LA
RÉFORME PROTESTANTE, PARTICULARITÉS MULHOUSIENNES
Roland
Kauffmann, pasteur, Saint-Étienne Réunion, Mulhouse
Annuaire historique de Mulhouse, t.30, 2019, pp. 9-16
Permettez-moi,
avant toute chose de remercier Monsieur le Conservateur du Musée
historique, Joël Delaine et ses équipes, d'avoir tenu à ce que,
dans le cadre de l'exposition « Waldner
de Freundstein. Une famille chevaleresque de Haute-Alsace »,
qui se tient ces lieux jusqu'en janvier prochain, nous puissions
réfléchir ensemble à cette particularité mulhousienne qu'est son
protestantisme. Ma reconnaissance va également à Monsieur Maurice
de Waldner, l'initiateur avec Joël Delaine, de cette exposition et
auteur de ce petit ouvrage très intéressant qui a donné son titre
à l'exposition. Nous sommes en fait en parfaite cohérence, d'autant
plus que le temple Saint-Étienne abrite un cénotaphe de la famille
Waldner.
Car
les Waldner de Freundstein sont protestants et, bien que le berceau
de la famille se situe dans les environs de Soultz, c'est à
Mulhouse, dans la Stephankirche
que seront baptisés de nombreux enfants de la famille. Nous sommes
déjà là au cœur de notre sujet : comment se fait-il et
surtout pourquoi ?, une famille typique de la noblesse
alsacienne a-t-elle éprouvé le besoin de se faire bourgeois
de Mulhouse,
et que ses membres y soient baptisés voire enterrés. C'est cette
question surprenante au vu de l'histoire de la ville. Rappelons ici
rapidement que Mulhouse a chassé ses nobles en 1441 et surtout, la
même année, a attaqué le château des Waldner pour régler un
différend commercial opposant Jean de Zu-Rhein à des bouchers
mulhousiens. Les Waldner possèdent bien des châteaux et maisons en
Alsace. Pourquoi donc Philippe-Jacques 1er
y a-t-il acquis une maison située sur l'actuelle Place des
Tonneliers vers 1650 ? Une demeure qui n'est pas de pure
convenance si l'on en juge par la glorieuse épitaphe de Frédéric
Louis II justement au temple : « Ici
est enterré un ornement de la noblesse alsacienne Frédéric Louis
Waldner de Freundstein, de la dynastie de Schweighouse, Berwiller,
Bergolzwiller et Sierentz. Doué par les muses et les vertus, actif
aux résidences des princes électeurs et des
cours des empereurs, ambassadeur de Louis XV, émérité par la
bienfaisance. Cinq fils et quatre filles survivent au père.
Mulhousiens, par la naissance ou par la fatalité, combien est
éprouvée notre ville, qui voit quitter le monde l'avantage qui lui
fut attitré. »
La « bienfaisance » de celui qui fut ambassadeur du duc
de Wurtenberg et en même temps de Louis XV auprès de l'empereur
Charles VI d'Autriche et mort en 1735 est un signe de la
participation effective des Waldner à la vie de la République de
Mulhouse.
Pour
répondre à cette question, il m'a paru nécessaire de faire une
rapide présentation d'abord du contexte de la Réforme dans son
ensemble, puis de la Réforme à Mulhouse et enfin de l'histoire des
Waldner. Bien évidemment aucune de ces trois parties ne sauraient
être définitive ni exhaustive, je me bornerai ici à de courts
rappels.
La
réforme protestante, un bouleversement religieux, social et
politique en Europe
Il
faut toujours se rappeler que lorsque Martin Luther affiche le 31
octobre 1517 ses fameuses thèses sur la porte de l'église de
Wittenberg, il n'a pas conscience des conséquences de son geste.
Sinon il y a fort à parier qu'il ne l'aurait pas fait, et surtout ce
n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu, une catastrophe qui
briserait la paix religieuse.
