Théologie pour les curieux - 7

Théologie pour les Curieux, c'est désormais aussi une bibliothèque théologique disponible au temple, constituée au fur et à mesure, soit d'ouvrages fondamentaux soit d'ouvrages d'actualité.

 Paru en 1998, un ouvrage prémonitoire qui interroge notre rapport à nos identités lorsqu'elles s'érigent en absolu et donc entrent forcément en conflit au lieu de leur rencontre.

À relire aujourd'hui que l'identité religieuse prétend résumer toutes nos identités.

Grasset, 1998, disponible au temple
 Dans la très belle série "Références", le Point livre ici un florilège de textes essentiels des trois grands "révolutionnaires" du Christianisme, qui ont chacun à sa manière interprété le message originel de Jésus.

Grasset, 1998, disponible au temple
Lorsque deux grand théologiens protestants se réunissent, l'un spécialiste de l'Ancien Testament, l'autre de l'histoire de la Réforme, cela donne un véritable manuel de compréhension de la culture biblique pour une introduction extrêmement documentée.

PUF, 2001, disponible au temple
Comprendre comment la spiritualité chrétienne s'est bâtie au cours des premiers siècles du christianisme, c'est ce que permet ce florilège de textes des Pères de l'Église, réunis ici par Pierre Prigent en chapitres thématiques.

Olivetan, 2008, disponible au temple
 Là où d'autres confessions chrétiennes se réunissent sur une même bannière, de Rome ou d'Augsbourg, les Églises protestantes réformées ("calvinistes") se caractérisent par la diversité de leurs confessions de foi, montrant ainsi qu'il est possible d'être en communion en comprenant la foi différemment en fonction des époques et des cultures.

Labor et Fides, 2000, disponible au temple
Dans le grand débat lancé par Albert Schweitzer à la suite d'Ernest Renan de savoir si Jésus se comprenait vraiment comme le Messie, Ch. Dodd est l'un des premiers à expliquer que Jésus se comprenait bien comme le Messie mais non pas dans une perspective de catastrophe à venir mais bel et bien d'une apocalypse déjà réalisée.

Le Seuil, 1972, en poche 1998, disponible au temple

GéNéRiQ au temple

Cette année à nouveau, nous aurons le plaisir d'accueillir l'ouverture du festival GeNeriQ avec deux concerts le jeudi 25 février à partir de 19h30.



ANGEL


France / pop cabossée


Avec des ailes dans le dos.
« Angel rêve de concert dans un train fantôme. Angel est un ancien membre des Bewitched Hands. Angel possède une voix céleste et porte des ailes sur scène ». Autant dire qu’Anthonin Ternant avait trop d’idées à la seconde dans sa tête qu’il a fallu lancer ce projet solo, entre pop naïve et folk intimiste. C’est doux, tendu et déglingué en même temps. C’est très bien.




LOUIS-JEAN CORMIER


Canada - pop poutine

Le routard de GéNéRiQ.
Il est inconnu en France mais au Canada, Louis-Jean Cormier est une vedette. Avec son groupe Karkwa, il a conquis le public rock . En solo, Louis-Jean se livre dans une pop intime de grands espaces. Il fera étape dans pratiquement toutes les villes du festival. Impossible à rater.


Entrée libre et gratuite

La théologie pour les curieux - 6

Samedi 23 janvier 2016

Les livres présentés

Le spécialiste de l'historiographie des images dans les religions qiu'est François Boespflug avait déjà analysé la question de la caricature en religion dans son ouvrage, Caricaturer Dieu ? Pouvoirs et dangers de l’image, paru en 2006. 

Dix ans après et au vu de l'actualité tragique de 2015 où la question de la représentation même de Dieu s'est révélée pour le moins problématique, il livre ici une analyse fine et extrêmement documentée propre à nourrir une réflexion intelligente, capable de dépasser les passions. 

