’expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres.
Ce sont les conditions du respect du pacte républicain et des droits de tous dans une société démocratique pluraliste et tolérante.
Nul ne peut imposer sa conception du sacré à autrui.

Timbuktu, la liberté en danger de mort

Le film d'Abderrahmane Sissako s'ouvre et se ferme sur une scène de fuite.

D'abord celle d'une gazelle pourchassée par des hommes dont nous ne savons encore rien qui cherchent à "épuiser" au sens propre du terme l'animal plutôt que de le tuer.

Enfin celle de Toya et de ce mystérieux porteur d'eau, pourchassés par ces mêmes hommes dont nous connaissons maintenant la folie qui serait presque drôle par son absurdité si nous n'en savions la capacité meurtrière, dans ces sables africains comme dans nos rues.

Force politique de ce film qui au-delà de sa beauté formelle nous fait prendre conscience de la réalité, réalisant ainsi un projet de résistance à cet intégrisme d'autant plus destructeur qu'il se coule dans les codes culturels des sociétés qu'il "épuise". S'il paraît pessimiste en nous faisant penser qu'il n'y a finalement pas d'autre espoir que la fuite, le film nous alerte et nous informe, peut-être pour nous faire comprendre que la fuite est justement ce qui est recherché par ces experts de la terreur.

La base du film est un fait divers, qui pourrait être banal: le touareg Kidane tue accidentellement le pécheur songhai qui a lui-même tué sa vache. Kidane est arrêté, jugé et condamné à payer le prix du sang. Ne pouvant y subvenir, la famille du pécheur lui refuse le pardon et il est condamné à mort. Le fait que les djihadistes arabes tiennent le tribunal ne change rien à l'affaire. Kidane aurait de toute façon été condamné à mort. Ce qui se joue là est de l'ordre de la confrontation singulière entre deux destins, entre deux cultures, celle des touaregs et celle des songhais, entre les nomades éleveurs et les sédentaires cultivateurs (le pécheur cultive ses filets à la merci du troupeau).

Sur cette base du droit coutumier, Abderrahmane Sissako montre la vie quotidienne, sa lente transformation sous la férule des djihadistes qui veillent sur la longueur des pantalons des hommes, la peau des femmes, chaque chant est un blasphème et chaque tradition une idolâtrie. Les femmes peuvent être prises en récompense pour les "bons éléments" et l'imam de la ville aura beau protester contre ces abus de pouvoir, rappeler que le djihad est intérieur, ces hommes que l'on ne voit jamais prier prétendent avoir le droit islamique pour eux.

Chaque situation du film souligne sur un mode mineur la prétention totalitaire de ces hommes qui s'érigent en seuls juges de ce qui est licite ou ne l'est pas, de ce qui est moral ou non, de ce qui est de l'ordre du blasphème ou pas.

Chaque résistance est petit à petit brisée, la jeune fille sera mariée, les amants seront lapidés, les masques seront brisés, les chanteurs seront fouettés, seule subsiste cette femme bariolée, symbole de la folie, planant sur ce monde ou symbole de la liberté qu'on ne peut vaincre ?

Terrible avertissement pour nos sociétés qui parfois se révèlent prêtes à entendre et accepter les interdictions de blasphèmes proférées par ces partisans d'une certaine idée de Dieu. Si l'on accepte de leur donner prise, ils ne s'arrêteront pas. Leur stratégie, en Europe comme aux confins du Sahara, relève de la guerre des partisans, "épuiser" nos capacités de résistance, nous faire éprouver la peur, la défiance entre nous et pervertir notre culture en l'utilisant pour nous affaiblir. De coups de publicité en attentats, de vidéos de propagandes en interdits au nom de la foi s'affirme l'épuisement des principes d'autonomie de la raison, de liberté de conscience et d'action.

Plus que la seule liberté d'expression, les terroristes menacent toutes nos libertés individuelles et collectives. Voilà bien pourquoi il ne faut leur céder en rien.

Le nouveau calendrier interreligieux

Parce qu'il est fondamental de connaître sa propre culture et celle des autres, la Ville de Mulhouse édite depuis plus de 10 ans un calendrier interreligieux qui prend une dimension particulière dans le contexte des évènements de ce début d'année.
Il est disponible gratuitement dans les écoles ainsi que dans les différents lieux de cultes.



Recueillement et hommage


La "Marche des crayons" ayant été déplacée au  dimanche 11 février à 15h, le temple Saint-Étienne sera ouvert en prélude à la manifestation.



Il sera ouvert de 13h à 15h pour un temps de recueillement articulé autours de textes littéraires et/ou poétiques, des auteurs de Charlie Hebdo ou d'auteurs contemporains.


Les musiciens sont bien sûr les bienvenus également (piano à disposition) et nous alternerons les moments de silence, de lectures et de musique tandis qu'il sera possible tout au long de cette ouverture de s'exprimer dans les cahiers qui seront mis à la disposition du public.
Le programme sera élaboré au fur et à mesure de la réception des propositions demain, toute personne pouvant amener ses propres textes.

Il est temps...

À la barbarie, il n'est qu'une réponse possible, ne pas céder !

Ne jamais renoncer aux fondements de nos sociétés, aux principes de l'Humanisme et des Lumières et exiger de tous qu'ils s'y conforment.

Ci-dessous, in extenso la lettre ouverte au monde musulman d'Abdennour Bidar, espérant qu'enfin les responsables musulmans prennent leurs responsabilités.
Lettre ouverte au monde musulman

Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries « Ce n’est pas moi ! », « Ce n’est pas l’islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l’islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde  l’islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir… Et cela m’inspire une question – LA grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci tant que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !
Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent « Non le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ». Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.
Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIème siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance !

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms de Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou « Etat Islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l’Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l’avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident. Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l’Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu’est le culte du dieu argent.
Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l’Inde à l’Espagne ? En réalité tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… Tu ne sais plus du tout qui tu es ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu’agressif… Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière.

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« Il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son Appel à la liberté l’empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ?

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable… Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, shouyoukhs, etc.) qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle, ni qu’on leur parle de choix  personnel vis-à-vis des « piliers » de l’islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu’ils n’osent pas donner à leur propre conscience le droit de le remette en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge, et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !

Or cela de toute évidence n’est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l’Etat islamique. Non ce problème là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l’entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n’entend plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t’illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste l’islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam du passé dépassé, l’islam déformé par tous ceux qui l’instrumentalisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d’approfondissement spirituel ; des lieux où l’islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l’honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l’être humain et la réalité ultime qu’on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en Terre d’islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d’un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l’instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J’ai mon propre rapport à l’islam » n’a été reconnu par « l’islam officiel » des dignitaires. Ceux-là au contraire s’acharnent à imposer que « La doctrine de l’islam est unique » et que « L’obéissance aux piliers de l’islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d’un Bien et d’un Mal, d’un licite (halâl) et d’un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du jihad !

Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t’aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C’est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman… Je ne suis qu’un philosophe, et comme d’habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu’à faire resplendir à nouveau la lumière – c’est le nom que tu m’as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « Qui aime bien châtie bien ». Et au contraire tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime – tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

Une belle année 2015 s'annonce


Comme chaque année, le visuel de notre carte de vœux est créé par un artiste mulhousien. Nous la devons cette année à Jean-Jacques Delattre que nous retrouverons en juin pour une exposition conjointe avec Deniz Schneider.

Le temple est fermé pour les mois d'hiver à l'exception du concert d'ouverture du festival GeNeriQ avec Betty Bonifaci le 12 février 2015. Plus d'infos.

Nous nous retrouverons pour la première Heure Musicale le samedi 7 mars 2015.