La
Réforme protestante du XVIe
siècle est en réalité le résultat de mouvements bien plus anciens
qui ont pour la plupart en commun la contestation du pouvoir et/ou de
la richesse de l'Église de Rome. Déjà le mouvement franciscain est
l'une de ces contestations virulentes. D'autres comme celle des
« pauvres
de Lyon »
au XIIe
siècle ont été persécutées. Savonarole est brûlé en 1498. Dans
le domaine des idées, les Humanistes, depuis Pétrarque ou encore
Érasme, contestent l'autorité spirituelle de l'Église tout en
veillant à lui rester fidèles. Les princes enfin ne craignent plus
l'excommunication. Il est loin le temps de Canossa où l'empereur
Henri IV dût aller s'humilier en 1077 devant le pape Grégoire VII.
Ce qui va assurer le succès du mouvement luthérien, ce n'est pas
tant la vérité doctrinale que le désaveu, unique dans l'histoire,
de l'Église de Rome exaspérant à la fois les peuples et les
puissants. Le brasier était prêt et Luther en a été simplement
l'étincelle.
La
Réforme se caractérise par une opposition à l'Église
traditionnelle. Alors que traditionnellement, l'individu est réputé
capable de s'améliorer, d'acquérir des mérites lui ouvrant la voie
du salut dispensé par l'Église uniquement, le protestantisme va
affirmer au contraire l'incapacité radicale de l'homme de se
repentir et d’accéder au salut. Celui-ci est le fait de la seule
grâce, gratuite, unique et inconditionnelle de Dieu, manifestée sur
la croix et par la résurrection. L'individu protestant n'est plus au
bénéfice des œuvres de l'Église, il est érigé en interlocuteur
direct et responsable devant Dieu. C'est une inversion radicale de ce
que l'on appelle « l'économie du salut », c'est-à-dire
quelles sont les voies qui permettent d’accéder au monde qui succède
à l'actuelle vallée de larmes. C'est en ces termes que se pose le
débat au XVIe
siècle.
La
débauche permanente, l'appétit de pouvoir et les luttes internes à
l'Église achèvent de décrédibiliser cette dernière comme étant
effectivement garante de la vie éternelle. Pour le dire un peu
trivialement, on pourrait dire, à voir l'Église de Rome de cette
époque, « s'ils
vivent ainsi ici-bas et font si peu de cas de la décence et de
l'humanité, qu'est-ce que ce sera au paradis ».
Retenons cette revendication de cohérence entre le message et la vie
ainsi que ce climat d'inquiétude existentielle quant à la garantie
d'obtenir le salut, ce sera fondamental dans l'adhésion de Mulhouse
à la Réforme. Mais avant d'en venir à Mulhouse, un dernier point
sur l'évolution du protestantisme en Europe.
Il
va très rapidement se différencier en trois grandes familles
opposées entre elles. D'abord évidemment le protestantisme
luthérien qui va être formalisé par la Confession d'Augsbourg de
1530. L'Empire conclura en 1555, la paix d'Augsbourg, bien connue
pour le fameux « Cujus
Regio, Ejus Religio », autrement
dit, à chaque principauté la religion de son prince. Un point à
retenir car il sera déterminant dans l'histoire des Waldner. Seconde
grande famille, le protestantisme radical des anabaptistes, persuadés
comme les luthériens de l'imminence du retour du Christ et donc
aspirant à l'instauration effective du Royaume de Dieu sur terre.
Cette famille est marquée par la guerre des paysans de 1525 et la
théocratie de Münster de Jean de Leyde écrasée en 1535. Elle se
continue aujourd'hui avec les mouvements protestants dits
« évangéliques ». La troisième famille est celle des
« Helvétiques ». Je n'oppose pas ici les « calvinistes »
aux « luthériens ». Ce n'est pas une précaution
diplomatique, aujourd'hui que nos Églises sont unies, mais il faut
insister sur le fait que Jean Calvin n'est pas le grand leader
réformé que l'on croit quand on se situe dans une perspective
française contemporaine. Calvin fait partie du courant des
réformateurs suisses au même titre qu'un Œcolampade, un Bullinger
ou un Ulrich Zwingli pour le côté germanophone ou un Farel côté
francophone.