Paru le 11 janvier 2016, Éditions Bayard - Essai (broché), 250 pp., 18.90€
 
Le refus absolu du "forcement des consciences" en matière religieuse nous paraît être un acquis de la modernité issue des Lumières, de Voltaire jusqu'à Charlie. C'est oublier que le concept apparaît à l'aube des guerres de religions en France en 1562 dans ce petit ouvrage de Sébastien Castellion, écrit dans l'urgence après "l'attentat" que constituait le massacre de protestants, perpétré par les troupes du Duc de Guise dans la grange de Wassy.

La guerre n'était pas une fatalité et la France aurait pu inventer une forme originale d'organisation religieuse. Redécouvrir aujourd'hui la pensée du précurseur du protestantisme libéral nous en montre la brûlante actualité et l'urgence de ce conseil à la France désolée.


Il s'agit ici de la republication de la première édition moderne de ce texte fondamental, aux éditions Droz en 1967. Droz, 1967, rééd. 2010, 80 pp., 8.01€

L'Ivraie, fauteuse de troubles, le genêt du désert, les risques et périls de la botanique biblique, autant d'entrées dans ce très beau livre, paru aux éditions toulousaines, Plumes de Carottes dans la série des herbiers.

C'est à la fois une exploration biblique et une description, tant botanique que spirituelle, des différente plantes évoquées dans la Bible. Les noms hébraïques de ces plantes sont à eux seul évocateurs. Superbement illustré de représentations des ces mêmes plantes dans l'art chrétien, cet ouvrage de Florence et Marie José Thinard est une invitation au jardinage.

Plume de Carottes, 2014, 49€



 Sous-titré "Quête de l'humanité commune", cette recherche d'un "christianisme crédible" de la part d'un évêque académicien et de deux éminents représentants de la philosophie catholique contemporaine est particulièrement stimulante.

Ils interrogent la vitalité de la spiritualité chrétienne au moment où elle est bousculée par l'indifférence en même temps que par la résurgence d'une compréhension totalitaire du monde. Les ouvertures du Pape François servent ici de base à une revitalisation chrétienne dans une perspective catholique.

Éditions du Cerf, 2015, 2010 pp., 15€





 Le protestantisme est une chose trop importante pour le laisser aux protestants. C'est tout l'intérêt de cette série "Apprendre à philosopher avec..." des éditions universitaires ellipses que de confier l'exposition d'un sujet d'un point de vue strictement informatif à un non spécialiste, ici Mériadek Darcel de l'École Normale Supérieure.

C'est ainsi un résumé efficace des grandes caractéristiques, tant historiques que théologiques des réalités protestantes qui permet à tout un chacun de disposer du socle de base pour comprendre les enjeux de ce qui fonde l'identité protestante aujourd'hui.

ellipses, 2015, 154 pp., 12€




Le Christianisme n'est pas tombé du ciel et sa constitution aux premiers siècles de notre ère est un objet historique de première importance qui mobilise des questions politiques, sociales ou économique autant que religieuses. 

L'historien Enrico Norelli, professeur à l'université de Genève, fait le point sur l'élaboration progressive d'un système de pensée qui va, à la fois s'adapter aux réalités de l'Empire romain et le subvertir profondément jusqu'à le transformer radicalement pour en faire le monde chrétien dont nous sommes encore les héritiers.

 Bayard, 2015, 382 pp., 21.90€

Mia Madre. Comment être à côté de son personnage.

Si la définition d'un chef-d’œuvre n'est pas seulement d'ordre esthétique ou émotionnel mais est la démonstration des qualités techniques et artistiques d'un auteur, alors Mia Madre est bien un chef-d’œuvre.


Nanni Moretti mêle ainsi de manière virtuose le récit d'épisodes de vie qui nous sont largement communs comme la rupture sentimentale, la transmission familiale, la perte d'un être cher, l'accompagnement vers la mort ou les difficultés professionnelles avec une interrogation majeure sur l'art du cinéma. En nous montrant dans une même séquence, le résultat et l'artifice qui permet de parvenir à sa représentation, en nous introduisant dans les doutes d'une réalisatrice toute puissante sur son plateau et pourtant traversée par le doute permanent et ne sachant pas très bien elle-même ce qu'elle veut dire quand elle demande à ses acteurs «d'être à côté de ton personnage », Moretti nous associe à sa réflexion personnelle sur la vie.


Une vie faite d'entrelacs de complexité qui ne sont pas ici hiérarchisées justement parce qu'elles se présentent toutes dans la même urgence, avec la même importance. L'apprentissage du scooter par Livia peut paraître superficiel au regard de la fin de vie de sa grand-mère, Ada ou des difficultés que rencontre sa mère Margherita pour finir son film mais c'est important pour elle et le reconnaître, c'est une manière d'affirmer qu'il faut accorder de l'attention à l'autre.


C'est la prise de conscience principale pour Margherita qui lui est imposée abruptement par son ancien amant, plus malicieusement par son frère Giovanni et très délicatement par Ada lorqu'elle lui apprend que sa fille a eu une déception amoureuse dont elle ne s'était même pas rendu compte. Il en va de même pour son film où elle en attend trop de l'acteur soi-disant génial sans faire attention à ses difficultés.


Elle qui veut faire de l'art en demandant à ses acteurs de ne pas être seulement leur personnage mais aussi de rester visibles en tant que personne, en tant qu'acteurs, comprend qu'elle est en train de passer à côté des autres. À côté de sa fille, à côté de sa mère mourante, à côté de son film, à côté de sa vie finalement.


Mia Madre est le récit de ces petits choix permanents qui déterminent ce qui est important. Lorsqu'elle apprend, au moment du tournage d'une scène essentielle, que sa mère vit ses derniers instants, elle prend le temps de finir la scène, non par égoïsme qui lui aurait été pardonné, mais parce qu'elle fait maintenant attention à ses acteurs, contrairement au début du film. C'est aussi parce qu'elle sait avoir vécu ce qu'il fallait avec sa mère et qu'elle peut maintenant la laisser aller en paix.


C'est une leçon d'un cinéma qui parle de l'ordinaire de l'existence sans cacher ses propres dispositifs techniques en nous emmenant, parfois sans transition sur les chemins du rêve et de la réalité, sans que l'on puisse bien les distinguer. C'est aussi une leçon de vie où l'attention à l'autre est le plus court chemin pour aller vers soi-même.

La théologie pour les curieux - 5

Samedi 9 janvier 2016

Les livres présentés


 Dans cet ouvrage initialement paru en 2006, le futur auteur de la Lettre ouverte au monde musulman (2015) se raconte ou plutôt raconte sa double culture, sa double appartenance qui n'en est en fait qu'une seule. Les deux univers qui le fondent, la philosophie occidentale contemporaine et la culture musulmane, ne font pas de lui un être tiraillé ou schizophrène mais un éveilleur fécond.

Il lui aura fallu s'approprier l'islam dans une démarche personnelle, y exercer son sens critique et exprimer ses choix. Une démarche qui est finalement celle de toute personne en recherche qui n'a jamais à se soumettre à une tradition ou une religion en bloc.

Les évènements de 2015 ont conduit à cette réédition augmentée d'une postface où il nous invite à une respiritualisation du monde en dehors du religieux.


Date de parution 07/01/2016
Points Essais
208 pages - 7.80 € TTC

 L'académicien Goncourt Didier Decoin ne cache pas sa foi née d'une révélation soudaine comme celle de Claudel ou de Blaise Pascal. Mais son œuvre a toujours été imprégnée de foi et de sens de l'humanité.

Son dictionnaire s’inscrit dans la veine des récits de la Bible ou plus exactement des récits qui nous racontent la Bible à travers divers épisodes ou personnages mais avec le regard du romancier scénariste qu'est Decoin qui nous entraîne avec lui.