Ce
qui va opposer les helvètes aux luthériens, c'est d'abord
évidemment l'histoire nationale. Les Suisses sont en lutte contre
les Habsbourg et leur destin n'est déjà plus dans l'Empire alors
que les luthériens vont avoir partie liée avec celui-ci. La
séparation doctrinale va se faire sur deux points et sera
extrêmement violente, d'abord le statut des confessions de foi puis
celui de la présence réelle dans l'eucharistie.
Pour
le dire très rapidement, les luthériens acceptent le principe d’ubiquité de Dieu, ou plus exactement du Christ, c'est-à-dire
qu'il peut être physiquement présent au ciel et dans les espèces
de l'eucharistie alors que les helvètes considèrent que les espèces
ne sont que des représentations
du Christ, qu'elles ne le contiennent pas et c'est ce que dit
magnifiquement la confession de Mulhouse « nous
n'adorons pas Christ dans ces signes que sont le pain et le vin (…)
le Christ que nous adorons est dans les Cieux ».
Nous avons là le critère absolu de différentiation entre les
Églises luthériennes et les helvétiques.
Je
viens de faire mention de cette « confession de foi de
Mulhouse » ! C'est une autre différence entre luthériens
et helvètes : chaque canton suisse, chaque ville, peut se doter
d'une confession alors que les luthériens doivent adhérer à la
Confession d'Augsbourg. Mulhouse va reprendre en 1537 les termes de
la Confession de Bâle de 1536 en y retirant l'excommunication et y
ajoutant la notion d'élection. Mulhouse à cette époque ne peut en
aucune manière être qualifiée de « calviniste »,
Jean Calvin n'étant qu'un réformateur parmi d'autres, actif à
Genève.
Mulhouse n'adoptera jamais de confession « calviniste »,
elle adhère en 1566 à la Confession helvétique postérieure comme
tous les cantons suisses réformés (i.e. non luthériens).
Elle ne peut pas non plus être qualifiée de « luthérienne »
pour les raisons doctrinales que j'expose ici.
Une
revendication de probité et de sincérité
La
réforme à Mulhouse n’est pas l’œuvre de réformateurs
extérieurs mais d’un natif, en 1490, de la ville, Augustin
Gschmus, chapelain de l’église Saint-Étienne qui, jusqu’à sa
mort en 1543 veillera sur l’établissement de la Réforme.
Le
greffier (bourgmestre) Jean-Oswald Gamshart consolidera l’alliance
entre le temporel et le spirituel, c’est lui qui établira la
discipline ecclésiastique et imposera cette discipline à l’ensemble
de la population. En 1512, après un voyage à Rome, il en revient
profondément meurtri par la débauche des ecclésiastiques. Dans le
même temps, plusieurs scandales dans les couvents défraient la
chronique mulhousienne. On ne compte plus les concubines des moines
ni les ivresses publiques des prêtres tant séculiers que réguliers.
Enfin,
le premier à prêcher l’évangile sera Nicolas Prugner, prieur de
l’ordre des Augustins, comme Luther, en 1522 et, comme Luther, il
commence par des cours sur l'épître aux Romains.
Notons que ce sont tous
trois des humanistes, Prugner est l’ami personnel d’Érasme qui
vit alors à Bâle. Des humanistes qui n’ont jamais rompu
complètement avec Érasme, ce qui nous donne déjà une forte
indication sur la tendance libérale, l’affirmation de la liberté
de conscience, qui va caractériser le protestantisme mulhousien
jusqu’à nos jours. Et a fortiori, séparer encore Mulhouse du
luthéranisme en raison de la controverse violente entre Luther et
Érasme à propos de la question du libre-arbitre en 1525.
L’ordonnance
du 29 juillet 1523, « Nous,
bourgmestre et Conseil de la Ville de Mulhouse, faisons savoir à
tous et à chacun, tant ecclésiastiques que laïcs, bourgeois et
habitants de cette ville, quelque soit leur dignité et leur état,
que le chrétien est lié
à la Parole de Dieu, qu’il ne doit attendre son salut que de cette
Parole et qu’il est tenu d’y conformer
sa vie à la doctrine qui y est renfermée »
contient toutes les caractéristiques protestantes.
L'Église
traditionnelle ne pouvant plus garantir l'accès au salut, toute la
Réforme est contenue dans l'affirmation de la prééminence de la
révélation de Dieu dans ce qui est ici appelé la « Parole de
Dieu » à savoir la Bible. En effet l'ordonnance continue «
nous (…) voulons que nos prêtres et clercs (…) n'enseignent et
n'annoncent que le Saint Évangile et la doctrine du Christ, ou tout
ce qui est contenu dans l'ancien et le nouveau testament »,
et tout cela en allemand, la langue vernaculaire. Il s'agit de rompre
avec l'enseignement de la scolastique, la théologie de Saint-Thomas
et son inspiration aristotélicienne recherchant la concordance entre
la raison et la foi. Mais il faut noter que ces considérations
doctrinales ne sont pas la principale motivation, l'objectif est
« que
Dieu soit loué, que le peuple soit amélioré, la charité et la
concorde chrétienne raffermies et qu'ainsi les fruits de la Parole
divine croissent plus richement et dans toute leur diversité ».
Que
le peuple soit amélioré, charité et concorde, diversité des
fruits de la Parole, sous entendues la diversité des bénédictions
qui ne manqueront pas de venir sur une ville qui cherche à respecter
la loi et les commandements. Une série d'ordonnances concernant la
moralité publique viendra donner à Mulhouse son caractère
d'austérité des mœurs et créer un climat propice aux affaires et
au commerce en général. Cet état d'esprit est une des conditions
de l'émergence aux siècles suivants de la fabricantocratie
mulhousienne. La
veille de Noël 1528, la messe est définitivement abolie,
Mulhouse est entièrement protestante jusqu’au 15 mars 1798
et
son inclusion dans la République française.
Si
l'on veut bien regarder un instant l'image de la foi protestante
telle qu'elle apparaît dans la confession de foi mulhousienne, on
obtient une représentation intéressante des particularités
mulhousiennes, et bâloises puisque la confession est quasiment
identique.
Avant
tout elle est brève et ne se prononce pas sur les controverses
doctrinales. Contrairement aux autres confessions de foi du XVIe
siècle, l'on n'y trouve pas l'écho de négociations entre diverses
branches réformées ou avec les catholiques. Odile Jurbert,
et je la rejoins largement sur ce point, fait remarquer qu'il s'agit
d'une confession municipale, destinée à être acceptée par
l'ensemble de la population et non pas destinée à une assemblée de
clercs habitués à la controverse. Il est inutile d'entrer dans les
détails alors que les confessions d'Augsbourg ou de La Rochelle,
pour le monde français, ont une fonction de défense illustration de
la foi face à des adversaires.
Il
y apparaît cependant clairement un choix entre les différentes
options que j'évoquais tout à l'heure : l'article sur la cène
se démarque clairement du luthéranisme, l'article sur l'Église et
celui sur les règles de vie se distinguent nettement du catholicisme
tandis que le dernier article est une condamnation ferme de
l'anabaptisme. Elle se caractérise vraiment par une sorte de
modération, de tranquille confiance en soi. Une Confession est une
forme d'affirmation de l'identité d'une ville. À cette époque,
l'idée dominante est bien celle d'une nécessaire unité de la foi à
l'échelle de la ville, gage des bénédictions que le Dieu vivant ne
manquera de donner à la ville sainte.