Cette nouvelle édition du dictionnaire est réduite par rapport à la précédente mais augmentée d'une riche iconographie qui fait de l'ouvrage une pépite indispensable.
Gründ, Paris;  Plon , Paris; collection Dictionnaire amoureux, novembre 2015, 282 pages, 29.95€

 Réédition en poche de l'échange épistolaire mené entre 1995 et 1996 entre Mgr Carlo Maria Martini, évêque de Milan, que l'on voyait à l'époque papabile, et le sémiologue Umberto Eco, journaliste, romancier et maître de rhétorique.

L'échange exigeant et respectueux entre celui qui représente une institution prétendant parler de Dieu sinon en son nom et celui qui ne se sait ni croyant ni incroyant mais se revendique laïc et estime ne pas avoir besoin de la foi pour mener une vie la plus digne possible.

Rivages Poche / Petite Bibliothèque, Numéro : 238, Paris, 2015 (1ère édition 1998), 110 pages, 7,65€.


 
Premier homme, Adam ? ou plutôt description de l'homme dans tous ses travers et ses fulgurances ? Antoine Nouis, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Réforme se livre ici à une méditation très accessible, au détour du texte pour nous montrer un Adam moins brut que d'habitude.

Toute la tension de l'humanité y est décrite, déjà dans ces ingrédients étranges que sont le souffle et la poussière. Comme si le récit nous disait que nous sommes à la fois l'un et l'autre.

Empreinte temps présent, Paris, octobre 2015, 120 pages, 9€






Il ne s'agit pas ici tant d'une confrontation entre Socrate et Jésus mais d'un dialogue serein et bienveillant entre deux forme de sagesse qui à aucun moment ne s'excluent mais s'enrichissent. 

C'est à un voyage en philosophie que nous convie l'auteur mais d'une plume complice qui nous parle de théâtre, de Dante, de liberté et du tragique de l'existence à travers ces deux destins tragiques s'il en furent, dans l'esprit des Vies Parallèles où les points communs et les concordances entre ces deux vies se révèlent fécondes pour une sagesse contemporaine.

Empreinte temps présent, Paris, octobre 2015, 264 pages, 18€

El Club ou la repentance impossible

Le film de Pablo Larraín est une exploration sans concession de la possibilité ou non de la repentance.


Les prêtres reclus dans cette maison misérable des bords de mer ont chacun leur poids de culpabilité hormis celui qui souffre d'une sénilité précoce. Même la religieuse qui les surveille et les protège recèle sa part d'ombre. Entre l'homosexuel, le compromis avec les crimes de la dictature militaire et le trafiquant d'enfants pour la bonne cause ne manquait plus que le pédophile avéré.

C'est par ce dernier que va arriver le scandale, par la dénonciation en pleine rue par une ancienne victime, Sandokan du père Lazcano. Le suicide de ce dernier va entraîner la venue du père Garcia dont la mission est de vérifier que les prêtres reclus depuis tant d'années ont compris la gravité de leurs actes et ont connu une forme de repentance. L'objectif étant de les réintégrer si possible s'ils ont fait acte de contrition et de repentance.

Aucun d'entre eux ne se reconnaît coupable de quoi que ce soit. Chacun expose tranquillement les raisons de ses actes dans un dispositif où le spectateur devient celui qui écoute l'exposé des arguments, des justifications voire des menaces.

Rarement un film n'aura eu une forme technique aussi cohérente avec son propos. Le traitement de l'image, la mise en scène de chaque dialogue comme la dramaturgie sacrificielle de la chasse à l'homme dans un processus typiquement du bouc émissaire nous place au cœur, non pas de l'action mais du dilemme moral du père Garcia.

Ébranlé dans ses certitudes, ce dernier n'est pas exempt d'ombres et les rapports pour le moins ambigu qu'il entretient avec la victime nous le montrent comme sur une ligne de crête sans jamais vraiment savoir de quel côté il va pencher.