Il
est attendu de tous les bourgeois qu'ils adhèrent à la Confession
de foi mais il est significatif que la première version se distingue
de la Confession de Bâle en refusant le principe de
l'excommunication qui vaudrait également exclusion de la cité.
C'est là une quasi exception à l'époque. En effet, les pasteurs
souhaitaient conserver cet article et c'est le Conseil qui s'y est
refusé, se souvenant de l'utilisation que pouvaient faire les
évêques de cette disposition. Le Conseil ne voulait pas remplacer
une domination religieuse par une autre et entendait garder
l'autorité en matière morale et judiciaire.
Si
l'on prend simplement les différences qui font de Mulhouse une
Église particulière, c'est donc notamment la question de la cène
qui ici n'est pas qualifiée de « simple mémorial »,
contrairement à Zwingli, mais bel et bien de « présence
réelle » mais une présence déjà toute symbolique.
Dès l'édition de 1537, il est dit que « de
même que dans le baptême, l'eau reste de l'eau (…) le pain et le
vin restent bien du pain et du vin »,
cette simplicité est encore renforcée avec l'ajout de 1580. Ce qui
est fondamental, c'est de considérer que les espèces ne sont jamais
autre chose que des « signes » et que « nous
n'enfermons pas (le corps naturel, véritable et essentiel de Christ,
qui est né de la sainte Vierge) dans le pain et le vin du
Seigneur. »
Il y a là une distinction, extrêmement moderne entre le signe et ce
qu'il représente. La préoccupation mulhousienne est de revenir à
la loi et aux prophètes, c'est-à-dire un rejet ferme et définitif
de tout ce qui peut être assimilé aux superstitions et à toutes
les formes d’idolâtrie.
Mulhouse
se distingue aussi bien de ce qui sera plus tard le calvinisme dans
sa compréhension de l'homme : il est certes « si
enclin au péché qu'il est incapable de faire le bien »
il n'y a pas cependant pas de trace de prédestination dans la
Confession de foi puisque « c'est
par sa propre faute que l'homme a succombé au péché »
et non pas en vertu d'une décision de Dieu antérieure même à la
création du monde.
Une
destinée protestante
Et
les Waldner à Mulhouse ? Les Waldner sont de fidèles
serviteurs de la noblesse impériale, notamment de la famille des
Habsbourg d'Autriche. Militaires ou ambassadeurs, ils prennent part à
de nombreuses batailles, notamment celle de Sempach le 9 juillet 1386
qui est la première grande victoire des confédérés contre les
Habsbourg. La généalogie de la famille est complète jusqu'en 1235,
c'est à cette date qu'apparaît le premier seigneur du château du
Freundstein « Kraft de Guebwiller », la ruine du
Freundstein appartient toujours à la famille et la ferme auberge du
même nom est située dans l'ancienne métairie.
En
1273, Rodolphe IV, comte de Habsbourg, devient empereur du Saint
Empire Romain Germanique et fixe sa capitale à Ensisheim fondant
ainsi ce que l'on nomme « l'Autriche antérieure ». Les
Waldner vont servir la maison d'Autriche jusqu'à l'annexion de
l'Alsace par la France en 1648 après les Traités de Westphalie
mettant fin à la Guerre de Trente Ans. Avec l'Empire ils participent
aux guerres d'Italie. Le premier Waldner servant le roi de France est
Jean-Jacques IV mort à Marienthal sous les ordres de Turenne en
1645. Un autre célèbre Waldner, Christophe, participe à la défense
de l'île de Rhodes contre les Turcs en 1522.
Le
premier Waldner devenu protestant est Jacques-Christophe, né en
janvier 1528 à Ensisheim, capitale des Habsbourg et mort à Bâle en
1588. Il devient précepteur à la cour du duc de Wurtenberg à
Montbéliard en 1556. En vertu du Cujus
Regio, Ejus Religio,
le pays de Montbéliard est luthérien comme le sont les ducs de
Wurtenberg, en opposition avec l'Autriche antérieure, catholique
puisque possession des Habsbourg. À partir de Jacques Christophe
tous les Waldner seront protestants et viendront soit à Mulhouse
soit à Bâle baptiser leurs enfants mais pourquoi dans des villes
réformées et pas dans la ville luthérienne de Montbéliard ?