C'est aussi un film sur les corps, le rapport de chacun de ces prêtres à son corps, tiraillés entre leurs désirs, sublimés ou non, en désir de violence subie ou infligée. Ou dépossédé de sa corporalité, et donc indifférent à sa propre déchéance comme Sandokan au point de trouver normal les abus qu'il dénonce.

Mais la violence est morale et définitive. C'est au sacrifice ultime qu'il faut consentir pour préserver la tranquillité de tous, une perte qui passera par le sacrifice de ce qu'ils ont de plus cher: non pas leur âme ni leur conscience mais leur chien. Parvenus au paroxysme de la violence, peut-être que Dieu peut pardonner mais il ne peut y avoir nul pardon humain et ils vont découvrir leur propre enfer quand ils seront contraints d'accepter celui qui est leur pire cauchemar parmi eux.

La force de Larraín est de ne jamais être dans le jugement explicite. Pourtant même s'il s'en défend et s'il a tenté d'exposer les motifs de façon neutre, revendiquant la liberté d'interprétation du spectateur, les atmosphères glauques et les regards en fuite induisent la condamnation à laquelle le témoin que nous sommes ne peut que souscrire.

Un film rare et d'une intensité extraordinaire dont les dialogues sont un fabuleux exercice de déni de toute forme de repentance.

La théologie pour les curieux

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le protestantisme, la religion, les rites, les pratiques sans jamais oser le demander.

Les samedis matin au temple Saint-Étienne, place de la Réunion à Mulhouse.

Le roman de la Bible d'après Christine Pedotti.

Un problématique retour aux sources 

Surprenants hors de leur emballage religieux banalisé par les siècles, le meilleur et le pire de la Bible sont contés avec autant de verve que d’empathie, restitués dans leur contexte ethnologique, géographique et historique d’origine. L’ouvrage se lit effectivement comme un roman. Étrange impression de redécouvrir ainsi de très vieilles histoires maintes fois entendues, qui mettent en scène la tendresse et la dureté des hommes, notre sublime et triviale condition aux prises avec le ciel.

L’incroyable épopée des premiers livres bibliques réécrits par Christine Pedotti laisse le lecteur à la fois fasciné et perplexe. Simple monument littéraire ou texte sacré qui révèle La Vérité ? Comment passer des prodiges du religieux archaïque à nos quêtes spirituelles d’aujourd’hui ? Est-il pensable que nous soyons les héritiers d’Abraham, l’« Araméen errant » qui a établi le monothéisme, de Moïse réputé pour avoir libéré son peuple de l’esclavage et instauré la Loi du Sinaï, et des innombrables autres héros du Premier Testament ? Où est notre terre promise et quel est notre dieu ?



Christine Pedotti se réfère, en exergue de son livre, à La Légende des siècles de Victor Hugo pour affirmer que les grands récits fondateurs de l’humanité ne sont « pas moins vrais » que les productions de l’histoire prétendue objective, elles aussi sous-tendues de conjectures. Cette intuition permet de croire que la trame narrative et la puissance poétique des Écritures dites saintes peuvent dévoiler, à travers les événements et les mythes qu’elles relatent, des vérités qui transcendent le vécu réel et ses métamorphoses imaginaires. Des vérités symboliques qui échappent non seulement au scalpel de l’analyse historico-critique comme aux autres instruments des sciences humaines, mais également à la mainmise religieuse qui les fige et les chosifie en les sacralisant sous la forme de doctrines immuables. Un horizon que nul ne peut atteindre, mais que dessine en filigrane la créativité des interprétations, des transpositions et des rêves que la Bible ne cesse de susciter pour que, de la lettre qui est son indispensable et modeste véhicule, jaillisse une parole capable d’alimenter et de transmettre la vie.



Pressentir un ordre de vérité en amont des récits et des assertions scripturaires ne dissout cependant pas les questions qui, stimulées par la vulgarisation biblique, bousculent les croyances traditionnelles. Quels messages privilégier ou, au contraire, délaisser ? Qui peut croire en cette divinité tribale et jalouse des Hébreux qui ne se préoccupait guère que de ses adorateurs et s’est accommodée de fort choquants stratagèmes ? Se peut-il qu’un dieu réputé plein de miséricorde se soit si souvent montré injuste et cruel ? Comment l’alliance exclusive conclue entre lui et les siens a-t-elle pu fonder ce qui a par la suite été présenté comme Parole intemporelle et universelle de Dieu, et qui continue à être acclamé comme tel dans nos églises ? La sacralisation de textes ethno-religieux n’induit-elle pas une instrumentalisation sociopolitique des croyances qui porte à méconnaître, d’une religion à l’autre et hors d’elles, le caractère sacré de toutes les valeurs authentiquement humaines ? Rendre la Bible aux consciences individuelles et collectives ne va pas sans problèmes…


Un héritage à repenser pour aujourd’hui


Avec de tels enjeux, la publication de Christine Pedotti constitue bien plus qu’une trouvaille éditoriale. Elle émerge à un carrefour crucial pour la foi : alors que celle-ci ne saurait survivre sans ses racines communautaires et personnelles, nous ne pouvons plus croire – et le monde ne croira plus – ce que nos pères ont cru en termes de dogmes et de normes morales. Dès lors s’avère-t-il incontournable de revisiter notre héritage religieux en vue de le repenser à frais nouveaux, en son fond et en rapport avec l’évolution des savoirs et des conceptions anthropologiques. Loin de se réduire à trier ce patrimoine pour préserver les croyances qui paraissent encore crédibles, ce travail exige des avancées audacieuses pour construire, en sauvegardant l’essentiel des vérités et des valeurs léguées par le passé, un nouvel univers symbolique significatif pour nos contemporains. La Terre promise se situe toujours au-delà du pays natal, et la fidélité mène à l’inédit – il faut se libérer et s’ouvrir, marcher et marcher encore, chercher et combattre
 

L’aventure n’est pas anodine tant elle est radicale et bouleverse les doctrines et les pratiques établies. Il est, par exemple, incontestable que les visages contradictoires prêtés à Dieu dans la Bible nous renseignent plus sur l’homme que sur la divinité, et que c’est d’abord par l’absolue condamnation de toute forme d’idolâtrie que, de façon foncièrement indicible, Dieu s’est révélé dans les Écritures juives – sévère avertissement pour les religions ! D’autre part, s’il faut reconnaître que la Parole divine est inaccessible en elle-même et que la Révélation s’exprime à travers la production littéraire des Écritures plutôt qu’à travers les faits plus ou moins légendaires qu’elles rapportent, peut-être convient-il d’admettre que les transcriptions historiques de cette Parole sont multiples et toujours relatives, au sein de la tradition judéo-chrétienne et par ailleurs – invitation à un œcuménisme sans clôtures ! Enfin, si la lecture de la Bible ne prolonge et n’incarne pas la Parole créatrice et libératrice de Dieu, si le savoir qui en résulte n’engage pas à lutter pour la justice et la paix, cette lecture apparaît stérile et vaine au regard de nombreux préceptes bibliques – aussi religieuse soit-elle.
 

Il ne s’agit pas de revenir à une religion holistique qui prétend englober toute vérité, mais de repartir des commencements primordiaux qu’offre l’inspiration religieuse pour éclairer nos chemins vers l’ultime vérité qu’aucune Écriture ne peut contenir et que personne ne peut saisir. C’est pourquoi la considérable œuvre théologico-littéraire entamée par Christiane Pedotti dans ce roman de la Bible est précieuse. Les récits les plus prometteurs et les plus attendus par les chrétiens sont, dans cet ensemble biblique qui forme un tout, ceux relatifs aux prophètes d’Israël qui ont été les précurseurs de ce Jésus de Nazareth dont la vie et la mort ont éminemment incarné, selon eux, la Parole qui ouvre une part de ciel au cœur du monde.
 

Jean-Marie Kohler