Ni à Colmar, autre ville luthérienne ?
Nous
avons dit que les Waldner était des militaires, or l'alliance de
Mulhouse avec la Confédération permettait à ses bourgeois
d'intégrer les régiments suisses du Roi de France, gage de
carrière. Ainsi Christian Frédéric Dagobert (1712-1783) participe
aux campagnes de Flandres, Tournay, Fontenoy et à la Guerre de Sept
Ans côté français. Christian Frédéric Dagobert est le fils de
« notre » Frédéric Louis II enterré au temple
Saint-Étienne.
Les
Waldner s'installent à Mulhouse dans la seconde moitié du XVIIe
siècle, dans cette République qui est depuis 1648 une enclave à
l'intérieur de l'Alsace désormais française. Alliée aux cantons
suisses et donc en paix perpétuelle avec la France depuis 1515,
protestante et donc épargnée par les Suédois, Mulhouse a été
épargnée par la Guerre de Trente Ans et en a tiré un large profit
économique : « une
prospérité merveilleuse ».
La période d'établissement des Waldner coïncide avec
l'extraordinaire développement des ateliers disséminés dans la
ville jusqu’en 1746, date « fondamentale
de l’histoire mulhousienne »
avec la fondation de la 1ère
manufacture d’impression sur tissus par Jean-Jacques Schmaltzer,
Samuel Koechlin, Jean Henri Dollfus et Jean-Jacques Feer.
Cité
« helvétique », à défaut d'être pleinement suisse,
située en Alsace donc proche de leurs terres, Mulhouse constitue
pour les Waldner une terre d'opportunités, équivalente à l'époque
à Bâle. Même si celle-ci a une histoire beaucoup plus riche, la
situation politique et géographique de Mulhouse lui ouvre un accès
privilégié au marché français. Cependant les Waldner n'ont jamais
envisagé Mulhouse autrement que comme un point de séjour
temporaire. Deux autres membres de la famille seront enterrés dans
la Stephankirche
avec Frédéric Louis II.
Mais l'on ne trouve plus dans la chronique familiale de Waldner aussi
illustre que lui ayant vécu à Mulhouse. Cependant la famille
Waldner s'est très largement alliée aux familles d'entrepreneurs
mulhousiens, notamment les Koechlin, les Mieg ou encore les
Schlumberger dont les premiers représentants sont venus à Mulhouse
au XVIe
siècle.
En
ce sens, les Waldner sont représentatifs de l'histoire de la ville,
il n'existe pas de Mulhousiens de souche mais tous ont un jour
immigré à Mulhouse, que ce soit pour fuir la guerre ou pour venir
offrir ses bras à l'industrie et se sont plus ou moins bien
appropriés son histoire. Mulhouse dès le XVIe
siècle, puis au « siècle Waldner » de Frédéric-Louis,
comme au XIXe
siècle et au second XXe
siècle a toujours été « fabriquée
par les flux migratoires »
pour reprendre l'expression bienvenue de Marie-Claire Vitoux.
Puissions-nous garder notre identité née de
l’histoire de Mulhouse, la tradition de celle-ci faite de
négociation et de volonté farouche d’indépendance. Et si
aujourd’hui, nous sommes dépositaires d’une tradition et
responsables d’un destin commun au protestantisme et à la Ville,
c’est sous la devise peinte par Matthieu Mieg sur le fronton de sa
maison de la Place de la Réunion face au temple Saint-Étienne en
1799, juste après la Réunion, la devise des Treize cantons :
« Freiheit und Eintracht », « Liberté et
Concorde ».
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